Les prémices, la soupe populaire et poétique  2001

 

2002- CALAIS (62)

 


Le nom de la rue choisie, la faute d'orthographe n'est pas pour nous déplaire  
 
rue extraordinaire

présentation du projet

Les artistes vont s’introduire par effraction dans une rue, choisie un peu au hasard, ils jettent leur dévolu sur cette rue, et décident de faire de cette rue « une rue extraordinaire ».

Les habitants vont -ils laisser envahir leur rue par les artistes, les habitants vont-ils ouvrir leur porte aux artistes ?

C’est un peu l’inconnu, le mystère,
Les artistes disent que l’art peut changer la vie, les habitants de la rue, vont-ils être convaincus ?
ll se passera des choses extraordinaires dans la rue extraordinaire, à tel point que la « rue extraordinaire » invitera toutes les autres rues de Calais, à lui rendre visite, lors d’une fête extraordinaire.

Il s’agit bien d’une action artistique qui sort de l’ordinaire que préparent en secret le théâtre de l’Unité et le Channel.

Juillet 02, des équipes d’artistes banalisés font les premiers repérages.

La Rue Newton est choisie pour devenir la « rue extraordinaire ».


Première invasion par l'armée de l'art  
 
la rue Newton défie les lois de la pesanteur

le déroulé de l'opération

5 juillet 2002 :
1re attaque de la rue Newton par l’Armée de l’Art. On compte les sympathisants, François prend des photos et fait un 1er album. Nous déclarons la rue Newton « rue extraordinaire ».

Septembre 2002 :
François prend des photos des maisons (intérieurs extérieurs). Elsa Quinette pénètre dans les maisons et interroge les gens.
: Des objets remarquables le « musée de l’intime »
Des petits événements se rapportant à la rue pour des « plaques commémoratives »
Des renseignements sur chaque famille pour des fiches qui seront accrochées à chaque porte.

26 septembre 2002 :
1re grande réunion des habitants au Channel. On fait connaissance, on explique le projet, ce que l’on attend d’eux, on discute, on répartit les interventions dans les maisons.

13 octobre 2002 :
Arrivée de l’équipe déco. Cette équipe décore la rue avec 1 tonne de pommes mais aussi les fenêtres des habitants avec leurs propres objets et pommes.

Du lundi 14 octobre au vendredi 18 octobre :
Déco de la rue et des fenêtres. Pose des grandes photos sur l’usine. Pose des plaques identitaires sur les maisons. Pose des plaques commémoratives. Installation du musée de l’intime.

Vendredi 18 octobre. 18 H
Fermeture de la rue avec des palissades. Samedi 19 octobre Matin : fin de la décoration avec les habitants. Préparation du pique-nique.
12 H : pique nique.
14 H- 18 H
Pose des feux d’artifice dans les 70 maisons et explications du fonctionnement et du top du départ.
18 H
Ouverture de la rue au public.
Inauguration officielle.
Visite de la rue, des plaques identitaires, des plaques commémoratives, du musée de l’intime.

-Atabak
-La brigade de l’Unité en blanc
-Hamac mobile
-Pousse-pousse écureuil.

19 H 30
Jolie Môme (avec éclairage succinct)

20 H 30
Tir du feu d’artifice des maisons avec Atabak Dimanche 20 octobre 08 H
Réveil de la rue avec accordéon, et cornemuse la BIT en rouge. Distribution de café, chocolat, croissants, chaussons aux pommes.

09 H à 12 H
Les peintres du dimanche placés au milieu de la rue font en 3 heures des tableaux de certaines maisons de la rue. Les toiles sont apposées aux maisons et sont cédées gracieusement aux locataires ou propriétaires de ces maisons.

12 H à 14 H
Pique-nique tous ensemble : artistes, habitants, Channel, public.

15 H

La rue Nevvton s’envoie en l’air 15 H à 15 H 30

École Ste Odile
Les mousses
Hamac Mobile
Vendeur de petits riens
Avion à réaction de Ulik
15 H 30

Expérience de Newton (BIT) 15 H 45
Les Grooms (set de 45 minutes)
16 H
Chambres d’amour (poèmes dans les maisons pour une seule personne) durée totale 60 ‘ 16 H 30 :
Ulik (Moto-Tambour) ( 15’) Les cupidons (20’)
16 H 45 – 17 H
Les mousses
17 H

Souffre douleur (10’)
Vivez votre propre mort (30’)
17 H 30 Chaises longues poétiques. 20 ‘
Mousses . 20’
Cupidons : 30 ‘
L’argent facile (BIT) 15’
18 H
Ulik : Marteau piqueur 15 ‘
18 H 15
Les Grooms 45’ 19 H
Ulik : avion à réaction

Rédaction Hervée de Lafond 25/09 déroulé Newton .doc

 

L'inauguration du 19 octobre

On nous annonçait le maire de Calais et Jack Lang, la rue devait être fermée pour garder le secret.
Rien ne se passe comme prévu. L'inauguration a lieu à 18 H,
or dès 15 H, cela circule, épie, regarde, lit les plaques.
A 18 H on sort la brigade en blanc, Hervée et Jacques en maîtres de cérémonie, le pousse- pousse écureuil, le palmier mobile pour des classiques ouvertures de plaque.
Très vite il y a mille personnes. Hervée s'époumonne en vain, Jacques veut faire un relais de parole de la Brigade, mais il y a mésentente. Donc nous jouons pour 150 personnes...Le métier ne sert à rien, l'expérience non plus, on se fait toujours dépasser.

N'empêche que l'on redresse la barre, avec Pancho à l'horizontale, le passage de l'avion à réaction d'Ulik, et surtout le feu d'artifice tiré au sol par les habitants, qui est splendide accompagné par Atabak.
Bon, Marianne du Channel me dit que la queue de peloton a vite abandonné, ne voyant ni n'entendant rien, mais la rue extraordinaire, c'est justement de l'art abstrait. On souligne le banal d'une rue, où il n'y a rien à voir, donc tout à voir.


Toute la rue est descendue déjeuner, la brigade sert des chaussons aux pommes  
 
Dimanche matin

Le petit déjeuner

Réveil.
Le RV est à 7 H rue Newton .
On se croise avec les CRS de Sangatte.
Nous sommes dans le même Village Hôtel
Drôle d’impression.
Ils sont en costume, nous pas encore
Fait frais. 5° C

La Brigade du petit déjeuner : Hervée, Jacques, Bernard, Jacky, Goobie, Marie Leila , Hélène, Gill, Pancho, Catherine, Céline, Ares, Vahid, Chrystel + des renforts Calaisiens.

Elaboration de la stratégie.
Jacques cherche à stresser tout le monde en disant qu’hier , on n’a pas su s’adapter aux circonstances. Il se prend le bec avec Hervée.
A 8 H , au moment où nous faisons notre entrée ,éclate un feu d’artifice. Avec pétarades !
Quoi ? Qu’est ce ?
Les habitants de la Newton nous ont fait une farce.
Le réveil en douceur est raté, tous les volets s’ouvrent.
Cornemuse, Jacques à l’accordéon

Et là délire, les robes de chambres , pyjamas, visages pas réveillés, tout le monde sort….On sert aux étages aussi avec une échelle.
Chansons , poèmes, on s’amuse, comme des fous.


1 tonne de pommes suspendue dans la rue  
 
elle est belle ma rue Newton
Newton était content de voir toutes ces pommes


Il avait un peu honte de se mêler aux autres, de la timidité, et puis il est descendu, lui qui n'est pas propriétaire et qui aurait bien envie de vivre comme tout le monde. On a senti quelque chose de fort là...  
 
Qu'est ce qui marche ?

Le petit truc en plus, ce sont toutes ses relations nouées avant que la rue Newton s'envoie en l'air, et qui vient donner à l'air sa qualité légère et un peu spéciale. Oui, quelque chose à voir avec Newton, avec la pesanteur de la vie.
des toutes petites nouvelles, comme est faite la vie.  une approche différente, une mise en jeu spéciale.

 


Elsa a parlé aux habitants , Jacques a choisi les petites phrases, disposées sous de forme de plaques tout le long de la rue. Hervée a énormément discuté.la Rue Newton a son histoire, bien à elle, somme de mille petits riens.

au lit...  
 

les photos des habitants


C'est françois Vanhem, photographe, qui a mis en scène les habitants dans leur maison. On avait agrandi et affiché les photos sur l'usine de dentelle.


Un des objets les plus émouvants, la sac à dos que portait un des deux enfants éthiopiens à son arrivée, lors de son adoption par la famille Bodart.  
 

Le musée de l'intime rassemblait les objets -fétiches des habitants de la rue Newton.
Les gens ont défilé tout l'après midi pour voir ce cendrier, ce lit de poupée, ce dauphin, ce tableau rempli de caravanes, cette écharpe de supporter etc.

La chute des corps, on balance de la fenêtre tous les meubles de la famille Marcotte  
 

la chute du lavabo

 

La gravitation fonctionne. les corps tombent, le lavabo fait match nul avec la télévision. Vive Newton !  
 

le lavabo tombe effectivement

 

encore une blague de Pancho...  
 

les lois de la pesanteur en échec

Une habitante nous dit" J'habite depuis dix-huit ans dans cette rue, et je ne savais même pas que c'était une rue extraordinaire".


Tous les habitants de la rue s'étaient badgés et exhibaient fièrement leur numéro.  
Les réactions étaient émouvantes. Mr Ooghe, un garagiste nous a dit:

"Je ne croyais pas vivre un jour un tel rêve, et c'est vraiment un rêve que j'ai vécu, puisque ça s'est arrêté comme dans les rêves".

