LES NUITS UNIQUES

 

Nuits 9 à 24




MARSEILLE LIEUX PUBLICS
NUIT     N° 1


photos Fanny Girod et Julie Cazalas


IL est 6 H 20  le 21 mai 2017


je suis assis sur un petit tabouret, prostré


sans force


la seule phrase qui me vient c’est “on l’a fait “


On a fait cette route de nuit de 7 H , ce voyage, ce parcours,  cette traversée, cette escalade


Exploit, marathon  ?


Epreuve d’endurance, d’épuisement  ?


il y  a du radical, du jusqu’au boutisme.


et une envie  de vaincre , mais vaincre quoi  ?


Vaincre une espèce de conformisme du théâtre. 








J’ai dans la tête l’image des corps couchés, en principe tu te montres à des visages


Mais là ce sont des corps couchés, trop bizarres, on ne sait même pas s’ils dorment ou non, parfois je distingue dans la pénombre deux petits yeux brillants


Des tables sont installés pour le petit déjeuner…. au moins  cinq longues tables


Je tends ma main et dévore trois croissants à la suite, pendant la nuit je m’étais précipité sur un camembert et un pot de crème de marron



“Je crois bien que j’étais ivre durant plus de 500 kms”








Là je te le jure sur les deux dernières heures je crois  qu’il s’est passé quelque chose  du domaine de l’ivresse et du Dionysiaque.



Le suicide du frère d’Hervée  : d’un seul coup plus aucun matelas ne crisse, et quand elle annonce à la fin : c’était mon frère , il était  de 4 ans mon aîné



Comme d’habitude, on nous annonçait COMPLET mais 30 à  40 personnes qui avaient réservées ne sont pas venues



C’est le fameux surbooking nécessaire.



Dans notre passé,  certains soirs de première nous sentions  avoir fait quelque chose d’important.



En 1977, je me souviens que lorsque nous commençions la 2CV théatre, nous étions conscients d’ouvrir une nouvelle route théâtrale


et là, j’ai eu  la sensation d’une découverte


Dans la durée , dans le style,










Oui c’est une première mondiale, un spectacle de  7 H pour spectateurs couchés et qui ont le droit de dormir, et qui vont donc assister à un long  défilé de paysages et de climats théâtraux. Quand ils ouvrent l’oeil, ils ont une image ou un  texte, la seule liaison, c’est la nuit permissive ou alors  comme dit Proust, changez un peu vos habitudes et votre sommeil deviendra poétique.

on joue à chaque heure une nouvelle couleur









Accueil en douceur,

les voyages

l’amour,

les rêves

les cauchemars

la mort

le retour à la vie, la fin du voyage








IL y a énormément d’emprunts à des auteurs  Il ne faut pas le dire car la Sacd veille, et voudrait que l’on paie à chaque auteur mort depuis moins de cinquante ans la quote- part des recettes. Combien va t-on payer pour 30 secondes d’Aragon?


Mais à chaque fois,  c’est tellement compliqué, il y a des fois où la technocratie ’ devrait  savoir renoncer









là par exemple, je donne  un extrait de la liste de toute la mosaïque



Molière

Koltes

Aragon,

Cendrars

Michaux

Proust

Rimbaud

Artaud

Novarina

Rodrigo Garcia

Vian



et aussi Kantor, Pina Bausch en citations visuelles



et aussi les récits personnels de Charlotte Maingé, Ludo Estebeteguy, Fabrice Denys, dit Fantazio, Hervée de Lafond , Catherine Fornal, Julie Cazalas, Lucile Tanoh

Leonor Stirman









Nous avions commencé un peu guindés, tendus,   on a mis beaucoup de temps à lâcher prise et entrer dans un tourbillon d’ivresse et de ludisme.


Une jeune fille a envie de faire un selfie avec moi

Je lui demande pourquoi.


Elle est brésilienne, c’est bizarre elle sait plus de moi que  je n’en sais.

