CE QU’ILS EN DISENT

 

PRESSE NUIT UNIQUE, REACTIONS


Magazine théâtre(s)  septembre 2018





De Mathieu Dochtermann Toute la

culture.com


« Avec Nuit Unique, le Théâtre de l’Unité a offert à 600 spectateurs

privilégiés un théâtre expérientiel, une aventure d’une nuit entière

jusqu’au petit matin, une traversée nocturne, onirique et poétique,

qui n’a pas oublié que la nuit est le temps des fantasmes, de l’amour

et de l’érotisme, mais aussi celui de la poésie. Magique et inventif,

foisonnant autant que subtil : un magnifique cadeau de théâtre. A

voir absolument ».


Le Théâtre de l’Unité n’en est pas à sa première expérimentation : on pourrait même dire que c’est sa marque de fabrique que de plonger le spectateur dans l’inattendu, pour mieux contourner ses défenses et surprendre ses habitudes. Décaler le regard, immerger, faire vivre autre chose, un autre théâtre, autrement. Une recherche constante, habile, généreuse aussi, que Hervée de Lafond et Jacques Livchine mènent depuis maintenant quelques décennies. C’est de ce laboratoire vivant, de cette expérience riche et diverse, qu’est né Nuit Unique. C’est dire si toutes les conditions étaient réunies pour que ce spectacle soit une réussite.

Et sans davantage ménager le suspense, on doit se rendre à l’évidence : c’est effectivement un spectacle beau, intelligent, immersif, poétique, singulier, qui ouvre là ses bras aux spectateurs qui ont la chance d’y trouver refuge pour une nuit. Une œuvre surprenante, un marathon où la fatigue est un ressort au cœur même du spectacle, pour les comédiens comme pour les spectateurs: le glissement vers les accidents, le surgissement de la spontanéité, la concession de la vulnérabilité, l’inexorable débouclage de l’inconscient à mesure que les paupières s’alourdissent et que la conscience sombre.

Dans le noir, des étincelles.

Par moments, la poésie surgit, celle qui caresse l’oreille avec des mots, qui vient se superposer à cette autre poésie qui est l’âme vive du spectacle vivant. Les vers peuvent surprendre le spectateur à n’importe quel moment, lus au micro, pour toute l’assemblée, ou murmurés à l’oreille par un comédien ou une comédienne qui viennent les y déposer avec mille précautions. On entend Rimbaud, Cendrars, Michaux… la littérature est du voyage.

Par moment, des histoires se coupent et s’entrecoupent, se mêlent et s’entremêlent, récits de vie filés ou saynètes isolées, qui tissent ensemble comme un réseau d’images confuses mais dont on n’attend rien d’autre qu’une succulente rêverie, ce qui n’exige en aucun cas l’unité ou la continuité. Comme un leitmotiv lancinant reviennent les souvenirs d’Hervée de Lafond, sa nostalgie d’une enfance passée au Vietnam. Les nems comme fil rouge d’une oeuvre qui ne veut pas trop se prendre au sérieux.

Par moment, on est réveillé, piqué au vif par l’érotisme d’une proposition qui soudain surgit, comme cette scène délectable de Dom Juan déclamée par six comédiens et comédiennes dans le plus simple appareil.

Par moment, la musique vient cueillir les spectateurs au creux de leur hamac, musique entraînante qui insuffle l’énergie de résister une demie heure de plus au sommeil, musique apaisante qui convoque l’assoupissement et le départ vers les contrées du rêve. Des chants d’autres pays viennent susurrer leur nostalgie aux dormeurs inconscients, tandis que le long de l’échine des spectateurs éveillés se glissent quelques frissons.

C’est à un voyage que le public est convoqué, un voyage en très bonne compagnie, un voyage qui pourrait sembler statique mais qui sera en réalité très lointain, car rien n’est plus exquis ou plus exotique que les paysages brumeux de notre monde intérieur, et que c’est bien à les explorer que le Théâtre de l’Unité nous invite…

Une très belle idée, une exécution marquée du sceau de l’audace et de la générosité, une mécanique gigantesque mais bien huilée, du talent à ne plus savoir où donner de la tête. Rarement découcher n’aura été aussi enivrant!


Thierry Voisin de Télérama



Nuit unique, du Théâtre de l'Unité. Une nuit blanche de 8 heures pour voir

à l'oeuvre les deux trublions qu'on aime tant, l'attachante Hervée de

Lafond et le taquin Jacques Livchine et leur troupe formidable. Quelle

prestance ! Une nuit magique pleine de surprises, de textes déclamés à

haute voix ou murmurés à l'oreille, de contes invraisemblables, de confidences sur la vie des

uns et des autres... Ça y est, j'en ai trop dit ! Il faut tenir les 8 h, ça n'a aucun sens de rester

qu'une heure ou deux. Il est permis de dormir. Des doudous sont même distribués à ceux qui

ont besoin de câlin. Petit déjeuner servi au petit matin. Vous savez ce qu'il vous reste à

faire...



Fabien Granier , ancien administrateur footsbarn


Par surprise, grâce au prosélytisme de Milou, je me suis retrouvé à

vivre le truc le plus incroyable qu'il m'ait été donné de vivre ces dix dernières années.

Attends, je te raconte.

T'es convié dans un gymnase vers 23h. On t'allonge dans des boudins de plastoc. Ton corpss'enfonce. On te prévient : t'en as jusqu'à ce que le jour se lève. Au milieu, y'a Fantazio. Et sa cascade de mots. Et son gros violoncelle. Et des actrices. et des acteurs. Et puis y'a Jacques,

et Hervée. Et t'es bien. t'es bien reçu. On te conforte. On te parle doucement. On t'accueille.