 

 
 

Peduzzi, le directeur du Channel

Francis devrait être cité en exemple, parce qu'il est exactement ce que devrait être un directeur de scène nationale.
C'est un auteur à sa manière. Il écrit en se servant de la ville comme page blanche.
Il avance son oeuvre, chapitre après chapitre, et il prouve que le nom de créateur ne doit pas être simplement attribué aux auteurs,ou aux metteurs en scène, mais aussi aux directeurs qui sont des artistes à leur manière.
C'est lui et son équipe qui nous ont jeté le défi de l'occupation d'une rue, qui nous ont titillé et stimulé, et accompagné minute après minute.
Avec le Channel, on n'est pas dans les systèmes de programmation habituels,

c'était bien plus qu'un achat de spectacle cette histoire de la rue Newton, c'était une invitation à l'invention.



 



LA RUE EXTRAORDINAIRE. DEUXIEME EPISODE PREMIERE PARTIE

           CHOISIR UNE NOUVELLE RUE POUR 2004!

 

NOËL 2003

    

Sous toutes les coutures. recherche de la rue extraordinaire. Calais du 26 au 31 décembre 2003. Feux d'Hiver.

Equipe de 23. L'Unité, c'est à dire Hervée et Jacques, Goobie, Pancho, Catherine Fornal, Nathalie Mielle, Sam et Julie Guet, auxquels il faut rajouter les "eux et elles" 4 personnes, à savoir Emmanuel Letourneux, Nathalie Gal, Guillaume Manteau, Jacot Biederman, et 9 lycéens de la classe A3 du lycée Berthelot : Pierre Martin, Julien Gosselin, Fatima Tourabi, Camille Boulogne, William Adams, Lucien Fradin, Caroline Martel, Pauline Simonot, un prof de français, Jennifer Landri, et puis Sylvie Marchand, ces deux dernières déjà vues pour la soupe poétique. Notre régisseur du grand local mis à disposition c'est Benoît Hénon

Il s'agit de choisir entre huit rues prénominées celle qui se verra attribuer le titre de "rue extraordinaire" pour Jours de fête 2004.
Encore un exercice acrobatique car de plus tous les jours à 18 H 30, nous exposons au public ce qui s'est passé pendant la journée. Les quotidiennes ou rapport d'inspection.
Le concept est dangereux et limite.
la mise en valeur de gens modestes est toujours compliquée, il faut éviter l'amour de l'exotique, la mise en valeur des décalés complets, des trop pauvres, c'est à dire éviter le populisme et la démagogie.


 les patrons du St Eloi, Evelyne et Serge, charmants tous deux, on fait l'action des dormeurs chez eux. Le soir même ils seront au Channell.

Interville est suspendu comme une épée au dessus de nos têtes. Mais très vite on se dégage en évitant de mettre en valeur le côté concours, mais plutôt celui de recherche d'humanité.

Le nom de quelques rues :

•rue des 4 coins
Rue Vauxhall

•rue Van Grutten

•Rue du bout des digues

•Rue Denis Papin

•Rue verte

•Rue des fleurs

•Rue Martyn


le principe :

on part en inspection le matin.
Pêche aux mots aux images, aux regards, tests réactifs, l'après midi, on range, on expose on prépare une "quotidienne" ou l'art de raconter la matinée.

Toujours du nouveau, de l'angoisse.
On part de rien, et puis cela vient.

   

je rapporte ce bout de mur de la rue Van Grutten, trace de merveilleux urbain.
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L'idée centrale est simple.
On envahit les rues en question avec des images, ou des impostures, ou des brigades, et on note les réactions, l'accueil. Nous sommes suivis par des noteurs, des auteurs, des photographes , des grands reporteurs, des collecteurs d'objet.
L'après midi, on procède à l'épluchage de la récolte, photos, phrases, réactions, ouverture etc. une véritable usine bourdonnante

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* La rue Denis Papin aura droit à la brigade des pères Noëls,
* La rue Martyn à l'armée de l'art
* La rue des fleurs aux chansons Polaroïds
* La rue du bout des digues à la brigade des fées en goguette
* la rue Van Grutten à la brigade de zombies, et aux filatures secrètes.
* La rue verte aux chanteurs de rue
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Donc on vit des choses pas possibles,les pères Noëls rentrent chez les gens, on fait toutes sortes d'actions pour faire réagir des rues étrangement vides d'âmes mais remplies de vie derrière les fenêtres.


  Pancho et Catherine se la jouent chanteurs de rue et rapportent 10 Euros de la rue verte.

Mais qu'est ce qui nous sous tend ? Quelle passion ? Pourquoi cette énergie à aimer cette exploration géographique et humaine. Je m'interroge.

 

On va filer pendant plus de quarante minutes cette Peugeot, qui va se garer à Auchamp, rentre chez Brice, sort de chez Brice, la femme téléphone, on l'entend dire qu'elle n'aura pas le temps de.. (inaudible) et la voilà repartie sur l'autoroute pour une destination mystérieuse qui nous fait encore rêver.

Ce dimanche matin est infiniment triste, nos lycéens sont presque découragés,


on ira s'endormir dans le café St Eloi de la rue Van Grutten, mais le patron n'est pas dupe, il préssent un coup du Channel.


encore une Camille,un peu d'oxygène pour nous, Camille fait option théâtre avec Madame Mathieu à Berthelot. J'aime les groupes mélangés, différence d'âge, de métiers, etc.

C'est aussi épuisant que passionnant.  


 

Mais c'est nouveau alors c'est excitant. Les après midis on tire des photos, on monte des vidéos, on prépare des diaporamas, des petites mises en scène, d'autres installent l'expo.

A 18 H 30 , rapports d'inspection.

  

Les gens viennent,se pressent et se passionnent , cela me réchauffe le coeur, moi qui crois souvent que les artistes sont totalement coupés de la réalité. Mais ces moments de vraie rencontre sont rares. Evidemment, les gens sont concernés, mais ce n'est pas de la soupe TF1 que l'on leur sert, tout du moins, je le crois.


   La comédienne du groupe "eux et elles " Nathalie Gal, associée à nous, frappe aux portes et se présente comme australienne, pour expliquer la rue extraordinaire. Un certain Daniel Bulot vient lui offrir 52 mètres de dentelle au nom de la rue des quatre coins.
Le Channel, scène nationale de Calais, est très connu dans la ville et très populaire, ce qui est absolument exceptionnel sur le plan national.
D'habitude, on entend toujours les populations se racler la gorge pour exprimer par rapport à leur scène nationale un "c'est peut être bien, mais c'est pas pour nous".
Au risque d'en énerver certains je trouve que le ministère de la culture devrait décerner au Channel le titre de site pilote. .

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A la quotidienne du 29 décembre, l'émotion est à son comble, on rejoue en théâtre la scène d'une femme de 70 ans Marguerite Delplace de la rue des fleurs, qui éclate en sanglots retenus, pour dire sa tristesse d'être seule. "Je n'ai pas eu d'enfants, je n'ai personne", et elle rajoute :
Il n'y a que les murs qui ne se rencontrent pas.

Chaque membre du groupe raconte en public, ce qu'il pense de l'expérience. J'aime la concision des lycéens. Je leur avais prédit un abandon rapide, mais je me suis trompé.

Il est vrai que moi-même je ne sais pas pourquoi j'aime tant ce genre d'actions, honnies par les milieux professionnels du théâtre.
J'aime le côté illicite, rentrer chez les gens et cette recherche de pollen dans la vie de tous les jours.
Je sors ma sentence:

L'artiste est un voyeur, un voyant, un voyou".

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La fatigue monte.
Le 30 au matin, débat, bon , on n'en parle pas. Il ne faut jamais mettre ensemble des gens d'accord dans les débats, c'est trop poli. Les cousins et Jacques Bonnaffé et moi.
Toute ma journée va être ratée.
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Hervée revient de sa mission "fées" dans la rue du bout des digues dans un tel état de contentement total que cela me refroidit, et me déprime.

Ce qui m'atteint , c'est que toutes hurlent, c'était formidable ! mais sont incapables de nous transmettre la moindre émotion, le moindre charme de leur histoire. Et c'est dramatique. Parce que ce n'est pas "on a mangé des nems " qui est l'évènement du jour.
Bien évidemment, il n'y a rien à prendre de la vidéo, et les photos ne sont pas terribles.
Donc pour le soir, rien de vraiment fort à raconter ou d'assez drôle, la quotidienne va tourner à vide et au potache. Mais ce qui est important, c'est que la mayonnaise prenne auprès des habitants.
la salle est hyper pleine à 130%. les gens viennent voir, se passionnent, se positionnent.


 

Bien longtemps après la quotidienne ils regardent les objets collectés. Certains racontent des morceaux de vie, pleurent.
L'événement est en train de nous dépasser un tant soit peu. "Passionne toi pour des gens ils se passionneront pour toi"
Ce serait bien ma phrase du jour.

mais il faut déjà imaginer l'annonce des résultats, de ce soir.
J'ai peur que le concept de rue extraordinaire fasse des enfants. Puisque déjà on nous en demande une au Portugal en juin 2004. Tu le crois pas ? Hein.


 

On est déjà allés la voir, la rue da Velha au Portugal, à Santa Maria da Faira.
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Ce matin il neige, Mais la Féé Téran l’avait prévu, puisqu’elle l’avait dit en exauçant les vœux de quelqu’un qui voulait qu’il ne pleuve pas, elle lui avait affirmé, il ne pleuvra pas, il neigera.