C’est une de ces nombreuses jeunes filles qui prépare une thèse  sur le théâtre



Elle est assez émue, j’essaye de faire la part des choses entre les c’était bien, bravo pour votre nuit et vraiment comme ça a été reçu



et là elle dit que depuis deux ans elle est en France  à la recherche de la contestation au théâtre et que là elle croit  l’avoir trouvé



Bon,  à  voir,  à décrypter çalà nous avons plutôt fait une espèce de flux poétique dans lequel la révolte est présente en filigrane, mais peut- être que   cette secousse que nous faisons subir à la représentation  a quelque chose  révolutionnaire…



Tout cela doit se décanter .



Mais moi je crois qu’il s’est passé quelque chose ce 20 Mai



je viens  de re-dormir 4 H



j’ai donc fait un 7H /10H, puis un 12H/16 H


connaître ses capacités de récupération.


et l’on recommencerait   ce soir dis donc…  je parle des 3 jours de  Chalon….


Ricardo Basualdo me dit :  vous tenez quelque chose avec le récit choral, le choeur, c’est le choeur qui est fort.


Je ne sais pas, je ne sais plus rien.


Les boudins gonflables font un bruit épouvantable pendant plus de deux heures, ensuite cela se calme, les dormeurs soit dorment soit ont trouvé leur position.



Le ton complet n’est pas encore au rendez vous.


Au début, on se prend trop au sérieux, on  met trop de solennité.




20, 21,22 juillet  2017. Chalon dans la rue.  N° 2 à 4



23 H à 7 H  du matin


Jauge 200 : c’est plein à chaque fois.


L’idée de mettre des spectateurs assis dans les gradins était mauvaise, on réintègre ces spectateurs dans l’espace matelas.




Un expérience étourdissante exceptionnelle et qui nous dépasse.

Car nous n’avons pas la sensation de celui qui fait sa nuit en pointillé, qui s’endort se réveille.


Merci à Phil Lovy pour ses photos









La première nuit il y a eu  des touristes qui se sont dits, on reste une heure ou deux pour voir. Donc ils sortent et cela nuit à l’atmosphère.


Mais ensuite, ce sont des très motivés et passionnés qui suivent la nuit jusqu’au matin



















Nuit Unique N° 5   17 février 2018  Marseille.




Marseille


Evénement de 2 jours à Marseille. MP 18, quel amour. Week- end d’ouverture des dizaines d’événements dans Marseille



La compagnie  arrive de toute la France: Rouen, Rennes Bayonne, Limoges

Besançon, Audincourt, en train.

Hervée et jacques dans l’europcar de 20 M3.

La répétition de la veille dure 12 H. C’est épuisant.

Maya nous fait de la bonne cuisine

On est bien, on ne sort pas de la cité de arts de la rue.


la nuit


7 heures de jeu

on a une petite table avec quelque remontants sucrés ou salés,

les comédiens s’y croisent quand ils ont quelque minutes entre deux séquences. ce que je déteste par dessus tout c’est :

“alors tu le trouves comment le public de ce soir “?

Tu ne trouves pas que c’est un peu plan plan tout ça ?

Moi je suis dedans, je ne peux pas être en même temps spectateur,

je suis concentré sur ma prochaine intervention,

c’est un numéro d’équilibriste tous ces textes divers

surtout que dès ma première intervention, j’ai oublié une des phrases de Proust alors j’ai peur,

tout ça n’est pas facile

C’’est la cinquième.

Décidément il   faudra toujours 13 représentations  pour être prêt .

En regardant les vidéos des représentations de Chalon, on décide d’en terminer avec les moments de pause, les temps morts.

Parce que l’on nous disait : laissez les gens se reposer complètement par moment.