T'es le bienvenu. Si tu t'endors : pas grave, mon gars. Tu choperas ce que tu choperas. On  est pas là pour être les plus intelligents. On est juste là pour partager des bouts d'humanité.

Rien de plus.   Bin moi j'ai pas dormi. Enfin presque pas. Tellement ces sept heures m'ont propulsées au   pays du spectacle parfait.

Ça dit du Michaux. Et puis du Proust. Et du Cendrars, bien sûr. Tu pars à Kharbine.

À   Hanoï. A Paris. Dans le pays Basque. Chez les fous. Chez les morts. Mais tout est doux. Tout

est tranquille. C'est un voyage tranquille. Paisible. On t'assène rien. Et puis y a ceux qui

dorment. Ceux qui se marrent. Ceux qui se lampent à petit coup des godets de rhum

électrique. Ceux qui pleurent. Ceux qui se taisent. Ceux qui murmurent les chansons. Ceux

qui frissonnent au coeur des chants polyphoniques. Dont celui là, putain, ce chant bulgare

qui t'escalade la colonne pour se planter droit dans ton front. Une femme attends son

amour au milieu de la forêt. mais son amour ne vient pas, alors elle fout le feu. Mais son

amour ne vient pas plus. Et la forêt a brûlée.

De temps en temps, une image te cueille. T'arrache le coeur de la poitrine. Puis te repose.

Transi.

Je me suis assoupi une petite heure. Vers la fin. Quand j'entrebaillais la paupière. Je voyais

des grands drapeaux. Des corps serrés. Fantazio dans sa transe. Une actrice en sanglot. Un

spectateur qui passe en se brossant les dents. Puis je fermais les yeux à nouveau.

Je me suis réveillé ce matin, vers 6 heures. Lentement. Gentiment. Tellement plus rempli que

quelques heures avant. Bouleversé. Les sens à mille. L'imagination à dix mille.

Heureux. Putain. Je voulais tous les embrasser.

Le Théâtre de l'Unité, c'est les papis. La troupe existe depuis que les rues ont été inventées.

Et bin tu sais quoi : ils n'ont jamais cessé de se réinventer. De prendre des risques

gigantesques pour que toi, et puis moi, on se fasse offrir de telles génuflexions. De tels

cadeaux d'amour et de tendresse. De mots taillés dans de l'émotion pure. Ils sont là. À la

pointe.

Et moi, qui ne m'attendait pas à vivre ce cadeau, surtout au coeur de ce festival amputé, je

suis parti heureux. Rasséréné. A bloc.

Il y a encore de la place.

Elle est dure, cette place. Dure à prendre. Il se faut se bagarrer, souvent. De plus en plus.

Tenir bon.

Mais elle est là, cette putain de place. Pour la poésie. Pour la création. Pour l'amélioration

de nous tous. Individuellement et entre nous

Je suis sorti en plein Zénith.


Enfin, bref. Il faut y aller Le voir. Le vivre. Et surtout, toutes et tous : il faut le programmer ce spectacle. Le faire venir chez vous. Les accueillir. Le faire tourner.

Il faut que ça vive. C'est trop important. Précieux. Vigoureux.

Je repars bien guéri. Les rues sont toujours pâles. La foule bien moins foulesque. 




Stéphanie Ruffier . Théâtre du blog 3 juin 2017



Nous sommes au royaume du vrai-faux. Ou du faux-vrai. Comme Alcandre dans la grotte

platonicienne de L’Illusion comique de Corneille ou le Roi Basile dans La Vie est un songe de

Calderon, le Théâtre de l’Unité nous convie à une expérience philosophique grandeur nature.

A peine un spectacle : la vie-même.

Cela débute à vingt-trois heures, dans le grand hangar de Lieux Publics et traite de la

porosité troublante entre nos existences, nos fantasmes et le théâtre. William Shakespeare

l’affirme dans La Tempête et toute son oeuvre l’illustre : « Nous sommes faits de l’étoffe de

nos rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil. » Pour le confort, ce soir-là, la paille,

testée à Calais, a été troquée contre des hamacs en plastique rouge, soit des rangées d’une

centaine de berceaux en forme de lèvres.

L’idée était née lors d’une édition des Ruches, ces ateliers-laboratoires qui ont lieu chaque

printemps à Audincourt , tout près de Montbéliard (voir Le Théâtre du Blog) : et si on

organisait un voyage au bout de la nuit ? Ce serait, comme en train, une sorte de rêve

éveillé, entrecoupé de voix, d’images, d’assoupissements et d’éveils… Les premiers tests

s’avèrent concluants : les cobayes, même profondément endormis, n’en sortent pas moins

ravis. Ainsi est née cette Nuit Unique, étrange machine à rêves qu’ Hervée de Lafond et

Jacques Livchine rodent cette année.

C’est bien à un transport en commun que nous sommes conviés : une traversée nocturne et

collective. Des hôtesses en livrée rouge, qui nous rappellent les Brigades d’Intervention

Théâtrale de ce même Théâtre de l’Unité, installent en douceur les passagers. A chacun

d’entre nous, sont distribués: un abricot, une bouteille d’eau et un doudou pour viatique.

Nous sommes prévenus que nous pourrons nous endormir et que cela ne nous sera pas

reproché.

