BILLETS 2019

 
 

Quinzième année


                                             Dimanche 6 janvier 2019, l’épiphanie


Scénario GJ. Suite du scénario. La gauche est grillée, la droite est grillée, la démocratie représentative à l’ancienne   est grillée. Plus de modèle. La chute libre,  et cela dans le monde entier.

Alors,  c’est bizarre, je  repense aux Tuches , ce film que d’ailleurs je n’avais pas trouvé si crétin,  finalement ce n’est rien  d’autre qu’un Gilet Jaune à l’Elysée avec toute sa famille.  Ça calmerait tout le monde, un autre exercice du pouvoir, ne plus se sentir gouverné par une oligarchie.


Audincourt 14 janvier 2019 / Pluie 8°C


Léa  qui a  moins de 30 ans  a été émue par mon bouquin, tant mieux, mais elle est déprimée  et  me demande conseil.  Elle aimerait trouver le mode d’emploi du bonheur.

Alors je me suis mis à me souvenir des 14 plus  grands pics de bonheur que j’ai connus dans ma vie.

Stupéfaction ! ce n’est pas le théâtre qui vient en tête mais l’amour avec 5 citations.

Mais en fait il y a le fond de sauce de la vie, les rencontres, les amis, les repas avec beaucoup de monde autour de la table, les relations, être avec les autres. 

Et puis aussi arriver au bout d’une création.



             Dimanche 19 janvier. Villars les Blamont.  Cheminée. -2°C


Il y a dix ans j’avais écrit : je mourrai le samedi 23 février 2020. C’était ma prédiction.  Or nous y sommes presque. Je ne plaisante plus sur cette date. il me resterait donc un an à vivre.    Or l’Unité va être compagnie associée à Scène Vosges à Epinal  en 2020. On a déjà établi un calendrier,  il y a des dates après  ma mort annoncée. Je n’ai pas envie de déserter, de ne plus être là.   Je note 5 avril  2020, 12 décembre 2020 etc.  Je ne vais certainement pas dire : je pense que je serais absent. Cela mettrait une mauvaise ambiance.



                              Dimanche 26 janvier, Malakoff , 8°C pluie continue



Le grand débat National  : deux scénarios,   soit tout est joué, Macron continue son chemin, soit il change carrément de cap.

Par contre, ce qui est sûr,   c’est que la Culture ne sera jamais évoquée.

Et pourtant les milliers d’artistes qui oeuvrent sur les territoires  en proximité avec des publics sensibles ou en difficultés, ceux- là non  seulement   touchent à peine le SMIC mais  par dessus le marché reçoivent tout le mépris des inclus du théâtre et les  quolibets de la presse parisienne.


                   Dimanche 3 février  2019 . Malakoff . 3 °C


Il faut que j’arrête de me projeter dans les vies des autres. Cette femme qui enregistre les entrées à l’hôpital semble s’ennuyer.  Avez vous votre carte vitale ? votre ordonnance etc. Et toute la journée, et tous les jours, les mêmes questions. Elle a   de la chance,  elle a du travail, et pourtant, elle semble s’ennuyer, s’ennuyer, elle ne sourit pas.  J’aimerais entamer une conversation avec elle sur le temps de cuisson du gigot par exemple, mais son visage est obstinément  fermé. Et tous les  jours,  je rencontre des hommes et des femmes dont la vie semble être d’un absolu ennui.   Oui, j’ai l’outrecuidance de penser que ma vie est plus passionnante, que d’autres vies.  Je sais que j’ai tort. Cette femme a des passions secrètes qu’elle ne veut  pas me faire partager.



Dimanche 10 février 2019   Villars les Blamont.  9°C  Alerte orange, vent à 90 km/h


Je lis le dernier  livre de Yuval Noah Harari   et une petite phrase m’intrigue et me stupéfie.  Il y a des fake news dont la durée de vie est de plus de mille ans, et dans ce cas, elles deviennent plus vraies que vraies.

Qui va s’amuser à nous dire qu’Abraham, Jésus ou Mahomet ne sont que des légendes inventées ?  Toutes ces religions prônent l’amour, c’est bien,  mais en leur nom,  nous sommes prêts à nous égorger les uns les autres. 