On prend la décision de faire des enchaînements

dé plus en plus on prend conscience que ce n’est pas un spectacle à regarder 7 heures sans discontinuer,

il faut les ruptures, les décrochages, les somnolences,

on a besoin de cet état second, où l’on ne sait plus où on est.

C’est là que l’expérience est intéressante.

Dur à évaluer


Ce que l’on peut dire sans qu’il y ait discussion


Une fois de plus les locations ne correspondent pas aux gens présents.

On nous annonce 145, on n’a que 120 boudins gonflables

mais finalement on ne sera même pas plein.

Personne ou quasiment personne ne part en cours de route.


On a gagné en rythme, et il nous manque 15 mn de matière pour terminer la quatrième heure


J’essaye d’écouter le ressenti des gens à la fin.

Il y a des emballés  , et des -qui- ne -disent rien.

Mais parce que sur le coup on n’a rien à dire, c’est normal.


Je tiens juste compte d’une  remarque, les gens ont envie de se repérer dans notre plan, et que j’annonce distinctement les voyages, l’amour  les rêves, les cauchemars, la mort, le bout du voyage.

Je le ressentais chaque fois, mais certains dans l’équipe trouvaient le flou plus éloquent.


L’équipe technique a fait un immense travail, David Mosset, Eric Billardet, Mael Palu. Enorme, ce sont eux qui installent l’atmosphère.



On a essayé de chasser ce qu’on  appelle le filandreux, des moments de naturel assez mous.

Il en reste un peu


deux discussions qui se suivent.


Tu ferais quoi s’il te restait vingt minutes à vivre, et la mémoire olfactive.


Cela peut passer si on fait autre chose en même temps, mais pas se mettre en focus central.


Il reste deux heures mortelles, trop noires en tout, les rêves et les cauchemars ,

il nous faut trouver la dérision de ces scènes style expression corporelle ;  quand on les a trouvées on les trouvait belles mais même avec de la fumée, c’est un peu colle-au-thème.



Pendant l‘amour on a finalement trouvé quelques occasions de rire, il faut cette échappée pour ne pas tomber dans le trop lourdingue.



Et puis il y a les récits d’Hervée, celui de la mort de son frère est splendide parce qu’il est écrit et précis.

Mais son voyage au Viet-Nam, produit une sensation de gêne, car la situation n’y est pas. Cela passerait mieux sous forme de lecture de ses sms ou d’une chronique de voyage, avec l’accident de scooter du premier  jour, les amis, les jours les heures, sinon ça fait conversation  un peu trop molle



A la fin on décide de citer les auteurs dont nous nous sommes servis


Proust

Henri Michaux

Valery Larbaud

Blaise Cendrars

Jodorowski

Molière

Racine

Voltes

Rimbaud

Daniel Harms

Baudelaire

Boris Vian

Pessoa

Tsetatieva

Braudigan

Tchekhov

Novarina

Cocteau

Rodrigo Garcia




et les metteurs en scène : Kantor Pina Bausch, Bob Wilson Donc ça évolue encore


et cet été Villeneuve les avignon est de plus en plus plausible.


  ZAT Montpellier  14 avril 2018  N° 6




en plein milieu une femme nous annonce qu’elle  a décidé de demander son compagnon en mariage

on insère une scène spéciale



Mariole nous fait un grand numéro à la toute fin en s’installant  sur Hervée





N° 7  et 8   Miramont de Comminges


29 et 30 juin 2018    à l’invitation de Pronomades



Avant toute chose, comme préalable dire que Pronomades est une anti institution institutionnelle unique en France.

C’est une démarche qui ne ressemble à nulle autre.

Une imprégnation du territoire par des spectacles sortant tous de l’ordinaire,

Rien que le lieu d’Encausse les thermes : c’est un rêve, il est spacieux, rempli de lumière, il y a des replis des petits salons comme à la maison, des terrasses. 

une cuisine familiale, avec un chef -copain, Bernard , qui tient compte de chaque particularité, tiens voilà une salade sans ail, un plat végétarien,  des tendrons de veau, les meilleurs du monde.