Permission paradoxale : c’est là le coup de génie de l’Unité. Les spectacles fleuves, tout

festivalier connaît. Récemment à Avignon, des mises en scène comme celles de Thomas Jolly

(Henry VI, en dix-huit heures) et Julien Gosselin (2.666, en onze heures trente), nous

avaient déjà accoutumés aux représentations d’une très longue durée. Ici, il s’agit d’autre

chose, d’une recherche du discontinu, du perlé, d’une exploration des différents cycles du

sommeil. Le public cultive une présence-absence, un être-là… sans être las. Et, comme dans

la philosophie de Martin Heidegger, la faucheuse rôde. C’est aussi un «être vers la mort»

dans un univers où, quoiqu’il advienne, avec ou sans vous, le spectacle continuera …

Dès les prémices, surgit une question : qu’est-ce la nuit, pour vous ? Les réponses sont

lues : une parenthèse, un désir, un apaisement, une autre temporalité, un moment

poétique… L’on s’aperçoit vite que la demande pourrait tout aussi bien concerner notre

rapport au théâtre. Que venons-nous y chercher? Un repos, un apaisement, une échappée

belle, une communion, un (r)éveil ?

Difficile de raconter cette longue nuit, faite tour à tour, de fulgurances et d’effilochements.

Chaque heure, égrainée par un tintement de cloche, a sa couleur. Les thèmes collent au plus

près de nos vies avec l’amour, la mort, le rêve, le cauchemar, les obsessions: omniprésents.

Deux univers surtout reviennent de loin en loin et contaminent l’ensemble. Premier fil


rouge : la nostalgie du Vietnam chez Hervée de Lafond: son enfance, la

torture de sa nourrice, la mort du frère (puissant moment), le retour

anniversaire. Ils défilent sur le grand tapis central. Très loin ou très près.

Sur une tablette, apparaît une vieille photographie, avec ses visages en

noir et blanc. Dans l’obscurité, un odeur des nems réveille une

cinquantaine de voyageurs et des images émergent avec force : drapeaux

rouges de la révolution à Hô Chi Minh, file de nénuphars surmontés de

chapeaux pointus … Et puis, il y a l’exhibition de l’intime : la marotte de

Jacques Livchine qui met littéralement en scène l’obscénité, au sens

étymologique du terme, l’extime, dirait-on en littérature : entrelacs

d’amours, bizarreries personnelles, et attirances pour l’autre, la femme

désirée, désirante, celle qui joue avec la limite…

L’intime, donc, convoqué avec son lot d’accumulations à la Jacques

Prévert ou à la Raymond Queneau: liste hilarante des courses de

Catherine Fornal, celle des médicaments et des oublis, litanie touchante

des amants de Lucile Tanoh… On devine la personnalité des neuf

comédiens-musiciens, à travers un subtil tissage de réel, de fiction et de

biographique. Des univers portés et traversés par le chant, la musique, les textes de théâtre,

de poésie et les langues étrangères.

Les Chochottes: Garance Guierre et Léonor Stirman, duo à l’indéniable talent comique

qu’on a vu dans Le Parlement (avant-dernière création du Théâtre de l’Unité) sont ici plus

lyriques et plus graves. Fantazio, à la contrebasse, assure un humour grinçant. Les motsfusées

d’Alejandro Jodorowsky, Blaise Cendrars, Henri Michaux, Arthur Rimbaud…

surgissent.

Charlotte Maingé et Ludo Estebeteguy font renaître de grands dialogues tragiques. Grâce à

un beau travail des lumières, s’enchaînent de façon exquise de faibles apparitions

fantomatiques et de grandes fresques cinématographiques. Superbe persistance rétinienne

de ces Elvire nues en grand équipage, ces robes de mariées qui s’agitent, ces explosions du

rouge de la révolte…

Bien sûr, tout n’est pas égal dans ces huit longues heures, et on n’entend pas tout. La

position couchée est parfois inconfortable mais embarquement immédiat: un voisin de

hamac s’endort pendant la berceuse russe du premier quart d’heure mais sera très attentif

au petit matin. Les bras profonds de Morphée retiennent beaucoup d’autres entre quatre et

cinq heures… Qu’ils sont touchants ces visages offerts… Tout tient à l’équilibre fragile du

lointain et du très proche, des solos et des scènes de choeurs qui emportent. Parfois, nous

distinguons comme une transhumance dans les alpages, là-bas, derrière les murs. Ou,

comme dans Les Chambres d’amour, un ancien spectacle du Théâtre de l’Unité, on nous

chuchote des mots au creux de l’oreille. On baigne littéralement dans la poésie de la vie.

Mais on n’oublie jamais tout fait sa prose : les corps se manifestent avec les affreux et

incessants couinements des hamacs en plastique, une des plaies de la nuit.

Cela se termine dans la solitude, comme dans le Transsibérien : la relation spectateursartistes

est cultivée mais il y a peu de communication horizontale et les voisins de hamac

resteront des inconnus. A six heures : réveil et occasion de partager le grand rangement

(quelle sidération de voir s’effacer si vite toute trace de notre passage !). Suivra un petit

déjeuner où l’on peut partager le pain, avec les compagnons d’une nuit.

Pour certains, le spectacle a été vécu comme une réminiscence de l’enfance : on se souvient,

petit, quand on s’endormait dans une fête d’adultes battant son plein. On ne comprenait pas

tout, mais on se laissait bercer par un flux chaotique de mots, d’images et de sons. Eclats de

rires, bribes de conversation, mélodies.

Pour d’autres, c’est tout simplement notre monde en miniature : baigner dans son absurdité,

ses saillies, ses micro-événements, son grand courant et ses voies impénétrables. Une chose

certaine : une belle performance des comédiens ! (« Je suis au bout du nem » clame

Fantazio près du final.)