Cinquième jour d’investigation et d’inspection des rues.


L'inspectrice titulaire Julie Jouvenot en action.

Nous voilà repartis ce 31, casques sur la tête, outils en main, carnets, jumelles, caméra, dans les deux dernières rues à départager : La rue des fleurs et la rue du bout des digues.

La brigade d’inspecteurs titulaires et stagiaires est assez performante, on récolte , on récolte.

   

Samuel Guet nous prépare des bons petits sujets vidéos.

On se retrouve à dix dans le salon d’une famille, plaisantant sur le nom du mari Hildefonse et de ces cinq filles.

La brigade spéciale « eux et elles » retrouve la Marguerite Delplace émouvante dans son appartement , où elle montre son hamac pour chat.


inspection à l'intérieur d'une maison de la rue du bout des digues. Une famille avec cinq filles, ça respire le bonheur.

Nous tissons avec passion des liens et des liens dans tous les sens. Nous sommes au cœur du vers de Rimbaud, j’ai tendu des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des cordes de clocher à clocher, des chaînes d’or d’étoile à étoile et je danse.

Hervée s'explique un soir en public sur ce que nous faisons :
ce n'est pas de la sociologie, et pourtant ça l'est, ce n'est pas de l'anthropologie, et pourtant ça l'est, ce n'est pas de l'ethnologie, et pourtant ça l'est, ce n'est pas du journalisme et pourtant ça l'est, ce n'est pas du théâtre,
et pourtant c'est le mélange de tout ça qui finit par faire théâtre, et peut- être même plus.

Même le Daniel du bar de la rue des fleurs un peu revêche la veille se confie sur son besoin de fête «on n’a même plus de majorettes ».

L’après midi , ça déreushe

4 points d’ateliers fonctionnent à plein temps .
* Tirage de photos légendés .
* Deux vidéos
* Un Mac pour l’écriture. Aujourd’hui c‘est le comble on a deux séances « quotidiennes » à monter.
18 H 30 et 22 H 30.

Dans les rangs des artistes, ça commence à craquer un peu en douceur.

 

Mais Julie se déchaîne écrit écrit écrit, ne s’arrête plus de produire. Même qu'elle nous rapporte une histoire de ce facteur qui confond sa droite et sa gauche, puisqu'il affirme que le gouvernement de gauche actuel, Raffarin et sarkozy n'est pas très gentil avec La Poste.

Goobie est passé à la vidéo, ses portraits seront applaudis, têtes marquées, têtes du Nord ravagés par le travail et l’alcoolisme.

On a été sévère avec la soirée de la veille au débriefing ça en a déprimé certains.

On fabrique un conducteur bien mené par Hervée.
Seule Hervée arrive à assurer l’épine dorsale avec sûreté garantie.
La salle se remplit vite, notre grand local débordant de vie et de photos, et d’objets récoltés.

La folie je te dis

Cela nous fait rire le Libé du jour qui met en avant Montbéliard et Calais.

On est devenu des vrais amateurs, ; on rit ensemble on s’en fout. Mais les professionnels nous rabrouent avec leurs regards critiques, alors on annonce d’emblée le caractère

« rater mieux »
de la soirée.

On navigue entre le génie et la nullité.

Je fais voter à main levée : "Ceux qui ne veulent pas voter pour la rue des fleurs ne lèvent pas la main". Personne ne comprend ce que je dis. Puis je procède au vote "banane". Que ceux qui veulent l'élection de la rue du bout des digues affichent une banane. On compte les sourires.


Rue du bout des digues proclamée rue extraordinaire 2004.

Et puis en plein milieu des ébats du nouvel an, je place mon morceau tragique sur la sortie des indemnités de chômage de 250 000 personnes en France dont les intermittents.

Silence de mort. Je suis allé trop loin. Je m’en fous, je ne pouvais pas faire la fête comme si de rien n’était.

C’est vraiment mon obsession, la fête dans le désespoir, la fête du fond du gouffre.

On danse, on est échevelé, mais ce n’est que notre désespoir
mélangé de l’optimisme de voir tous ces gens formidables
Ces baisers qu’on n’osa pas prendre
Ces cœurs qui doivent nous attendre
Ces yeux qu’on n’a jamais revus


On termine par une chanson totalement débridée autour de Marie de la rue du bout des digues sacrée impératrice.

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Minuit.
C’est curieux, je regarde le feu d’artifice de minuit, ce déluge de feu, et rien, néant sur les vivants, rien ne se passe,
Pas de vie, rien,
J’en ai marre des feux d’artifice

On sort de notre salle surchauffée de chaleur humaine
Et le ciel s’embrase
Quelques personnes crient Oh. Ah.
Et tout le monde rentre chez soi.
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Deuxième acte de la rue extraordinaire, jours de fête 2004

Dans chaque brigade d'inspection il y a un service collecting. Les objets ainsi prélevés sont exposés. Genre.

•1 tringle à rideau récoltée le 30-12-03 à 10h14 par Valère, nom de code Peter Pan, du n° 8 de la rue du bout des digues

•1 frise murale offert le 30-12-03 à 11h12 par Sébastien Ouguet qui vient d’emménager au n° 50 de la rue du bout des digues

•1 boule de Noël (la même) collectée chez Audrey Tisseront, habitante de la rue du bout des digues n° 30 le 30-12-03 à 10h39

•1 boulon prélevé dans le garage de monsieur Mazuy le 30-12-03 à 10h23 au n°30 de la rue du bout des digues

•1 tableau Citroën prêté par la famille Mazuy du 30 rue du bout des digues le 30-12-03 à 11h22

•1 chat en plâtre offert au n° 65 de la rue du bout des digues le 30-12-03 à 11h03 par Gilles Szymanski qui sentait très bon

•1 bougie bonhomme de neige collectée au n° 67 bis de la rue des digues le 30-12-03 à 11h48. Vous n’en saurez pas plus

•1 malle pleine de costumes prêtée par la famille Soubry du 92 de la rue du bout des digues le 30-12-03 à 11h40.

•1 paire de lunettes magiques récoltée à 11h09 le 30-12-03 rue du bout des digues au 92 chez madame, monsieur Soubry et leurs 5 filles

•1 paire de chaussures vertes prévelée à 11h26 rue du bout de digues le 30-12-03 chez les Soubry au numéro 92

•1 boite de raviolis récoltée le 31-12-03 à 10h48 au magasin d’alimentation du 100 de la rue des fleurs

•1 sac de pommes de terre prêté par le café Daniel rue des fleurs le 31-12-03 à 11h12

•1 pose stylo intercepté à 11h57 dans une poubelle de la famille Griffart, 169 rue des fleurs le 31-12-03

•1 figurine en plastique recueillie sur un trottoir de la rue des fleurs lors de l’inspection du 31-12-03 à 12h04

•1 plateau de balance trouvé le 31-12-03, rue du bout des digues à 11h5 3 dans la maison abandonnée face au n° 36

•1 bidon rouillé récupéré dans la maison abandonnée de la rue du bout des digues le 31-12-03 à 12h01

•1 galette de riz collectée au n° 26 de la rue des digues le 31-12-03 à 11h48.

•Prêté par Marguerite le 31-12-03 à 12h12. Résidence Floréal, 153 rue des fleurs




Rue extraordinaire

Le projet   extraits d'entretiens presse   plaques   Musée de l'intime

 

25 et 26 septembre 2004

"Les jours de fête" de Calais organisés par le Channel sont beaucoup mieux qu'un festival de théâtre de rue. Ilotopie, Délices dada, Royal de Luxe, François Delarozière sont des habitués de l'évènement. Il y a en plus Kumulus, et d'autres spectacles. 8000 places vendues, l'engouement est réel, sans le côté grande foire accumulatoire. Un concept précieux. Si seulement d'autres scènes Nationales en prenaient de la graine, ce pourrait être une belle avancée.

Le local, c'est l'universel moins les murs .

 

J- 3


Les fabricants de nuage n'arrêtent plus. Ils en sont à onze nuages, ils doivent en sortir 30, ils en feront vingt sans doute. C'est Pancho qui a conçu les nuages, rotin + coton.


 

















Hervée barbouille les fenêtres des habitants de leurs propres phrases, c'est l'attraction.

 

Moi , j'écris les plaques, je suis plongé dans le recueil d'entretiens qui fait 164 pages. (Merci Elsa Quinette) Je suis sidéré par la richesse des vies, le nombre de romans qu'elles contiennent.

A part les réfractaires, une dizaine de maisons qui ne veulent rien entendre, ne rien faire, qui sont bouleversées par le changement d'habitude et surtout les problèmes de parking, le reste des habitants joue le jeu.

 

 

 

 

 

 

 

 





Victor françois Machard, dit Abdul, nous prête l'usine de son grand père. Il a même rempli une pièce de whisky etc. pour que nous nous sentons bien.

Moi je m'interroge sur le sens de ce que l'on fait. En quelque sorte nous sussurons aux gens : vous êtes extraordinaires, votre rue est extraordinaire. Eux sont ravis de se retrouver au centre, ravis de connaître leurs voisins, ravis de voir leur rue transformée. Mais moi je me demande si c'est bien. Et pourtant, je suis au comble de ce que j'adore. M'exposer aux gens, à une population mélangée, il ya des médecins , des professeurs, des artisans, des ouvriers, des pharmaciens, des cas sociaux, nous faisons une espèce de troc, donnez moi votre matière première, et moi j'en fais une sorte d'oeuvre.