Et voilà comment tout l’équilibre de la planète ne repose que sur des fake news. Moi je le  sais depuis longtemps pour le pratiquer :  le mensonge est bien plus fort que la vérité. 


Samedi 16 février 2019. Villars les Blamont ; 15 °C  Soleil


La nature m’envoie des signaux de plus en plus explicites : la fin approcherait.  Les genoux ont perdu de leur souplesse,  la mémoire a tendance à flancher, l’audition  faiblit imperceptiblement, les érections se raréfient, leur longévité et leur dureté  laissent à désirer.

Or la médecine est là, qui me propose non pas une remise à neuf, mais des aménagements, des améliorations, des compensations qui vont me permettre de retarder l’échéance finale. 

Et voilà comment l’économie des retraites est déficitaire. Nous vivons trop longtemps !  Je ne serai pas occidental,  je moisirai depuis longtemps sous terre.


             Samedi 23 février 2019  Villars les Blamont . 12°C ensoleillé


Quarante sept ans  que je partage mon destin théâtral avec celui d’Hervée de Lafond. Alchimie mystérieuse. Rien ne devait nous rapprocher. Une famille  aristocrate pétainiste, une famille juive immigrée. Des caractères strictement opposés, elle frontale et courageuse, lui lâche et laxiste. Elle, célibataire amoureuse de solitude, lui entouré d’une énorme famille, elle  fière  et confiante, lui  honteux et rempli de doutes, elle bien cadrée et rigoureuse, lui approximatif et aimant se perdre. 

Voilà  donc sur papier une alliance improbable et d’avance  condamnée à l’échec.

En fait ce qui nous a uni, c’est un amour immodéré d’un public différent de celui des théâtres habituels, c’est sortir de l’entre- soi confortable du microcosme théâtral,  c’est le refus de la carrière, c’est simplement  l’amour du théâtre.



                             Dimanche 3 mars 2019, Malakoff. 15°C


Paris, samedi soir, rue de la Gaité, les cafés regorgent de monde, les fumeurs occupent les  trottoirs, pinte de bière à la main,   les crêperies, les restaurants chinois,  libanais, japonais,  coréens sont pris d’assaut. Il y a là une France bien en forme, jeune, sûre d’elle, au porte monnaie bien rempli. Le cinéma du boulevard Montparnasse fait le plein.  On entend au loin les sirènes de la police qui vont casser du Gilet Jaune.  Au même moment il est 22 H 45 à Audincourt, tout est désespérément vide. Les 4 personnes qui étaient au cinéma au Colisée regagnent leur Peugeot.  Seul le kebab près de la blanchisserie de la rue de Valentigney a son néon allumé. Un seul client est attablé, il joue avec son portable.  



                      Dimanche 10 mars 2019. Villars les Blamont. 10°C  Venteux.


Méditation du matin.  Tout s’use. Le système théâtral devient obsolète.  Les jeunes loups de la mise en scène ne veulent pas les clefs des institutions. Les émissions de télé s’usent, on n’en peut plus d’Ardisson et de Ruquier. Les émissions de radio amusantes au début finissent pas lasser :  par Jupiter nous désespère. Les journaux, bof. Les penseurs du siècle se crament les ailes : Onfray, hmm, Edgar Morin. Toutes les expos ne provoquent que de l’ennui. Les bouquins nous tombent des mains. Les films ne nous aimantent plus. Les amours sont telles des pierres à briquet qui ne sécrètent plus d’étincelle.

Même la terre a pris un coup de vieux. Alors ?  Où te caches- tu, passion qui nous fait vivre ?


                                Lundi 18 mars 2019. Rennes. 10°C


Le Fouquet’s  les Champs Elysées , brûlés, détruits, tagués etc. Acte 18. Il y a un terrorisme de la pensée qui règne et surveille tout ce qui va  se  dire sur ces événements, et  si j’émets le moindre avis, on m’enfermera  dans des cases. Si je dis : l’oligarchie est en cause, je suis un extrémiste, si je dis : elle est bizarre cette affaire,  je suis un complotiste,  si je dis :  le peuple n’en peut plus, je suis populiste et communiste. Une seule certitude : électoralement parlant, cela conforte la droite. Théâtralement, le jet de bouteilles de champagne s’écrasant sur les boucliers des CRS, cela donne de belles images.