On ne s’ennuie jamais dans la houle de ce bain nocturne qui convoque la rêverie : on peut

s’absenter, au sens propre et au figuré. Surtout, comme un ricochet, l’expérience se diffuse

en vaguelettes dans le quotidien qui suit. On passe la journée à mieux percevoir les belles

images, le sublime et le grotesque de chaque instant. Tout chante à l’oreille. Les couleurs du

jour sont rehaussées et les mots triviaux se font poème.

Et si on vivait plus de façon plus intense ? Une voix me hante, qui m’a chuchoté au petit

matin : « Depuis hier soir, je songe à vous éperdument. Un désir insensé de vous revoir, de

vous voir tout de suite, là, devant moi, est entré soudain dans mon coeur. ( … ) Ne le sentezvous

pas, autour de vous, rôder, ce désir, ce désir venu de moi qui vous cherche, ce désir qui

vous implore dans le silence de la nuit ? »… l’ai-je rêvée ?



Stéphanie Ruffier


Spectacle vu le 23 mai, à Lieux publics, 225 Avenue des Aygalades, Marseille XVème. T: 04

94 03 81 28.



Nathalie Mielle

administratrice Lueur des contes


Olalal, je ne m'en remets pas de cette nuit chalonnaise. Un moment suspendu, rare et précieux que je garderai dans mon coeur un long moment sans savoir si c'était réel ou rêve. J'ai écrit aux comédiens pour leur dire ma reconnaissance de ce moment intense et partagé passant du rire au larmes avec une intensité magnifique dont vous seuls avez le secret de fabrication. Je vous embrasse fortement et tendrement, with love


Pascale Leray

spectatrice


Pour ceux qui s'apprêtent à vivre l'expérience magique de la Nuit Unique,

Un conseil...résistez au sommeil, ne dormez pas !

À mesure que la Nuit avance, les heures deviennent plus belles, intimes, intenses, traversées d'images, de chants envoûtants, de poèmes, de bribes de vie émouvantes.

Au coeur de la Nuit, la fatigue, comme une ivresse légère, libère les corps et les voix des comédiens ; fermez alors les yeux quelques instants pour mieux ressentir la vibration des mots et des chants, mais rouvrez les bien vite de peur de manquer la magie du voyage!

Au matin, heureux et fatigués, vous partagerez sentiments et petit déjeuner avec les comédiens de l'Unité.


c’est un voyage initiatique , un rituel mystique ,une longue nuit d’amour dans les bras des comédiens dont on partage les rêves les cauchemars les obsessions les désirs les douleurs les blessures intimes ,magnifiés par les chants ,la poésie qui jaillit comme un cri ou une plainte amoureuse .

pourquoi la poésie est-elle si méprisée oubliée,aujourd’hui ?

c’est parce qu’il lui faut la nuit ,le souffle, la sensation d’infini pour que les mots résonnent et que les images se libèrent et s’épanouissent dans l’espace .

il faut se laisser envoûter caresser malmené aussi ,allongé dans l’obscurité .

par moment tout se calme et s’apaise

 on écoute la nuit 

parfois les paupières se ferment juste quelques secondes et on découvre en ouvrant les yeux une image nouvelle, saisissante : les comédiens silencieux sont en place là tout près!

 parfois encore des chants nous parviennent de très loin dans l’espace et se rapprochent par vague comme si le chemin emprunté était long et tortueux !


une nuit de tendresse où le spectateur est le centre de toutes les attentions et pas un voyeur toléré qu’on a calé dans un siège inconfortable et qui devra évacuer la salle avec diligence quand on rallumera la lumière .

quand le jour revient on redécouvre les visages un peu chiffonnés des voisins souriants

les comédiens sont dans un état second au-delà de la fatigue ! une énergie nouvelle euphorique les anime et les fait rire chanter danser de plus belle car ils ont accompli un exploit ; et cette joie, les spectateurs émus la partagent tout en mordant dans un croissant!


C’est aussi cette fraternité, ce désir de partage qu’on emporte avec soi et l’on se sent au retour d’un long voyage dans une autre dimension ,totalement déconnecté de la réalité trop cadrée des relations mercantiles  et formatées !


traverser le Rhône, rejoindre le festival d’Avignon ,c’est rentrer dans une norme un peu déprimante...

 tout au long de la journée, on garde les images en soi, une nostalgie très douce de la nuit unique et de sa poésie




Florine Chevrolet

comédienne


Le jour se lève sur la Nuit Unique ! Un rêve collectif étrange, avec le bruit de la mer en fond et la sensation d'être à nouveau fœtus. Merci le théâtre de l’Unité de nous avoir enfanté ce matin...


Lucile Chesnais 

chargée de diffusion

poétique magique féérique mystérieuse inconnue je plane toujours autant depuis jeudi et j'ai ses flashs comme un rêve...merci pour ce beau moment et pour la performance de tout le monde vous étiez beaux et exceptionnels


Edith Rappoport

ex conseillère théâtre Drac


Impossible d'écrire à la hauteur du spectacle !


Margo chou : 

performatrice


Je crois que là, ça  m’a stimulé une connexion du cerveau  ou une sensibilité 

Je sais pas si c'est ce que j’ai  vu de la nuit ajouter à l idée de la nuit, de la performance gratos de jouer pendant 9h

Il y a plein de choses qui sont mises bout à bout qui sont pas importantes,  petites,  intimes et qui finissent par bousculer

Le bruit des couteaux de Hervée  pendant une tchatch c est cool, y a une espèce de vie qui se ressent à ce moment là

Au bout de 2h, j'ai commencé à me sentir dans un lieu commun où ça  vit, ça  se parle, ça  prépare à manger, ça  dit ... en considérant les dormeurs. Comme un grand wagon, comme un lieu de repli   comme un hôtel différent qui joue à te faire vivre une ballade. 