J'ai toujours envie de faire ma parabole de l'abeille : je butine, je ramasse le pollen, et j'en fais du miel. C'est ça l'art, un condensé, un concentré de réel. De l'Art ça ? C'est à voir diront certains.

Cette rue est un concentré de la France.

François Vanhem, le photographe me dit :

" la rue du bout des digues invite le reste du monde."


Ce sont nos poissons pilotes, ils sont de Calais, leur aide nous est précieuse. Paquito Bernard, Julien Gosselin, Sandra Garcia,Marie Bourgouin. Pascal Petit travaille au fond de l'atelier. D'autres jeunes vont nous rejoindre, Julie, Camille etc. Etudiante en médiation culturelle...


Hervée n'arrête plus, elle connaît toute la rue. Elle s'est fait voler son escabeau. Elle a peur devant la montagne de tâches à accomplir.

J-2

Les gens ont les pieds bien campés sur terre. La croyance en Leroy Merlin est gigantesque.

Nous devons leur apporter un peu de rêve, d'imaginaire. Nous pénétrons le privé des existences, l'intimité, nous connaissons les odeurs de leurs lieux de vie. Nous tissons des liens perdus.

ENTERRER LES MORTS, REPARER LES VIVANTS

Bien sûr je doute sur ce que je fais, le théâtre dans le cadre, c'est tellement plus simple que le plein vent, tellement plus rassurant pour nos tutelles.

Là ce n'est même pas du théâtre de rue, mais comme avait dit Hervée , ce n'est pas de l'ethnologie et pourtant c'est de l'ethnologie, ce n'est pas de la sociologie , mais ça l'est, ce n'est pas de l'anthropologie mais ça l'est, ce n'est pas du théâtre et pourtant c'est du théâtre.

Hélène Latour m'envoie un mel :

"c'est beau ce que vous faites!
de la poésie avec le quotidien!
de la poésie humaniste qui permet aux gens de se regarder et de se trouver beaux! hors du commun! eux qui pensent qu'ils ne sont rien!
c'est le regard qui change tout!"

Je pourrai répondre que les gens ne pensent pas qu'ils sont "rien", ce sont des gens cultivés, très cultivés, très riches, mais ce n'est pas Nietzsche, ou Kant leurs fréquentations, ce sont les digues, les merlans, l'air, ou des passions de grenier, des collections.

Nos politiques feraient bien de faire un tour au bout des digues, ils verraient que la France qu'ils ont osé appelé "France d'en bas" n'est pas ce qu'ils croient. J'ai l'horreur des lecteurs du Monde et de Libé qui se croient au-dessus.

J -1

 

Hervée craque légèrement. "On n'y arrivera jamais, j'ai trop de mal à obtenir ce que je veux".

Moi je lui dis : travaillons le sens de ce que l'on prépare.

Voilà : je suis Tchékhov, j'étudie tel un enthymologiste à la loupe un échantillon humain, une rue, j'observe à quel point le bonheur est fait de petits riens. Cette rue de Calais, lorsque l'on soulève son couvercle, bouillonne de vie, d'histoires, de richesses, chacun ici tisse sa vie, mais ce qui manque c'est la vie ensemble. c'est clair.


ça y est les voitures sont dégagées .

Les gens sortent, l'ambiance est en train de naître.


C'est là que nous jouons un rôle. Est ce encore du théâtre. Mais quelle importance me dit Bastien à table. C'est vrai, nous sommes "interstitiels".

 

 

 

 

Maintenant c'est aux habitants de jouer. Nous ne pouvons pas faire les choses à leur place.

J'ai préparé 48 plaques bleues. Hervée dit "elles sont moches". On rajoute du "boldo" bleu. Cela le fait. La tension monte. Les enfants de l'école maternelle sont venus déposer leurs dessins.

Martine Deyres filme tout, même les petits déjeuners dépressifs.




 

L'école de Musique sous la houlette de Jean Robert Lay répète la composition du directeur. Les élèves sont en face et jouent à la fenêtre de l'école de musique.

 

 

 

 

 

 

 

 


Xavier Juillot prépare quelque chose, avec lui, on ne sait jamais quoi

 

 

 

Briefing du soir

Tout le monde est là. Ils sont arrivés à 7 d'Audincourt. Sylvie Lalaude, Eric Prévost, Sebastien Dec, Marcel Djondo,Vahid Abay, Nathalie Mielle, Gill Herde, et Magali Jacquot est arrivée de Marseille. On a quelques poissons pilotes en plus.

•Les cartels du musée de l'intime

•Qui visse les 30 plaques de métal ?

•la mise en place des péages

•collectage pour le musée.

•L'habit des comodos, recherche des phrases

•gonfler et distribuer 1000 ballons

•Les vendeurs de fumée

•se jucher sur des escabeaux

•distribution des artifices

•mettre des noeuds sur les phrases bleues

•Le déroulement des cérémonies

Donc on ne pense plus à rien, on doit y aller .

Le grand jour

on se met en place, depuis le matin ça circule, ça lit , ça se promène.

A 18 H, déjà la foule s'amasse. 18 H 30, la rue est pleine, 90% des personnes sont en bleu. Au péage on ne vend que quelques foulards on en a préparé 3000.


 


 

On décide en dernière minute d'ouvrir le jardin secret avec un discours officiel. La maire adjointe à la Culture de Calais se prête au jeu.

Nous gérons bien le flux de monde. Des comédiens juchés sur des escabeaux jouent tous les quinze mètres les histoires de la rue. "Inconito" avec deux personnages gonflables bleus occupe le haut de la rue.

A 19 H 30 L'envol de ballon par toutes les fenêtres de la rue est réussi.

 


Les habitants allument à 19 H 35 comme prévu les chandelles qu'on leur a distribuées. La fumée ne monte pas car l'air est trop humide. Cela tousse un peu partout.
"La panika" fanfare pleine de pêche style manouche fait le final.


La maison N° 40 celle dite de la sorcière, a été mise sous vide.

Seul impair, l'acrobate "Tintin" qui devait intervenir sur camion nacelle se retrouve sans chauffeur. Les habitants ont joué le jeu.

Bon taux de satisfaction de notre part, du public, des habitants, du Channel et des professionnels présents. Patrick Bouchain, l'architecte que j'admire nous fait un beau compliment sur notre compréhension de l'architecture.

Il nous reste à confirmer l'essai Dimanche.

 

LE DIMANCHE

On entame à 7 H 15 on termine à 23 H 40.

 

Je suis comme saoul, saoul de tous ces regards surtout, saoul d'entendre les habitants me répéter inlassablement :

 

"c'est magique, cela ne sera jamais comme avant, c'est grand, c'est magnifique, on se regarde autrement, et dire que demain c'est terminé, mais non cela continuera, car cela ne s'oublie pas".


Pourquoi cela passionne t-il les autres rues de Calais ? On vient voir ce que l'on connaît. Chacun a les outils de décryptage, chacun se retrouve dans toutes les histoires.

J'ai l'impression d'être un osthéopathe, d'avoir su rééquilibrer la rue au niveau de la colonne, d'avoir remis en place certaines synapses et certains nerfs.


 

Le matin, les pyjamas qui apparaissent aux fenêtres, la brigade qui fait les majorettes, le service du café sur 500 mètres de long.


Pas de public, une histoire entre nous et les habitants.

Seul Bruno Mallet s'est levé, un malade celui -là, un vrai journaliste, qui observe, prend le temps d'analyser, toujours là. un partenaire, cette voix du Nord, et Nord Littoral est là aussi, je n'y crois pas. Quelle passion !

La brigade se donne, Marcel circule en patinette, le pot à sucre sur la tête.

A midi, les habitants nourrissent les 70 artistes . On va de table en table, du pain bleu, des gâteaux bleus, des assiettes bleues , des costumes bleus.

ï

Etonnant déjeuner, 700 personnes sont à table.

Partout le même accueil. Je me goinfre de veau en gelée, d' excellents gâteaux. y a soleil.

15 H On se croirait sur les champs élysées, les gens montent et descendent la rue, la foule est moins compacte, ils font du lèche maison, lisent toutes les pancartes, et plaques.

Les familles sont souvent sur le pas de la porte et reçoivent.


Assis à une table, parce que la Panika s'est mise à improviser saxo- accordéon, je lâche une larmette, et je me dis : c'est ça qu'on a envie de vivre et de faire vivre.

voir les gens ensemble, bien ensemble, de toutes conditions.

 

On casse l'ambiance avec"" nos miroirs" et leurs phrases métaphysiques "est- ce que je saurai quand je serai mort" ?


La traversée de la rue par le poète- grimpeur Antoine est splendide.

Hommes bleus, chorale, branle (toujours problématique) problème d'espace, pourtant on joue avec rythme.

Julliot sort une manche à air sur le toit de l'école de musique.


Quand en fin de journée le bateau Amistad remonte la rue, c'est de la belle l'image.

Le spectacle n'est pas tout à fait adapté à Calais, ça fait un peu théâtre et trop explicatif pour ici.

Mais nous sommes sur un nuage depuis ce matin, on joue avec routine le texte écrit.

L'explosion est jouissive.

Le Channel vit mal ce final, oui, il aurait peut- être fallu faire du cousu main, une sorte d'adieu et d'aubade finale à la rue, faire exploser le bateau, mais autrement, rappeler que dès le lendemain on descendra des nuages et que nous retrouverons notre terre-poudrière, on eut pu, on l'a pas fait. C'est vrai, on aurait pu faire de l'Amistad un final qui sans abandonner quelques grandes des idées généreuses soit plus centré "bout des digues".