                           Dimanche 24 mars 2019   Malakoff    10°C


Je regarde un documentaire sur Brecht, Brecht qui m’a ouvert les yeux.  Brecht que j’ai adulé, Brecht dont j’ai épousé tous les préceptes, toutes les valeurs. Mais la société a évolué. les valeurs du communisme se sont fripées comme mon visage. Le vieux monde s’est écroulé, s’est disloqué. Il faut changer de mémoire, tuer la nostalgie.  J’essaye de savoir où se niche le théâtre du 21 ème siècle, est- il vraiment  né ? 


                  Samedi 30 mars  2019  Villars les Blamont.  15 °C ciel très bleu pur


Les poules votent pour le renard, les brebis pour le loup. Voter pour son prédateur, au moins on est sûr du résultat. Il y  en a d’autres  qui votent “colère”. Il y a les résignés qui ne votent pas. Il est curieux de constater  qu’après tout le remue -ménage des gilets jaunes,  rien n’aura trop changé dans les habitudes électorales des français. 

Quelques friandises auront été distribuées aux pauvres, tandis que les riches continueront d’enterrer leur magot  dans des iles lointaines.


                     Dimanche 7 avril 2019. Malakoff. Printanier. 18 °C


Nous avons voulu faire un théâtre neuf, différent, offensif, inventif, vigoureux. Nous avons fui les boites noires et leur public qui nous semblait moisi et nous sommes allés conquérir les places publiques.  Nous avons inventé une nouvelle esthétique, le théâtre à 360° le public -population.

Nous avons créé un mouvement qui peut être restera dans l’histoire comme le fait majeur du théâtre de la fin du vingtième siècle. Les compagnies de théâtre de rue ont été cent fois plus présentes à l’étranger que la Comédie Française. Et pourtant nous sommes encore victimes d’un rejet du Ministère de la Culture, de ses Institutions, des médias.  Vouloir être reconnu est ma grande faiblesse.


                     Dimanche 14 avril  2019 Villars les Blamont.  3°C


Je trompe ma femme,   je la trompe à ma manière qui n’est pas très orthodoxe.  Je lui raconte toutes les aventures parallèles qui m’arrivent régulièrement, des femmes qui viennent me rendre visite, et qui me couvrent de caresses, une autre qui m’a emmené chez elle, j’évoque  toutes les demandes que je ne peux satisfaire à l’âge où les facultés amoureuses ont perdu de leur vigueur.  Elle aime l’idée d’avoir épousé un séducteur qui plait et dont les conquêtes sont si nombreuses. Tout n’est qu’imagination, et cela fait 54 ans que cela dure.



             Dimanche 21 avril 2019 . Pâques  Villars les Blamont :  15 ° C


Les polémiques sont des fleurs sauvages, elles poussent partout, j’aime bien les polémiques. La dernière en date :  tu donnes aux pierres,  mais pas aux pauvres. Il y en a une qui persiste depuis longtemps : as tu le droit d’être blanc et de jouer  un noir ? As tu le droit de prendre la place d’un amérindien  pour parler de son problème, ne vaut -il pas mieux lui laisser la place ?   Ainsi une pièce  est l’objet d’attaque pour un problème de masque noir. Alors les artistes hurlent tous : liberté de création ! N’empêche que lorsque le curseur s’approche de moi, je change d’attitude. Un metteur en scène caricaturerait les juifs façon nazie, je commencerai à changer d’avis. Quelque part au fond de moi, je ne serais pas totalement anti -censure. 