Laurence Farlay   

spectatrice



Hervée et Jacques (quand on a passé une nuit ensemble, on peut "se tutoyer par les prénoms", non?),


ces quelques lignes pour vous dire mon enthousiasme et le plaisir que j'ai pris à la nuit unique de la ZAT de montpellier. Moi qui n'allais plus au théâtre depuis quelque temps à cause de somnolences gênantes, me voilà autorisée et conviée à un "dormir-éveillé" toute une nuit face à des comédiens. Quel beau hasard m' a fait choisir sur le programme de la ZAt votre nuit unique.


J'ai adoré ce voyage dans le temps, la nuit, les rêves, j'ai adoré m'endormir et me réveiller au milieu d'un poème, d'un chant, d'un texte. J'ai adoré entendre défiler solennellement les heures, me réveiller sur du Cendrars, m'endormir sur du Proust et quel humour, quelle énergie, et quelle générosité.


Et je ne parle pas des nems!


Merci à toute votre troupe. Continuez à nous enchanter,nous endormir pour mieux nous éveiller... je vais guetter à présent le passage de votre troupe dans notre région ( Avignon?) et suivre de près votre travail. Belle continuation à toutes et tous.

Laurence, native de Haute ardèche.





Yves Noël  Genod,


comédien metteur en scène 


Très heureux d’avoir rencontré cette immense croyance que vous avez dans le « théâtre » (mais aussi la musique, la poésie, la nature et la nature de l’homme) ! Je repars chargé d’un fardeau précieux : le fardeau qui délivre. Au lieu de filer à Marseille (une soirée de finale !), je me suis réfugié dans l’auberge du fond d’un vallon dans le Lubéron (où les ondes ne passent pas). J’ai la nostalgie de cette immense poésie que vous avez trimballée toute la nuit et que vous m’avez inoculée dans MA nuit et dans MON sommeil. J’aurais voulu ne jamais fermer l’œil, mais, comme au jardin des Oliviers, je m’endormais et m’endormais et vous ne faiblissiez pas dans votre labeur, chacun à son poste comme dans un communisme pur. Quelle douceur incroyable ! Comment peut-on s’adresser aussi gentiment à son prochain ? Je n’étais certes pas en avion (comme disait le critique dont tu as lu le texte tout à l’heure), mais là où la terre penchait et, dès la deuxième fois, j’aimais ce que je retrouvais comme des tubes, des joies très, très profondément inscrites. Rien à te dire, Jacques, que CHAPEAU BAS pour ta puissance et ta confiance à mettre dans un spectacle des vies entières et leur au-delà


JOANNA BASSI




Cher Jacques ,

Hier soir , en compagnie de ma fille et de son copain , la conversation s’est tournée vers ce que chacun d’entre nous avait fait en juillet et j’ai raconté un des moments les plus forts pour moi : la nuit unique à Avignon .

Tu avais dit au début de la représentation :" je pense être le seul véritable spectacle de théâtre du festival “ …  tout réfléchi , c’est vrai … 

Ce qui est formidable ( et vous n’en avez peut être pas tout à fait conscience) est que lorsqu’on tente de raconter  cette nuit là (et je l’ai fait assez souvent depuis un mois) ceux qui écoutent, comprennent et imaginent très bien les scènes même si je ne donne pas beaucoup de détails . Le principe même de la représentation suscite l’envie, la curiosité … Tous me disent :” C’est vachement bien  , j’aurais voulu voir ca , être là , vivre ca …” 

Je crois d’ailleurs que je raconte la nuit unique à ma façon , oubliant des choses et en en rajoutant d’autres . J’ai ri , j’ai rêvé, j’ai eu des larmes , j’ai dormi , mangé , bu , fumé … 

Tu sais , il y a 35 ans , mon frère et moi avions organisé et mis en “ espace” un parcours nocturne dans un jardin botanique à Florence, en plein été , en pleine vague de chaleur , et je me souviens avoir pensé que cela devait devenir une forme de théâtre populaire dont le développement paraissait illimité … 

Où en sommes nous aujourd’hui ? Vous restez unique, en effet . 

Votre nuit  fut un chef d’oeuvre , de fond en comble … Un spectacle total qui ne se voit , ni ne s’entend , mais se vit . 

Salut bien Hervé pour moi, accompagné de bises et de compliments . Ta troupe a été incroyablement énergique et juste . Quel travail !

Voilà , merci et je t’embrasse

Joanna




Gaëtan PASCUAL

comédien


Comme indiqué dans le titre ci-dessus, nous nous sommes quitté.e.s, il y a moins de 8h, j'en suis encore tout flagada. 