Parce que le débriefing du matin nous mettait en confiance totale, et quand tu fais ce genre de choses, tu ne dois jamais être en position de "gagné d'avance".

Nos jeunes lycéens et étudiants avaient une magnifique énergie regénérante.

 

Démontage des nuages, rangement, une tonne de poubelles, de tasses à café, de verres, de vieux papiers, une semaine de vie où tu ne sais plus le jour et la nuit, où les nouvelles du monde te passent dessus, où tu vois Jacot , le cattering, qui s'assied sur sa chaise au bout de l'épuisement. Peduzzi et Marianne qui foncent d'un lieu à l'autre, même le réveil ils y étaient.

Et moi j'ai épuisé ce que j'ai à dire sur le Channel, ce serait de la rengaine.

J'aurais voulu que l'équipe de "hors les murs" envoie des observateurs, que les journaux nationaux soient vraiment là pour voir qu'une scène nationale et des artistes sont encore capables de s'adresser à une ville toute entière, et la remuer.

Oui les lieux de culture, ouverts, sont les espaces verts de la pensée, ils font respirer les villes, les arrachent à l'étouffement.

fin du récit.

Vous pouvez consulter ci-dessous en annexe la presse, le texte des plaques, des extraits d'entretien.

 

des réactions

(carte postale de Paris le 2 octobre)

Jacques, toutes et tous, la rue extraordinaire, c'est bien la plus belle et la plus juste des choses vues cette année !! Merci

 

Patrick Bouchain

 

lettre de Julien Gosselin, poisson pilote.

Ce matin je suis rentré dans la cour du lycée et je me suis dis qu'on ferait bien de le rendre aussi un peu moins ordinaire.
Je n'écris pas ce mail entre un boeuf bourguignon et un cours de philo pour me lamenter benoitement sur ma condition immonde de lycéen déprimé, mais plutôt pour vous montrer à quel point vous m'avez rendu heureux.
Comme quoi il est possible de plaire à un adolescent boutonneux de 17 ans et demi, parce qu'à cet âge là, 6 mois ça compte, et qu'on peut lui arracher des sourires en l'habillant en rouge et on l'exhortant à la connerie, pas si conne. J'ai été content de rater, et j'espere que je l'ai bien fait.
Je pris, non pas Dieu, mais Francis Peduzzi de vous reprendre l'année prochaine au feux d'hiver, précisément meme dans 1 an et 3 mois, parce quà cet âge là, 3 mois ça compte...
Je sais toujours que je serai un artiste. C'est cour comme mot, c'est vague, c'est con, ils disent tous ça à cet âge là...
Mais je suis encore plus sûr, parce que l'art c'est AUTRE CHOSE, et que je sais qu'avec vous ce le sera toujours, autre chose.
Merci à tous de m'avoir fait VIVRE, enfin, pendant une semaine...
Je crois que Gaston avait raison : une marlboro light, une kro, et un ptit chocolat ça suffit au bonheur...
Voilà, c'est tout.
A bientôt goobi, roi jimenez del sansho de cuba de fajitas, catherine fornal, jacques livchine, Hervée De Lafont et tous les autres...
A bientôt jps noires, camel souples, nicorettes, havanes, gauloises, et toutes les autres.
A bientôt parce qu'il faut arrêter d'écrire, les larmes vont couler, le boeuf bourguignon mal se digérer, et le petit Julien aurait vite fait de tomber dans un drame bukowskien...
A bientôt et Merci.
Merci.
Merc
i.

 

Julien Gosselin



Lettre de Thierry d'Atabak en réponse à la question : pourquoi Aurillac et Chalon attirent tant de presse et de pros et pas Jours de fête de Calais ?

 

Pour ce qui est de ton interrogation, je te dirais que c'est surement parce que le ministre s'en fout royalement que "Jours de Fête" se porte si bien.

JdF est une rencontre directe entre les artistes et le public (vous en êtes la preuve vivante, comment faire plus proche que votre spectacle, j'ai loupé la rue du bout du quai, mais je me souviens très bien de la rue Newton). Qu'aurait-on à y gagner à avoir quelques culs serrés du ministères pour venir nous expliquer à quoi doit ressembler la culture populaire ?

Et les médias ? Pourquoi voudrais-tu que TF1 vienne filmer la preuve que le spectacle vivant ne se vit pas au château et que le véritable artiste n'est pas celui qui est sauvé par le public par SMS? Est-ce qu'ils vendrons aussi bien à Coca-Cola des cerveaux suffisamment ramollis pour recevoir la pub après ça?

Quand bien même les médias s'y intéresseraient ?

Ils montreraient que les calaisiens peuvent être heureux et faire la fête même si la ville est économiquement sinistrée. On y découvrirait que le MEDEF n'a pas réussi à tuer l'art vivant et que les empêcheurs à oppresser le peuple tranquille sont toujours debouts. On constaterait que les hordes barbares de réfugiés chassés par la démocratie US et l'économie de marché de leurs terres n'ont pas mis le pays à feu et à sang et que la solidarité résiste encore dans ce petit village gaulois.


Je sais bien que le Channel s'épuise à faire vivre ce festival, mais il vit ! Il vit pour les artistes et les spectateurs, pas pour la seule gloire du grand manitou Didier Fusillier qui avec Lille 2004 a préparé pour notre région une immense friche culturelle: il n'y a plus un rond pour la culture et pour faire vivre les structures montées à grand coup de copinage ! Je fais un pari avec toi si tu veux: je suis sûr que le Channel survivra à pas mal de maisons-folies !

Au fait, Jacques, juste un indice: le maire de Calais est aussi député européen, mais c'est surtout un communiste. Est-il politiquement correct de dire de nos jours qu'un autre monde que l'ultralibéralisme est possible ?

A bientot, et embrasse toute l'équipe de ma part et de celle d'Atabak.

Thierry   

PRESSE LOCALE

(Il y a surtout la voix du Nord car ils ont un site, il y avait aussi Nord Littoral qui a bien couvert l'évènement.

 

Rue extraordinaire

par Bruno MALLET

L’acupuncture selon Jacques Livchine


La rue du Bout-des-Digues s’habille en bleu, ce soir, pour l’inauguration à 18 h 30. Un moment magique, que l’on devra à Hervée de Lafond et Jacques Livchine.
IL Y A trois ans, Jacques Livchine et Hervée de Lafond étaient prêts à tout arrêter. Le premier a créé le théâtre de l’Unité en 1968. La seconde l’a rejoint quatre ans plus tard. Ils étaient prêts à mettre un terme à plus de trente ans de carrière, parce qu’ils ne savaient plus comment faire pour défendre leur vision du théâtre. C’est le Channel qui les a relancés, en leur proposant l’idée de la rue extraordinaire. Ce fut, il y a deux ans, la rue Newton. Ce sera, aujourd’hui et demain, la rue du Bout-des-Digues.
Jacques Livchine et Hervée de Lafond sont encore là. Hier matin, dans le jardin à peine défriché de l’ancien relais de poste de la rue du Bout-des-Digues, Hervée de Lafond commence à installer le Musée de l’intime. Elle extirpe d’un carton un paquet de vieilles photos jaunies : « C’est Ginette qui nous les a données, explique Hervée. Elle n’habite pas la rue, mais ses parents se sont connus au n°8 ! » « Pfff, on ne sera pas à la hauteur, on ne sera jamais à la hauteur des gens... » C’est Jacques Livchine qui soupire, il est ému, déjà, et semble dépassé. « Tout se passe trop bien, c’est mauvais signe. Pour être bons, il faut des difficultés... »
Après trente ans de travail commun, le duo fonctionne ainsi. Hervée, les pieds sur terre, les mains dans le cambouis, semble la plus rationnelle. Jacques Livchine, lui, est un rêveur pessimiste : « Il ne faut pas que ça aille, il ne faut pas s’exciter, c’est s’exposer à la déception ! »

Rater mieux
La grande affaire de Jacques Livchine, c’est le « rater mieux ». « Dans cette discipline, on est les meilleurs de France. On rate toujours, mais plus ou moins. »
On saura demain si la rue du Bout-des-Digues sera « ratée mieux » ou pas. Mais on sait déjà que le projet tient au coeur d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine, comme un aboutissement de trente ans de travail : « On constate que ce qui prime, c’est le bonheur individuel au détriment du bonheur collectif, commence Jacques Livchine. L’objectif de la rue extraordinaire, c’est de remettre le vivre ensemble au goût du jour. Les gens de la rue Newton continuent de vivre ça, puisqu’ils organisent encore, deux ans après, des repas ensemble. Ce contact-là, on le provoque à l’échelle d’une rue. Ce qu’on fait, c’est de l’acupuncture : quand tu piques la ville en un endroit, tu fais du bien à toute la ville. Avec les Jours de fête, le Channel l’a compris : il fait respirer la ville. Ici, il y a plein de gens qui n’y ont jamais mis les pieds, mais ils le connaissent et ils lui sont reconnaissants. La culture, c’est l’espace vert du mental. Et ça coûte moins cher que les fleurs ! »
Aujourd’hui, l’espace vert dont parle Jacques Livchine sera bleu. La population de la rue du Bout-des-Digues, derrière ce magnifique duo, s’est unie pour, ensemble, « rater mieux. »
Hier matin, Jacques Livchine croise une habitante. « Ce serait mieux, madame, que vous ne veniez pas ce week-end, car vous serez déçue...
» Tout à l’heure, des milliers de Calaisiens en bleu lui donneront tort.

  La rue du Bout-des-Digues s’apprête à vivre les deux jours les plus fous de son histoire
Tous en bleu !