               Dimanche 28 avril 2019. Villars les Blamont. Pluie 8°C


Macron évoque l’art d’être Français.C’est quoi  cet Art ? La France ce ne sont pas ses hommes politiques ou ses généraux,  ce ne sont pas ses industriels, ou ses oligarques. L’essence de la France , c’est la langue française et ses auteurs :   Rabelais, Montaigne, Victor Hugo Rimbaud, Baudelaire etc


                          Dimanche 5 mai 2019   Villars les Blamont. Neige  2°C


Si je m’en souviens bien, c’était en août 1973, lors des vacances en Lozère dans un hameau près de Lanuejols. Le vieux Villeneuve conduisait ses deux bœufs attachés par un joug, il s’arrêtait toujours devant la maison des parisiens, pour échanger quelques sentences philosophiques, et j’entends encore ses paroles prophétiques : «  Le climat est en train de se détraquer ».  Il l’avait senti quarante ans avant tous les savants climatologues.  Et ce 5 mai je suis sous la neige et je repense au vieux Villeneuve qui roulait les R.




11 mai 2019 Villars les Blamont. 11°C


Je lis un livre sur l’identité culturelle selon François Julien.  J’espère que lui même comprend bien tout ce qu’il dit, car  moi je n’en comprends que

quelques bribes.   Le communautarisme est paraît il l’ennemi.  Pour le supprimer,  il ne faudrait pas parler de nos différences mais au contraire

de ce que nous avons en commun. Je schématise.

Mais ceux qui le dénoncent, style les intellectuels,  forment eux mêmes une communauté bien fermée avec ses  tics, ses routines ses valeurs. Ma grand mère ne  fréquentait que des cercles russes de la porte de Saint Cloud, pourquoi lui en vouloir ?  Mais bizarrement  quand ce sont des musulmans,

qui se fréquentent entre eux, tout le monde s’énerve.  


              19 mai 2019  Villars les Blamont. Pluie.  12 °C


Je n’ai pas besoin de sondage,  je n’ai pas besoin d’enquête d’opinion,  j’ai Josette.

Josette est une basique de bon sens, elle représente j’imagine une bonne partie de la France. Josette me demande : il y a des élections ? On vote pourquoi ? Je lui parle

des Européennes, elle fait pfiiit  +un geste de  la main,  style qu’elle n’en a rien à faire.

Mais si par hasard elle entend Marine qui lui demande impérativement de voter, 

elle lui donnera sa voix. Et moi je dis quoi  à Josette ?

Vote Glucksman ou Manon Aubry ou Jadot ou le communiste dont je ne sais même

pas le nom. Josette me demande si je parle chinois


                         Dimanche 26 mai  2019   Malakoff . 20 °C


En 2002, c’était carrément pire que la peste l’arrivée du FN au second tour des présidentielles. 

Et maintenant les voilà carrément en tête des européennes,  ils ont rangé leurs insignes nazis, attirent le vote populaire. Ils sont là, dans le paysage. Sont ils des fascistes ?  Ils parlent de démocratie  comme les autres etc.

Ce n’est pas spécifiquement français ce phénomène, c’est  une vague mondiale.  Faut -il avoir peur ?  Faut il prendre les armes ?

Va surtout falloir  que nous les anciens,  apprenions  à penser

21 ème siècle.


                    Dimanche 2 juin 2019 . Villars les Blamont. L’été.  28°C



Une pensée frappe à ma porte : C’est nul, la politique, les politiciens, les indigentes  lois, mais à quoi ça sert?  Laissons le pouvoir aux ONG, aux associations, aux initiatives locales. Là c’est du concret, là on voit les résultats immédiatement, et non pas ces lourdeurs de parlement, avec leur langage poli,  ampoulé, et non pas les formatés des grandes écoles. Et me voilà classé  populiste, dégagiste, anti élite etc . Alors  je me pose la question.    La politique a  t-elle changé une seule fois en 76 ans le cours de ma vie ?

Réponse : en 1981, la gauche ne serait pas passée, notre théâtre serait mort depuis bien longtemps.  On doit tout à la gauche.  Pour la première fois,   on a reçu de l’estime et du subside. Et ça il ne faudrait jamais l’oublier. Jamais, et ainsi donc résister  aux poussées démagogiques de l’opinion,  et des 49,3% qui s’abstiennent.  