Qui suis-je? Une personne qui a eu l'occasion de passer quelques quinze jours à Audincourt, il y a plus d'une demi-décennie. Je ne vais pas repréciser qui/quoi/où/comment, car peu de chance que vous vous en souveniez, et surtout parce que cela n'apporte rien à ce mail. En tout cas sachez que j'ai un profond respect pour l'Unité et que je vous veux de bien. (chose de plus en plus difficile entre gens de la profession par les temps de vache maigre qui courent)


Alors comme ça, 7 heures dans la paille? Je ne pensais pas que je ferai parti des 3%...et bien si, je n'ai rien lâché! Je voulais tout voir (au delà de l'instant nu), j'étais trop curieux de connaître le menu et de pouvoir goûter à tous les plats. Me suis-je régalé? Oui! J'ai vu des corps disponibles, toniques, gracieux, roulants, entremêlés et majestueux. J'ai entendu des sons dissonants comme je les aimes, des soupes de mots et des partitions de texte au cordeau...j'ai entendu Fantazio (qui m'est cher artistiquement, ce qui aurait pu biaiser mon jugement) et aussi des voix nouvelles et enchanteresses, à l'unisson ou à l'octave ou à la quinte: Merci pour "Questa Matina" qui est ma chanson favorite du moment! J'ai vu et entendu des vieux aux plateaux qui incarnent humilité, espoirs et excellence! (Je vous soupçonne toutefois d'avoir des pratiques transhumanistes cachées). J'espère que Quetzalcoatl ne viendra pas me chercher trop tôt, que j'essaye d'en faire autant! Pardonnez ma grossièreté soudaine, mais: putain j'en ai eu pour mon pognon! J'ai payé 0,71 cents/heure.


Bon je dois tout de même avouer que j'ai galéré, aux alentours d'1h du matin, j'ai bien cru que vous alliez m'avoir...surtout avec les quelques "scènes collectives interminables d'exercices de théâtre de 1ère année sur fond sonore hyper soporifique ou lyrique", déjà que je déteste le théâtre contemplatif, j'ai bien cru que j'allais m'effondrer! Il m'a fallu réagir rapidement, j'avais mon carnet, mais pas de stylo...et après 10 min de panique j'ai fini par en trouver un dans ma petite trousse à pharmacie (allez comprendre?). Alors je me suis mis à dessiner des images et des sons, dans le noir et dans des positions qui m'ont pété les hanches, et là, le bateau se mit en vitesse de croisière à travers cette nébuleuse de mots, de gestes et de mélodies. Soudain, j'étais comme dans un/mon/ton rêve et j'en devenais le témoin actif, qui je ne sais pour quelle raison voudrait tuer un torero s'il ne lui restait que 20 minutes à vivre (En aurais-je ras l'os de la virilité?)...non, mais n'importe quoi!! J'ai la main qui tremble dès qu'ils s'agit d'égorger une salade, alors tuer quelqu'un, vous pensez bien...


Alors, je vous laisse mon petit portfolio de la nuit en souvenir, ça vaut ce que ça vaut, mais je voulais le partager avec vous...car, au pire, il n'y a que vous que ça puisse à peu près intéresser.


Encore un immense bravo à vous, comédiennes, comédiens, techniciens, enfant et chien! Merci, à vous performeuses trans-artistes! (oui, le féminin l'emporte au numéraire!)  Merci pour ce jus, pour cette mémoire, pour cette spontanéité, pour cette sueur, pour ces voix superbes,pour ces madeleines, pour ces corps à poils et à plumes! Et ce que j'ai préféré par dessus tout c'est d'avoir autant rit! (Bien que l'on soit meilleur public lorsque l'on est très fatigué...ce qui compte c'est le résultat!)


Bon vent, bonne route,



Michel Allegre


Il y a des gens si vieux qu’ils ont connu le vent des peuples qui disaient non aux prêtres amnésiques qui voulaient leur bien ou leur mort selon les saisons. Il y a des gens qui ont traversé l’ombre noire des espoirs et des meurtres pour découvrir in fine la complicité des assassins. Et pourtant le socialisme n’a point quitté leur cœur puisque Rimbaud , Proust , Racine... sont du voyage , ce voyage qui traverse le temps et connecte les mémoires et les amours au point que l’on rit beaucoup dans un pré préservé de la neolangue de bois qui interprète le monde sans équivoque. Le risque est donc certain, vous pensez , toute une nuit dans le plus profond des reins et des cœurs , murmures ou retour au creuset d’origine de sa parole. Au réveil donc la puissance du dire sur les choses et les gens loin de l’artifice des villes mortes et normées à l’esthétique froide qui construit le bâillon sensoriel en raison. Dans les éclipses du demi sommeil voilà des drapeaux rouges qui claquent au vent des navires night , nef des fous qui pirate le sommeil d’une invention des formes où chacun retrouve l’illimité qui lui est propre.




Adèle Daléas



      dans ma tête revient ce fragment 

"et de toutes les heures du monde elle n'en a pas gobé une seule" 


 Après notre échange matinal,

je n'ai pas su avaler une seule minute de sommeil avant le soir prochain. 


je ne comprenais pas pourquoi je ne sentais aucune fatigue. 

 

maintenant je comprends mieux :  ce que vous m'avez donné était plus puissant que du sommeil. 

j'avais une énergie spéciale,

un peu magnétique 



 je me demande souvent ce qui anime 

ce qui me met en mouvements, 


cette chose qui me pousse  à chercher, à aller dehors 

regarder, essayer, parler, danser, chanter, jouer , partager, aimer


un aliment, une sensation, une idée ? 


le sommeil ne fait pas tout. 


 

la nuit après la nuit unique, j'ai dormi dehors sur la terrasse. comme pour continuer ce songe, dont je n'arrivais pas à descendre. 

 hier matin, le corps si lourd, comme une masse énorme. impossible de la manier avec adresse. il m'a fallu quelques heures pour me sentir en éveil 




                  oh ! et voilà qu'une amie est venue hier soir, elle m'a raconté au bord du lit la prose déclamée sous l'orage et la pluie ! !! ! !



ça m'a fait bondir du lit parce que je sais que cette nuit je serai de nouveau installée sur la paille. 