Depuis le début de la semaine, l’équipe du théâtre de l’Unité, emmenée par Hervée de Lafond et Jacques Livchine, a décoré la rue du Bout-des-Digues, et a installé son atelier au n° 108.
À 18 h 30, l’ensemble de la population calaisienne, et du monde entier, est invité à l’inauguration. Rappelons-le, l’entrée est gratuite, pourvu que vous soyez habillés en bleu. Bleu nuit, bleu pâle ou bleu marine, peu importe. Certaines dérogations pourront très exceptionnellement être accordées, notamment aux personnes étant dotées d’une paire d’yeux de couleur bleue.
Demain, un premier rendez-vous est fixé à midi. « Le monde entier est invité », annonce le programme, pourvu que chacun amène son repas. Un pique-nique qui précède le gros du spectacle, puisqu’il est prévu de « petits délices artistiques et spectaculaires », de 15 h 30 à 18 h 30. Sont annoncés les Urbanologues, des marcheurs qui ne touchent pas terre ; Xavier Juillot, un spécialiste des structures gonflables, qui transformera quelques bâtiments ; Tintin, dont la seule chose que l’on sait est qu’il s’appelle Tintin et qu’il vous fera lever la tête. Il y aura aussi une fanfare dénommée la Panika, et une chorale appelée Voix de garage.
Et puis il y aura des musiciens de l’ENMD qui seront aux fenêtres, le directeur Jean-Robert Lay (décidément très sollicité durant ces jours de fête) ayant même composé deux chansons pour l’occasion.
Il y aura des choses à voir partout, des photos, des pancartes, des décorations, des surprises.
Et puis il y aura le Musée de l’intime, caché dans le Jardin extraordinaire. Des objets, des souvenirs, confiés par les habitants de la rue y seront exposés, qui racontent des petites histoires banales ou tragiques.
Et pour clore l’après-midi, un spectacle pyrotechnique, et la traversée de la rue par... un bateau.

 

 

 

Le monde est bleu

 

3000 personnes environ (presque) toutes habillées de bleu ont convergé vers la rue-du bout-des-digues, la rue extraordinaire et ce n'était qu'une mise en bouche

 

ça y est elle est enfin extraordinaire, cette rue. Hier, bien avant l'heure officielle de son inauguration, les Calaisiens et Calaisiennes se pressaient aux quatre coins d'accès pour voir d'un peu plus près cette rue du bout des digues. A l'entrée des membres du théâtre de l'Unité jouaient les ouvreuses : yeux bleus ou habits bleus entraient gratuitement, les autres moyennant 1 € se voyaient offrir une écharpe bleue servant de Sésame.

Au premier coup d'oeil, oui, elle était extraordinaire, cette rue. Des nuages bleutés, accrochés entre les toîts, faisaient la nique à ceux, gris, qui menaçaient plus haut. Efficace, il n'aura pas plu de la soirée.

On se pressait à l'entrée du jardin extraordinaire, on contemplait l'école de musique transformée en hovercraft, on écoutait les élèves jouer de la musique aux fenêtres, et les fées foldingues conter les petites histoires de la rue. Et jacques Livchine, avec sa fougue et son accordéon, chantait d'une voix terrible l'histoire du N° 38. Puis deux coups de canon ont retenti. Au premier une nuée de ballons bleus a rejoint le ciel gris. Au deuxième, des feux d'artifice tirés devant chaque maison ont embrasé ses trottoirs. Une fois la fumée dissipée et les toux calmés, une joyeuse fanfare a traversé l'ensemble de cette rue. Dans les garages, au pas des portes, les habitants offraient des coups à boire à qui voulait bien, hier soir tous les bleus étaient leurs amis. Et ce n'était qu'une mise en bouche : demain on remet ça dès midi, sans contrainte monochrome on en verra de toutes les couleurs.

Bruno Mallet . voix du Nord .

Dimanche

C’était la rue du Bout-des-Dingues
La rue du Bout-des-Digues, où se sont pressés des milliers de Calaisiens dimanche, ne sera plus jamais comme avant. Les Jours de fête et le théâtre de l’Unité sont passés par là.
Tout a commencé à huit heures, par un réveil en fanfare. Les habitants de la rue, le cheveu bleu et la gueule enfarinée, se sont réveillés de bonne grâce :
les fous furieux du théâtre de l’Unité leur apportaient croissants et cafés chauds jusqu’aux fenêtres du premier étage. Ça a continué par un repas partagé tout au long d’une rue encore bleue de monde, car le monde entier y était invité. Ils étaient fiers, les habitants de la rue du Bout-des-Digues, du Bout-des-Dingues. Et l’après-midi, ce fut un crescendo dans le délire. La magie n’a pas opéré tout de suite, la foule se demandait par où il fallait regarder, s’il y avait quelque chose à regarder. Puis ici, la fanfare de la Panika s’est mise en branle, là, la chorale des Voix de garage s’est mise à donner. Durant les temps morts, on s’offrait une barbe-à-papa bleue, une visite au musée de l’intime, ou une lecture de ces plaques, sur chaque maison, qui révélaient que le banal de nos vies n’était rien moins qu’extraordinaire. Ensuite, les déjantés de l’Unité ont organisé le Branle, n’importe quoi pourvu que ce soit joyeux et pas fait n’importe comment. Puis un homme des Urbanologues associés a entrepris de traverser toute la rue sans jamais mettre le pied au sol. Il fallait bien l’aider, parfois, mais ses évolutions le long des corniches étaient magnifiques, aériennes. Et un bateau a fait son apparition, a vogué tout au long de la rue, suivi par une procession immense et radieuse. Pour finir, ce bateau qui brûle, qui explose... Tout s’est terminé là, vers 19 heures. Et pourtant, cette rue du Bout-des-Digues continuera d’être extraordinaire, pour toujours.

Bruno MALLET

 

Interview

Francis Peduzzi, directeur du Channel
« Il existe un tel appétit... »
La Voix du Nord : Avez-vous apprécié ces Jours de fête ?
Francis Peduzzi : « Les premiers échos que je reçois de la part du public sont très favorables. Son adhésion est de plus en plus forte. Il existe un tel appétit, une telle disponibilité des gens pour cette manifestation ! On peut les amener dans les histoires les plus invraisemblables, ils nous suivent avec une grande confiance. »
Et votre point de vue de spectateur ?
« Je n’ai pas encore assez de recul pour juger les spectacles. Mais bon, la Symphonie mécanique est absolument fantastique. Là, elle part dans d’autres villes, mais je suis sûr qu’on peut continuer son histoire, ici, à Calais. »
Des choses vous ont-elles déçu, déplu ?
« Je suis déçu par le manque de public au Fort-Nieulay pour les trois spectacles de KompleXKapharnaüM. Je m’attendais à mille ou deux mille personnes par soir, il y en a eu deux cents. Il y a un genre de frontière, que les gens du Fort traversent beaucoup plus facilement que, dans l’autre sens, ceux du centre-ville. Mais l’histoire qu’a vécue KompleX est passionnante, et il fallait l’engager. Sinon, je trouve que l’omniprésence du logo de Lille 2004 sur les façades du Fort-Nieulay avant le feu d’artifice était vulgaire.
Et que le final de la rue extraordinaire était un contre-sens, ce qui n’enlève rien à la beauté de ce qui a précédé. »

C’était mieux que la rue Newton ?
« La rue Newton a eu la chance d’être la première, il y avait la surprise de la nouveauté. Il n’y avait pas moins de choses rue du Bout-des-Digues. À certains moments, ça manquait peut-être de rythme, il y a plein de choses à améliorer. La rue extraordinaire, c’est devenu très important, comme un événement dans l’événement. En tout cas, je suis très admiratif du travail de l’Unité, de Jacques Livchine et Hervée de Lafond. Quand j’aurai leur âge, est-ce que j’aurai la même énergie ? Maintenant, il faut réfléchir : y aura-t-il d’autres rues extraordinaires, y aura-t-il d’autres Jours de fête ? »
Pardon ?
« C’est une question à toujours se poser, toujours s’interroger sur la manière de continuer. Mais on dépend aussi de choix politiques.
Je souhaite réunir tous les partenaires publics pour voir comment on peut continuer, avec quels moyens. Les Jours de Fête, c’est 800 000 euros de budget, c’est un minimum. En 2006, on veut faire venir le nouveau spectacle déambulatoire du Royal de Luxe, sur Jules Verne. Ça s’annonce gigantesque, le plus grand spectacle du monde. Ce serait dramatique qu’une histoire qui a commencé à Calais il y a dix ans ne s’y poursuive pas. Je crois très sincèrement qu’il doit y avoir une prise en compte plus importante de la manifestation par l’État, la région ou le département. Les Jours de Fête, comme les Feux d’hiver, méritent plus d’égards. Le Channel est l’une des scènes nationales les moins dotées de France, mais on est celle qui est la plus connue par sa population. Tout le monde parle de fracture culturelle, de démocratisation culturelle. Il me semble que depuis dix ans en ce domaine, on a expérimenté et posé des choses intéressantes. »
B. M.

 

LES PLAQUES

 

30 plaques racontaient quelques petits gestes extraordinaires.