                  Lundi 10 juin 2019. Capdenac  14°C Pluie


Jadis, j’avais une certitude, je croyais que le communisme était le régime idéal, puis cela s’est écroulé. Ensuite j’ai pensé que la démocratie était le meilleur système de gouvernance, puis peu à peu  elle aussi a été  rongée par les mites, elle ne résiste pas au pouvoir de l’argent qui est seul maître à bord. Partout le capitalisme triomphe, il s’adapte à mille situations, il lâche du lest quand les inégalités sont trop criantes. On ne parlait que du chômage, et maintenant c’est la motivation climat qui prend les devants.  La productivité abime la planète. On nous demande de moins consommer. Le capitalisme  va t-il encore sortir  victorieux face à ces  nouveaux enjeux ?


                     Dimanche 16 juin.   Amiens.  Ciel gris


Nul doute que fréquentant le théâtre depuis cinquante ans, nous soyons assez difficiles question goût. Alors nous sommes étonnés par certains enthousiasmes, nous avons de nombreuses divergences avec les uns et les autres. Ce qui leur paraît innovant nous semble être du “déjà vu”. Et je refuse de répondre à la question habituelle. “Alors t’as aimé” ?  Rien ne se joue pour moi dans le plaisir immédiat, mais c’est une pérégrination lente dans le corps et la tête avant de connaitre l’impact réel d’un spectacle.  Pour l’instant je n’ai en mémoire qu’hospitalités de Massimo Furlan vu à Mulhouse, la chronique d’un village près de Pau jouée par les habitants eux mêmes.



Samedi 22 juin 2019  TGV 3604 Lyria entre Montbéliard et Paris. 3 jours avant une canicule


J’aurais tellement besoin de hurler, de crier, de protester, de critiquer, de dire du mal,  d’injurier, mais je suis condamné l’auto -censure.  J’appartiens au système, je dépends de financements publics. Ce serait suicidaire de ma part de cracher dans la soupe.  Alors je me tais, et toutes mes frustrations se sédimentent provoquant en moi une prolifération de vilaines cellules agressives.   Pourtant j’aimerais écrire des philippiques genre j’accuse qui feraient la une des journaux.  Mais voilà, les subventions, ça oblige.



                           Dimanche 30 juin Villars les Blamont  35 °C


Désarroi : je ne sais plus ce que je fais ni pourquoi,

je hais le public trop conformiste, trop moutonnier.

Je vis avec la métaphore des clés

Combien de portes puis- je ouvrir avec ma clef  ?

Parfois je ne sais plus rien de la cérémonie du théâtre, 

plus de repères,  et puis un matin   tout s’éclaire

une personne, une seule,  a compris

a saisi, a vibré, a vécu, m’a parlé

et  cela justifie plus de 40 ans de recherche

à toucher l’autre

Il y  a un  tel océan d’insensibilité, et là j’ai tellement senti le mot juste.



Dimanche 7 juillet 2019 . Nevers. 33°C . Orage  hier soir


Pas d’Avignon cette année. pas de désir d’Avignon cette année. Ni en spectateur, ni en acteur.

Mon compteur affiche environ  40  Avignon. Sensation d’avoir tout vu, tout vécu.

En fait dans la vie ce qu’il y a de plus exaltant c’est aller là où il y a du désert.

Oui,   l’arrivée du théatre en banlieue c’était une sensation nouvelle,

le festival de Nancy, c’était comme un oxygène tout frais,  

nos premiers pas  dans la rue ressemblaient à ceux des premiers pas sur la lune. 

Il n’y a que la mort que je n’ai pas vécue. Comme dit Vian : je ne voudrais  pas crever avoir d’avoir goûté la saveur de la mort.


                Dimanche 14 juillet. Rosières, Blanjhac  Haute Loire.  25 °C


Petit déjeuner qui dure des heures sous le tilleul. La nu!t a été fraiche.  On fait couler café sur café pour les nouveaux arrivants. Maison de l’arrière -grand père de Sophie dont la maman accueillait Kateb Yacine  qui aimait écrire sous le ciel  bleu du Velay. Je regarde Sophie que je connais depuis ses 17 ans,   il y a   39 ans, si fraiche si accueillante  si bienveillante. Bien -sûr  j’ai mis sur la table mes  sujets favoris. Fantazio est dans un mode  de feu d’artifice de créativité verbale et souterraine.  je dis à Sophie qui acquiesce  : ce genre de petit déjeuner qui s’éternise ,  c’est un peu ça le bonheur