 

   je veux rebondir sur plus encore 


sur les auteurs russes !  sur tout ce que j'ai vu pendant la nuit ! toutes les envies, réflexions qu'elle a impulsées




    j'ai hâte, je souris !  


   


Adèle 







Deborah



Salut à vous toutes et tous,


Je voulais vous remercier, car de retour de Villeneuve depuis 3 jours, pour la première fois depuis bientôt 10 ans, j’ai le sentiment d’avoir vécu un moment de vrai théâtre qui peut changer ma vie.


Je pourrais gloser et vous dire ce qui, dans votre spectacle et votre présence sur scène, m’a tant bouleversée, mais j’aurais du mal à ne pas sombrer dans l’emphase et là n’est pas le propos. Le propos, c’est qu' à mon retour, j’ai décidé que ma vie ne serait plus la même, ou plutôt que j’allais enfin laisser naître mon autre vie, qui est dans celle-ci… Enfin, botter le cul de la bourgeoise en moi qui gagne du terrain au fil des ans, reconquérir ma liberté et ma rébellion, quitte à y laisser des plumes ou à finir sur la paille...


Pendant la Nuit unique, je n’ai pas fermé l’oeil une seconde. A force de m’endormir au théâtre, j’avais presque oublié qu’il avait le pouvoir de réveiller l’Eros et le désir de changer la vie. De ce point de vue, vous, vous faites du grand théâtre, qui libère, sans démagogie, sans manipulation, du théâtre à hauteur d’hommes, tous à égalité, sur la paille!


Mille mercis, encore, bravo, bravo, bravo, et longue vie à l’Unité.























Anonyme



Bonjour la compagnie, je profite de mon émotion de l’aube pour vous dire merci


C’est une expérience incroyable. Je ne suis pas  bien sûr de ce que j’ai vu ou entendu , tout s’est confondu et tout s’efface petit à petit comme un rêve qui s’grène dans un puits


Mais j’en ressors troublé et ému, c’était beau, dans le sens profond de beau.

Offrir une composition pour sommeil comme celle- ci avec autant de bon goût et de bon coeur.


Philippe du Vignal

Théâtre du blog


Festival d’Aurillac

La Nuit unique par le Théâtre de l’Unité, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine


Fanny Girod

Notre amie Stéphanie Ruffier ( voir Le Théâtre du Blog) vous a déjà dit tout le bien qu’elle pensait de ce spectacle hors-normes dont les représentations à l’extérieur comme à l’intérieur,  ne sont jamais identiques. Donc, cela valait le coup d’y aller et d’en remettre une couche… Ici, cela se passe au Parapluie, un beau lieu de travail pour les compagnies de théâtre de rue mais pas que, situé près de la route de Mauriac, construit il y a quinze ans déjà,  très au calme dans les prés verdoyants, en dehors d’Aurillac. Donc sans aucun bruit ni lumières extérieures, ce qui est précieux et très recherché.

Difficile de raconter cette longue nuit, et comme les autres,  nous avons par moments dormi à un moment ou un autre. Le plus impressionnant dans cette grande salle à la scénographie bi-frontale, avec deux cent personnes: le silence et la paix. Et, comment dire les choses, une sorte de « recueillement ». Pas une récrimination, pas un faux pas mais un respect des autres. Les gens s’excusent poliment quand ils doivent déranger un peu pour aller aux toilettes puis rejoindre une des bulles individuelles en plastique rouges gonflées à l’air où on s’allonge pour la nuit. Mais où il vaut mieux vaut ne pas trop bouger sous peine de perdre l’équilibre !

A chaque heure, Jacques Livchine, toujours suivi de son  fidèle et vieux  chien noir, fait sonner une cloche, et annonce la couleur de la thématique qui va suivre : l’amour, la mort, le rêve, le réveil… Et cela jusqu’à six heures. Bien entendu, tout n’est pas de la même qualité. Mais il faut quand même avoir  un sacré culot à soixante-quinze ans et une formidable expérience pour concocter une telle aventure et avertir le public, au début de la représentation, de ne pas hésiter à s’endormir…. Alors que c’est l’obsession inverse de nombreux réalisateurs, quand ils se lancent sans aucun état d’âme dans des spectacles-fleuve d’une dizaine d’heures… souvent assez ennuyeux.

  Nous connaissons Hervée de Lafond et Jacques Livchine depuis une quarantaine d’années et il sont devenus experts depuis longtemps dans la façon d’amener le public là où ils veulent. Ils savent aussi maîtriser parfaitement cette étrange cérémonie collective… Avec une grande précision, et beaucoup de générosité. Ce qui n’est pas incompatible. Nombre de jeunes metteurs en scène qui font preuve d’une rare prétention, feraient bien d’en prendre de la  graine. Les créateurs de cette Nuit unique précisent bien qu’ils ne sont pas en couple dans la vie mais seulement au théâtre. Bon… Mais ils ont depuis toujours une grande et très efficace complicité dans le travail théâtral. On voit mal un spectacle de l’Unité sans cette indispensable osmose. Hervé est le bras armé de Jacques mais c’est plus compliqué. Et cela se sent dans tout le spectacle, ils restent obsédés par leur mort prochaine. Il y a dans cette Nuit unique un aller et retour permanent sur leur passé. Comme en écho au vers magnifique du Cid de Corneille: « Le passé me tourmente et je crains l’avenir ».  En attendant,  ils font encore et régulièrement ensemble de très bons spectacles comme ce Parlement de rue créé à Aurillac il y a trois ans et récemment encore joué à Paris…

Hervée de Lafond raconte ici qu’elle a été élevée au Viet nam par une merveilleuse nourrice, et passe lentement dans les rangées de spectateurs avec une tablette électronique où on peut voir une vieille photographie de cette nounou, et du frère de Lafond. Hervée est retournée récemment dans ce pays avec, on le devine,  beaucoup d’émotion, et raconte aussi, et de façon magnifique, le suicide de ce frère, privé de parole après une erreur médicale, qui s’exprimait avec une machine à écrire, et qui s’est noyé dans le canal du Midi, il y a une trentaine d’années.