Les plaques ont été remises à leurs propriétaires

texte des plaques de la rue du bout des digues

(N° 3 )

 Dans cette maison habite Julien Clerbout, 80 ans, qui en tant que pompier 

   a habillé  plusieurs voisines qui étaient décédées

Rue du bout des digues =rue extraordinaire

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(N° 8 )

C’est à cet endroit précis que Dino a eu un coup de foudre pour Violette en 1921

Le fruit de leur amour s’appelle Ginette

Rue du bout des digues =rue extraordinaire``


(N° 13 )

Ici, au numéro 13  réside la famille Famille Godwin

173 ans à 5 . Anne à vingt ans   est allée en Inde et a revu l’orphelinat qu’elle a quitté quand elle avait dix huit mois.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 18 )

Dans le grenier de Roger, N° 18, il y a un TGV qui tourne à vitesse proportionnellement réelle.

 Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 22)

C’est juste en face que la femme de David  a retrouvé   son professeur d’économie : elles se sont dit que le temps avait passé.

 Rue du bout des digues =rue extraordinaire


Au N° 28, un jour, la douche a fui pendant qu’il y   avait des invités bien habillés 

 Rue du bout des digues =rue extraordinaire


N° 33

 Ici habite Patrick qui  a aidé Monsieur Gislain malade à rentrer son bois, s’est occupé de la tante de son voisin, a refait la chambre de Jean -Paul est devenu  copain avec Mr Masuy qu’il a rencontré à Leroy Merlin.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


 C’est ici  au  numéro 34 qu’ils étaient trente pour les quarante ans de Catherine  qui a reçu quarante cadeaux.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 36 bis)

Derrière ces fenêtres on s’aime et on s’embrasse toute la journée, c’est la maison de l’amour

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 36 )

C’est dans ce garage que Laurent et Marie- France ont vécu les plus grands moments de leur vie.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N°42 )

Dans la maison de Dorothée, un jour le courrier a dépassé de la boîte à lettre , alors les voisins l’ont monté chez elle

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


N° 43

 Ici  Mathilde Vanhoutte ,dix ans,  a dit à ses parents que c’était sa maison, pas la leur.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 46 )

Les Martinage n’ont que dix sept marches à parcourir pour aller de leur lieu d’habitation à leur lieu de travail.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


C’est    quand  il prend sa voiture  que Jean Sébastien Maubert  du n° 50 salue régulièrement son voisin du coin de la rue.

 Rue du bout des digues =rue extraordinaire


N° 53

C’est dans cette maison  de famille que Jeanne-Marie Kiers a bu le champagne avec tous ses voisins pour ses 71 ans. qui étaient aussi ses noces d’or.

( vu le décès de Mr Kiers début septembre, cette plaque n'a pas été posée).

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


N° 59

Sur ce bout de trottoir , un chat siamois a été foudroyé par une crise cardiaque, ça s’est passé juste après la naissance de Raphaël.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 60 )

Dans cet interphone tous les matins Emilie, 23 ans,  en partant au travail dit « je t’aime » à Michel, 23 ans.

 Rue du bout des digues =rue extraordinaire


C’est ici au niveau du 61,  que des gens demandent  souvent à Marion, niveau Bac, « Et ton père, ça se passe bien, il en est où ?

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 65)

 A l’intérieur de cette maison , Jessica 22 ans partage son lit avec Shaïna, 16 mois, qui a déjà gagné un concours de beauté.  Shaïna est de la race des Rotweiler


(N° 66)

Derrière ces murs se cache la collection   d’Alain Gerrebout. :70 bonzaïs. Alain a fait aussi en 1988 une chute de quatorze mètres dans le vide. Il a 59 ans

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 75)

Ici  Cédric, propriétaire à 29 ans   emprunte  à Mr Morant  son voisin,sa tondeuse, sa scie sauteuse, ses rallonges, ses forets, en échange de tours de magie.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 80 )

Maison du facteur de la rue du bout des digues.  . Frédéric rend divers services. Quand le mari handicapé de Madame Baert tombe , il va l’aider à se relever.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(N° 81 )

C’est sur la terrasse de cette maison que  des chats se rassemblent la nuit et miaulent. très fort. Quand Stéphane a voulu les chasser, il s’est fait attaquer. Stéphane n’ose plus monter sur la terrasse.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(92 )

Ici demeure Ildephonse, sa femme, Marie et ses cinq filles : Marion, Coline, Lélia, Elsa, Myrtille. Un jour, Ildephonse, dit Pap,  a aidé son voisin d’en face à faire son nœud de cravate.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


(91)

Plaque érigée en l’honneur de Gaston Ledoux,  l’homme le plus connu de la rue du bout des digues, qui en fait habite rue des quatre coins.

Rue du bout des digues =rue extraordinaire


 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits d'entretiens

recueillis par Elsa Quinette à Calais, rue du bout des digues en juillet 2004

Là je fais mon garage, ça fait trois semaines que je suis en train de travailler au garage, je remets tout cela en état, on aime bien que ça soit clair. Et puis je faisais un peu de vélo aussi… Ben j’ai dû ralentir un peu, c’est certainement l’âge. Le vélo on en fait quand il fait beau, parce que quand il fait froid, on est plus assez fort pour rester dessus, c’est quand même dur, hein. Parfois on part, on a le vent derrière, on va jusque Graveline, mais après il faut revenir avec le vent de face, et alors là c’est autre chose. Et puis je fais du train aussi…Du train miniature…  Je fais tout moi-même  tout tout tout… ça m'aide à passer mon temps, et puis c’est agréable, on est dans son petit truc…La technologie c’est pas enfantin, il faut le faire quand même. Moi je cherche quelque chose qui n’existe pas, parce qu’il ne faut pas copier, il ne faut pas faire quelque chose qui existe déjà, il faut le faire de façon différente. D’ailleurs début janvier je commence un bateau, ça va aussi demander du temps…

Roger  Bloume 73 ans.  N° 18

 

  Oui, pour moi il n’y a que Lucas, je n’ai pas d’autres passions parce que je n’ai pas le temps.J’aime  quand il vient nous réveiller le matin, et qu’il dit « Coucou maman, coucou papa ! » et qu’il nous fait des bisous…Il ouvre la porte et il allume la chaîne hifi, et il vient nous dire bonjour.(Jennifer  Chevreau 27 ans . N° 75

Ben moi j’aime bien les jours où je rentre à 13 heures, et m’asseoir, m’arrêter, et manger.Manger et puis dormir… Oui, mais surtout rentrer, me poser après le travail, quoi. M’asseoir dans le canapé, et prendre une bière, un coca, un jus de fruits…Et penser à ce que je vais faire l’après-midi, regarder dehors s’il y a du vent, pour voir si je vais faire du planeur ou autre chose. J’aime bien rentrer à la maison mais je n’aime pas y rester, j’aime bien bouger.

Cédric Chevreau 29 ans . N° 75

Vous voyez au bout de la rue là, c’était des digues ! Quand ils ont creusé pour faire le tout-à-l’égout, ils ont retrouvé des digues ! La mer, elle a été jusqu’à Saint-Omer. La mer elle est venue rue du Bout des Digues, mais ça remonte à très longtemps…Ici on a toujours les airs marins, on n’est pas tellement loin de la plage. On entend les mouettes. Il y en a qui font leur nid ici. N° 3 Julien Clerbout. 80 ans .

 

Ce que j’aime bien faire, c’est m’occuper du jardin. J’ai un peu mélangé les fleurs de l’ancienne propriétaire et j’ai rajouté les miennes, donc cela fait un peu fouillis… Puis il y a un petit potager avec des tomates, cueillir des tomates en été c’est un petit plaisir aussi. Sinon en hiver, c'est faire du feu dans la cheminée et s’installer avec un bon livre devant la cheminée…J’aime bien voyager. J’ai déjà été au Vietnam, en Thaïlande, en Argentine l’année dernière, il y a un peu plus longtemps j’ai fait un petit tour aux Etats-Unis et au Canada, au Québec en fait… Et puis Suède, Finlande, j’aime bien aller me balader à l’étranger. Sinon depuis un an et demi je fais du secourisme à Oye-Plage, j’ai découvert qu’il y avait un groupe de secourisme dans mon collège. C’est une association qui fait des postes de secourisme sur des manifestations sportives ou non sportives qu’on encadre, par exemple il y a eu un semi-marathon à Oye-Plage, et on a installé un poste de secours au cas où les gens ont des problèmes, sur le trajet ou à l’arrivée, aussi bien les coureurs que les spectateurs. Ça, ça m’intéresse bien. Ce qui m’a plu au départ, c’est l’ambiance d’équipe.    (Anne Boenisch N° 26)

 

LE MUSEE DE l'INTIME

 

Objets prêtés par les habitants, objets de valeur sentimentale.

Ces objets étaient exposés dans le jardin de l'ancien relais des postes ouvert pour l'occasion.

Pendant les deux jours, trois mille personnes ont défilé devant ces objets souvent banals mais chargés humainement. Voici la liste et les commentaires.

 

N° 3  Julien Clerbout 80 ans. Ancien pompier

 Réveil

N° 8  Ginette Clément

Photo de ses parents.

Histoire d’un coup de foudre

 N° 8  Jean Luc Cadart, jardinier

 

Vase avec dauphin


Parce que j’ai toujours aimé les vases comme ça. Je me suis dit que ce serait bien dans un musée.


 N° 18   Roger Bloume 72 ans . Ancien mécanicien hautement qualifié


Porte encrier

 « On a fait toutes les îles des Antilles en bateau, sur un paquebot, le Mistral. On s’était toujours dit qu’on s’offrirait cela quand on partirait en retraite, et cela s’est réalisé. »

N° 26. Anne Boenisch 30 ans . Professeur de mathématiques


Photo en noir et blanc, et guide du routard

 j’avais trois quatre ans, je suis sur la photo avec ma cousine qui a un bonnet blanc, et au-dessus il y a donc mes deux grands-parents, et mon oncle, je pense. Mes grands-parents sont tous les deux morts quand j’étais encore assez jeune, moi je suis née en 74 et ma grand-mère est morte en 80, et mon grand-père quand j’avais douze ans.  C’était le jour de Saint-Nicolas.