Il y a dans cette équipe  animée par Marion Vian, et Philippe Saunier Borell une attention toute particulière,   tout est calculé pour que nous soyons bien.


Cllotilde aurait peu être de mauvaise humeur,   les grèves faisaient que tout était chamboulé au niveau des arrivées.


Et puis je ne cessais de prendre des abricots qui étaient à notre disposition dans un grand carton.


On jouait à Miramont de Comminges.   Ce qui n’était qu’une salle des fêtes avait été soigneusement choisie  et aménagée avec  de la paille, plutôt que nos coques plastiques  qui faisaient des crissements épouvantables à chaque mouvement .


Ce choix de la paille assumé par Pronomades va

considérablement améliorer le spectacle.


Aucune technologie moderne aucun  tissu ou matelas synthétique ne pourraient remplacer le charme de la paille qui épouse les formes de chacun , cela sent bon, cela rappelle l’enfance.  



La répétition  de la veille a pourtant été sordide. on a tous envie de jouer, d’inventer , d’ajouter des fioritures mais Hervée est très tendue, elle a peur.  Tensions.


On intègre Ines Lopez qui remplace Julie Cazalas. Lucile remplace Julie dans le Koltes, on améliore la mise en espace et la situation.  La scène y gagne. 


Ines a tout répété de son côté. `


Hervée n’a pas dormi la nuit qui précède, mais elle semble de meilleure humeur.

Fantazio est escorté d’Esther sa fille de 7 ans, tout le monde joue la maman.



Nuit du 29 juin      la septième.












La paille, c’est a meilleure nouvelle

Environ cent personnes.  on a changé la place de l’amour qui arrive en troisième heure,

changement heureux.

Mais la partie rêve ne fait que 45 minutes. et puis la partie rêve est remise en cause par jacques qui la trouve trop plate.

On a trouvé un style pour contrer deux scènes dites filandreuses,  c’est à dire trop quotidiennes,  scène des 20 minutes avant de mourir et des désirs olfactifs.


L’énergie monte bien vers la fin,  on termine comme des fous.


Les compliments fusent au petit déjeuner, vers 6 H,  on rêve de se coucher .


A 8 heures on regagne nos  chambres..  4 h à 6 h de sommeil. 

On déjeune à 13 H.


Siestes, et match  France Argentine.     Match historique à cause de 4 buts de la France , M Bappé et Pavard



Nuit du 30 juin   la huitième



On tient la route malgré une petite fatigue, quelques butages sur des mots, Lucile et jacques qui se croyaient un peu trop sûrs s’emmêlent les croyons sans que cela ne se voit. 

Comment évaluer le succès ? 


je sens quelque chose, j’ai du mal à me comprendre moi même



quand on me demande  pourquoi cette Nuit ? 



Je ne m’en souviens plus.   Je dis juste peut être, sortir chacun des ses conditionnements sociaux, des jeux de paraître, des superficialités pour aller vers une sorte de vérité, là où le profond de l’âme devient plus accessible, 


et puis surtout, j’ai toujours aimé deux ou trois poésies depuis que j’ai 20 ans, il fallait que je leur trouve une sorte de sortie publique qui ne  soit pas un “montage poétique”  fastidieux et casse couille. 


une remarque  :  aucune personne de pouvoir, ne veut  se montrer en plein sommeil, car la nuit,  les oripeaux disparaissent, nous sommes tous ramenés à une égalité totale, et effet indésirable notable, les petits barons qui dirigent nos institutions refusent de venir se coucher à nos côtés…


Du monde.  120  dormeurs.  les chaises longues, cela fonctionne bien la paille ça va

on décide de poser le camion à Villeneuve,

par économie car c’est dément  15 litres au cent,  des péages de 90 € à chaque fois

on prend un TGV , 114 € pour deux.






LA SUITE


















































































































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