On voit les drapeaux rouges de la révolution à Hô Chi Minh ville,  et une file de gens  coiffés de chapeaux pointus puis Jacques Livchine parle de son cancer guéri mais aussi de la fascination qu’exercent sur lui les jeunes femmes. Il demande à Catherine Fornal, une jeune comédienne exemplaire et d’une grande présence, si elle ferait l’amour avec un homme de soixante-quinze ans. Lucile Tanoh, elle, fait la liste, vraie ou fausse, de tous ses amants.

Et il y a souvent au cours de cette nuit,  de courts  extraits de textes,  tous remarquablement dits par l’un ou l’autre des comédiens. Au programme: Alejandro Jodorowski, Henri Michaux, Fernando Pessoa, Gherasim Luca, Danils Harms, etc. Une unité dans tout cela? Sans doute celle de la confidence et de l’intimité, et c’est bien suffisant. Jacques Livchine récite lui, superbement et avec passion, Le Bateau ivre d’Arthur Rimbaud et, presque en entier, La Prose du Transibérien de son cher Blaise Cendrars. Les deux Chochottes Garance Guierre et Léonor Stirman, habituées du Théâtre de l’Unité, chantent aussi avec Fantazio, à la contrebasse. 


Petite correction :  ce soir là les chochottes étaient remplacées par Anne de Broca et Mélanie Cremonesi Colin. JL


Cela défile comme dans une sorte de rêve dans un grand silence, percé de temps à autre par une ronflement d’un dormeur anonyme.

Moins convaincants et un peu faciles, les dialogues commentés de la Bérénice de Racine ou du Dom Juan de Molière avec des Elvire nues, comme dans la mise en scène du Théâtre de l’Unité il y a longtemps. Et des citations visuelles du grand maître polonais Tadeusz Kantor (1915-1990) dont Catherine Fornal a rencontré à Cracovie les fameux acteurs jumeaux, personnages aussi remarquables dans la vie que sur la scène. Ou d’une revisitation d’un ballet de Pina Bausch, mais à l’interprétation dansée, disons plus qu’approximative… 

Les comédiens viennent parfois chuchoter quelques bribes de poèmes à l’oreille des spectateurs endormis ou non. La dernière heure : « Le réveil »,  flirte avec le un peu n’importe quoi ; on sent la fatigue et le remplissage ! Là, les deux complices devraient resserrer les boulons. Il y a ensuite un petit déjeuner avec café ou thé-pain-beurre- confiture, et chacun parle enfin et volontiers, avec son voisin de lit, et Hervée de Lafond confie à une spectatrice qui a, elle aussi,  vécu au Viet nam, qu’elle sait faire les nems mais pas les travers de porc caramélisés.

Une expérience unique et tout à fait étonnante, où, bizarrement, on ne s’ennuie pas du tout – aucun spectateur n’est parti- comme enveloppé dans un cocon de musiques, chants, danses, images, et  textes, même si on n’entend pas tout, avec une impeccable diction. Cela devient de plus en plus rare et fait du bien! On pense aussi souvent aux images du célèbre Regard du Sourd de Bob Wilson au festival de Nancy, il y a plus de quarante ans,  et qui durait plus de six heures. Cette création avait beaucoup impressionné Hervée de Lafond et Jacques Livchine, comme tous les metteurs en scène de leur génération.

La Nuit unique, plus qu’un spectacle avec ses grandeurs et ses faiblesses évidentes, est sans doute un patchwork artistique des plus intelligents et des plus maîtrisés dans l’espace et dans le temps, et qui aurait sans doute bien plu  à Tadeusz Kantor. En tout cas, une expérience exceptionnelle de vie nocturne en commun de plusieurs générations,  sous de fabuleux éclairages tout en nuances. Et quel plaisir de voir par les grandes baies vitrées le jour se lever sur les collines … Ici, et c’est exceptionnel, il y a des enfants ravis et de nombreux jeunes gens, visiblement attirés par cette expérience qui, par certains côtés, mais sans les décibels, rappelle un concert rock.

Madame la Ministre de la Culture n’y viendra sûrement pas, et c’est bien dommage pour elle. Pour le moment, cette Nuit unique est programmée un peu partout, mais pas à Paris ! Au fait, quel directeur de théâtre  voudrait l’inviter ? Didier Deschamps à Chaillot, Wajdi Mouawad au Théâtre national de la Colline, Stéphane Braunschweig à l’Odéon, José Manuel Gonçalvès au Cent-Quatre. Ou encore Stanislas Nordey à Strasbourg, Catherine Marnas à Bordeaux ? Ne répondez pas oui, tous à la fois… Pourtant ces directeurs disposent d’espaces appropriés. Mais le Théâtre de l’Unité, cinquante ans après sa création, dérange encore et met effectivement souvent le doigt là où cela fait mal …  C’est sa grande force mais il le paye! Ne ratez pas surtout pas ce spectacle à Aurillac encore ce soir, ou s’il passe près de chez vous. Prenez une couverture ou mieux un sac de couchage, un bon oreiller, une bouteille d’eau et laissez-vous prendre par la main, vous ne le regretterez pas…