N° 26 . Marie Chevallier.

Photo en couleur de la tombe de sa grand mère

Mon père voulait m’avait promis de m’emmener au Viet-nam après laguerre. Il est mort, et je suis allée tout seule sur la tombe de ma grand mère

N° 32 Bis  Jean Paul Ducrocq, 47 ans  agent SNCF

Une paire de basket rouge 

Un objet cher à mon cœur, j’aime courir, les dernières , les moins usées, je les range , je leur mets un coup de chiffon

N° 31  Michaël Delefortrie  22 ans tolier peintre chez Peugeot

Reste d’un bouquet

déchiqueté par Vodka le chien

N° 33  Patrick Delforterie.  47 ans  Magasinier de centrale nucléaire

Un crocodile empaillé

Cadeau d’un copain d’école, un martiniquais, cadeau de mariage en 1979

N° 36. Laurent Mazuy. 62 ans. Retraité de l’éducation nationale, et Marie France  57 ans. Retraitée, ex employée comptable


Une calandre de traction avant Citroën âgée de 54 ans

Derrière cette calandre, il y a toute la voiture, c’est le symbole de la traction

N°36 Bis. Pierre Delambre. 60 ans. Médecin homéopathe,acu-puncteur, phytothérapeute. Betty Delambre 57ans Vendeuse


Un poème

 Quand on est arrivé dans cette maison, on a reçu les voisins, on a reçu deux cartes et des fleurs de tous les voisins. Ils nous ont fait un poème "du château (notre ancienne maison) à la chaumière, on vous accueille et on vous souhaite beaucoup de bonheur avec ce bouquet de fleurs", c'était à peu près ça de mémoire. On a été accueilli très gentiment par les voisins.

N° 39. Monique Hammoudi. 50 ans. Agent des douanes au tunnel


Bocal avec du sable bleu et blanc

J’ai créé ce petit truc, je trouve que je me suis bien démerdée

N° 42 Nicolas Boucher

Bout de tissu

Il représente Bouddha, il m’accompagne depuis cinq ans, il m’aide dans les moments difficiles de ma vie.

 

N° 46 . Florence Martinage. 44 ans. Pharmacienne

Carte d’anniversaire

La dernière carte d’anniversaire que mon père m’a envoyée. Elle représente tout le souvenir de l’enfance, quand je vois son écriture, je l’entends parler. C’est un des derniers mots écrits que j’ai de lui.

N°50  Camille Oguet 24 ans.  Aide médico pédagogique auprès d’adultes autistes

Cadre avec la photo de mes grands parents

L’objet le plus précieux que je possède, parce que mes grands   Parce que c’est mes grands-parents, les meilleurs grands-parents du monde…Ma grand-mère Jeanne, 77 ans, et mon grand-père Marcel, qui est décédé au mois de janvier à 76 ans. Je tiens vraiment à eux, je les adore. J’étais pratiquement plus souvent chez mes grands-parents que chez mes parents.

N° 53 Claude et Jeanne Marie Kiers. (71 ans). Claude  a choisi l’objet juste avant de mourir.

Médailles de guerre

N° 54   Bertille Prevost 40 ans. Responsable de boutique de prêt à porter à Cité Europe

Un chien en peluche

Avant j’avais un chien. A Calais, je n’ai plus de chien, alors je l’ai remplacé.

 

N° 60  Emilie et Michel   Delannoy . 23 ans tous les deux. Emilie : Responsable   qualité dans une entreprise de dentelle, Michel est  étudiant DESS en multimédia.   

 

 1 Tasse-théière et  1 cassette

 C’est une tasse en vache, avec la petite théière qui va avec. Oui, parce que le soir dans le lit, j’aime bien avoir mon lait au chocolat, et Michel me l’a offert pour nos 8 ans… J’adore quand ça fait noir et blanc, je trouve ça trop beau, et puis je trouve que les vaches c’est un animal qui est très beau, j’ai toujours dit à Michel que plus tard j’aurais une vache…La cassette fait partie de notre collection de films d’horreur, c’est notre première.

N° 61 Pierre-Yves Chatelain 50 ans. Professeur d’éducation physique

Dent de baleine

 C’est une dent de baleine ou de requin, ça vient des Açores. C’est les pêcheurs qui gravent des dessins sur l’ivoire des dents. Les Açores c’est vraiment un endroit qu’on aime beaucoup, on y est déjà allé deux fois avec toute la famille, c’est vraiment un endroit protégé, privilégié. Cette dent symbolise le lien privilégié de la famille avec le bateau, avec la mer.

N° 75  Jennifer Chevreau. 27 ans  Roller et caissière chez Carrefour

Une coupe sportive


J’ai fait du basket  pendant 14 ans.Au début j’ai démarré doucement, et puis mon père m’a inscrite dans un club, et j’en ai fait de manière intensive, j’ai été championne de France…

Le fait de jouer à un haut niveau, ça donne un sentiment de fierté. Maintenant j’ai arrêté, un problème de genou.

N° 77.  Agnès (51 ans) et José (60 ans) Morant. Instituteurs à la retraite

Deux cahiers d’écolier d’avant 1914

 Léon est né en 1905 dans un village près de St Amand les eaux, il choisit de passer sa retraite de chef de gare à la retraite.

Sa femme Esther et lui s’installèrent au N°75.

N° 78 Françoise Gloriant 50 ans. Travaille à la sécurité sociale depuis 30 ans

Rouleau distributeur

Cadeau ironique offert par mes voisins Mr et Madame Goubelle il y a cinq ans. Cadeau permettant de mettre un rouleau de scotcgh du fait que je suis administrative de profession.

N° 83 Andrée (77ans) et Noël (80 ans) Baert.  Sténotypiste et chef de gare à la retraite

Une peinture

 . Au dos : «  À mon ami M. Baert, en souvenir du vieux Calais »

  On a eu ça en échange d’un paquet de tabac. C’était à un moment où il y avait une grève des buralistes, je crois, il y avait pénurie de tabac, et cet homme il fumait du tabac gris et il ne parvenait plus à en avoir. Mon gendre, qui était bien avec le buraliste du coin, avait réussi à avoir un paquet de tabac, alors à la pétanque Noël l’a offert à ce monsieur, M. Gillet, qui nous a donné ce tableau en remerciement. On l’aime bien, c’est un souvenir quand même. Le peintre l’a fait directement pour nous.  c’est le vieux Calais, ça n’existe plus. Le beffroi, là, il n’existe plus. Oui,  Gillett  il faisait partie de ceux qu’on appelle les peintres de Calais. Il est décédé il y a quelques années. C’était un vieux monsieur très bien, vieille école, célibataire, un vieux garçon. Il enlevait sa casquette pour nous saluer, très poli, très gentil.

N° 92  Marie Soubry.  50 ans  Responsable du relais assistance de la maison de la famille à Calais

Une chaise peinte

Donc, l’idée, c’est que toi, Ildephonse, tu repères la chaise dans une brocante et tu l’achètes, Marie tu la peints, et les filles l’usent. 

N° 102  Cathy Rogliano  42 ans  secrétaire

Un tee shirt

 Moi il y a un truc que j’adore, c’est Matthieu qui avait fait un super tee-shirt quand il était tout gamin à l’école, avec un super dessin, très rigolo, et on l’a encadré pour ne pas qu’il s’abîme trop. Matthieu trouvait que c’était pas terrible, son tee-shirt encadré, mais quand je le vois, je le trouve super, il est gai, plein de couleurs. C’est un truc qui me met de bonne humeur quand je le regarde.

N° 108 Victor François Machard dit Abdul 49 ans  Mécanicien en filtration

Une enseigne


C’est l’enseigne de l’usine de dentelle de mon grand père et de mon père.

 

 

 

 

 

 


 

Projet présenté au Channel en avril 2004

Ce que nous évoque  la rue du bout des digues

Rue du bout des digues une rue qui mène à l’infini

Un  appel au rêve, au voyage

à l’envol

C’est la rue du bout du monde

Les gens sont très souriants,

C’est une rue centrale peu passante

Une rue à l’écart de toutes les tensions du monde. 

On va toujours  au bout de la digue,

Et c’est là que l’on regarde au loin.

Donc c’est bleu, c’est aérien, c’est léger,

C’est déjà l’anti -chambre du paradis.

Dans la rue Newton on échappait à l’ apesanteur

Dans la rue du bout des digues, on est en apesanteur

Au bout de la digue, on va regarder l’horizon.

L’utopie est comme l’horizon.

Quand je fais deux pas, il s’éloigne de deux pas,

Je fais dix pas , il s’éloigne de dix pas,

L’horizon est inaccessible.

 

Mais alors à quoi sert l’utopie ? A ceci, elle sert à continuer à marcher.

La rue du bout des digues , rue de tous nos rêves.

 Bout du monde – Léger, aérien – Oiseaux. Bleu

Décoration générale de la rue

•Bandes de tissu bleu ou blanc suspendues verticalement

•Un ou deux rideaux qui ferment la rue

•Nuage polystyrène en volume

•Tapisser les façades de nuages avec panneau (bois ou tissu) + nuages en mousses redessiné avec du bleu

•Ecrire des phrases sur les fenêtres au blanc d’Espagne.

•Cascades le long du mur ou en travers de la rue.