Pas trop mécontents, on progresse

 


Premières dates : Chalon dans la rue


Nuit Unique N° 5   17 février 2018  Marseille.





Marseille


Evénement de 2 jours à Marseille. MP 18, quel amour. Week- end d’ouverture des dizaines d’événements dans Marseille



La compagnie  arrive de toute la France: Rouen, Rennes Bayonne, Limoges

Besançon, Audincourt, en train.

Hervée et jacques dans l’europcar de 20 M3.

La répétition de la veille dure 12 H. C’est épuisant.

Maya nous fait de la bonne cuisine

On est bien, on ne sort pas de la cité de arts de la rue.


la nuit


7 heures de jeu

on a une petite table avec quelque remontants sucrés ou salés,

les comédiens s’y croisent quand ils ont quelque minutes entre deux séquences. ce que je déteste par dessus tout c’est :

“alors tu le trouves comment le public de ce soir “?

Tu ne trouves pas que c’est un peu plan plan tout ça ?

Moi je suis dedans, je ne peux pas être en même temps spectateur,

je suis concentré sur ma prochaine intervention,

c’est un numéro d’équilibriste tous ces textes divers

surtout que dès ma première intervention, j’ai oublié une des phrases de Proust alors j’ai peur,

tout ça n’est pas facile

C’’est la cinquième.

Décidément il   faudra toujours 13 représentations  pour être prêt .

En regardant les vidéos des représentations de Chalon, on décide d’en terminer avec les moments de pause, les temps morts.

Parce que l’on nous disait : laissez les gens se reposer complètement par moment.

On prend la décision de faire des enchaînements

dé plus en plus on prend conscience que ce n’est pas un spectacle à regarder 7 heures sans discontinuer,

il faut les ruptures, les décrochages, les somnolences,

on a besoin de cet état second, où l’on ne sait plus où on est.

C’est là que l’expérience est intéressante.

Dur à évaluer


Ce que l’on peut dire sans qu’il y ait discussion


Une fois de plus les locations ne correspondent pas aux gens présents.

On nous annonce 145, on n’a que 120 boudins gonflables

mais finalement on ne sera même pas plein.

Personne ou quasiment personne ne part en cours de route.


On a gagné en rythme, et il nous manque 15 mn de matière pour terminer la quatrième heure


J’essaye d’écouter le ressenti des gens à la fin.

Il y a des emballés  , et des -qui- ne -disent rien.

Mais parce que sur le coup on n’a rien à dire, c’est normal.


Je tiens juste compte d’une  remarque, les gens ont envie de se repérer dans notre plan, et que j’annonce distinctement les voyages, l’amour  les rêves, les cauchemars, la mort, le bout du voyage.

Je le ressentais chaque fois, mais certains dans l’équipe trouvaient le flou plus éloquent.


L’équipe technique a fait un immense travail, David Mosset, Eric Billardet, Mael Palu. Enorme, ce sont eux qui installent l’atmosphère.



On a essayé de chasser ce qu’on  appelle le filandreux, des moments de naturel assez mous.

Il en reste un peu


deux discussions qui se suivent.


Tu ferais quoi s’il te restait vingt minutes à vivre, et la mémoire olfactive.


Cela peut passer si on fait autre chose en même temps, mais pas se mettre en focus central.


Il reste deux heures mortelles, trop noires en tout, les rêves et les cauchemars ,

il nous faut trouver la dérision de ces scènes style expression corporelle ;  quand on les a trouvées on les trouvait belles mais même avec de la fumée, c’est un peu colle-au-thème.



Pendant l‘amour on a finalement trouvé quelques occasions de rire, il faut cette échappée pour ne pas tomber dans le trop lourdingue.



Et puis il y a les récits d’Hervée, celui de la mort de son frère est splendide parce qu’il est écrit et précis.

Mais son voyage au Viet-Nam, produit une sensation de gêne, car la situation n’y est pas. Cela passerait mieux sous forme de lecture de ses sms ou d’une chronique de voyage, avec l’accident de scooter du premier  jour, les amis, les jours les heures, sinon ça fait conversation  un peu trop molle



A la fin on décide de citer les auteurs dont nous nous sommes servis


Proust

Henri Michaux

Valery Larbaud

Blaise Cendrars

Jodorowski

Molière

Racine

Voltes

Rimbaud

Daniel Harms

Baudelaire

Boris Vian

Pessoa

Tsetatieva

Braudigan

Tchekhov

Novarina

Cocteau

Rodrigo Garcia




et les metteurs en scène : Kantor Pina Bausch, Bob Wilson Donc ça évolue encore



et cet été Villeneuve les avignon est de plus en plus plausible.


  ZAT Montpellier  14 avril 2018  N° 6



Une lettre   de Laurence Farlay    spectatrice



Hervée et Jacques (quand on a passé une nuit ensemble, on peut "se tutoyer par les prénoms", non?),


ces quelques lignes pour vous dire mon enthousiasme et le plaisir que j'ai pris à la nuit unique de la ZAT de montpellier. Moi qui n'allais plus au théâtre depuis quelque temps à cause de somnolences gênantes, me voilà autorisée et conviée à un "dormir-éveillé" toute une nuit face à des comédiens. Quel beau hasard m' a fait chosiir sur le programme de la ZAt votre nuit unique.


J'ai adoré ce voyage dans le temps, la nuit, les rêves, j'ai adoré m'endormir et me réveiller au milieu d'un poème, d'un chant, d'un texte. J'ai adoré entendre défiler solennellement les heures, me réveiller sur du Cendrars, m'endormir sur du Proust et quel humour, quelle énergie, et quelle générosité.


Et je ne parle pas des nems!


Merci à toute votre troupe. Continuez à nous enchanter,nous endormir pour mieux nous éveiller... je vais guetter à présent le passage de votre troupe dans notre région ( Avignon?) et suivre de près votre travail. Belle continuation à toutes et tous.


Laurence, native de Haute ardèche.



Je n’ai pas pris de notes, le lendemain c’étaient les ruches

il fallait faire vite



en plein milieu une femme nous annonce qu’elle  a décidé de demander son compagnon en mariage

on insère une scène spéciale



Mariole nous fait un grand numéro à la toute fin en s’installant  sur Hervée





N° 7  et 8   Miramont de Comminges


29 et 30 juin 2018    à l’invitation de Pronomades



Avant toute chose, comme préalable dire que Pronomades est une anti institution institutionnelle unique en France.

C’est une démarche qui ne ressemble à nulle autre.

Une imprégnation du territoire par des spectacles sortant tous de l’ordinaire,

Rien que le lieu d’Encausse les thermes : c’est un rêve, il est spacieux, rempli de lumière, il y a des replis des petits salons comme à la maison, des terrasses. 

une cuisine familiale, avec un chef -copain, Bernard , qui tient compte de chaque particularité, tiens voilà une salade sans ail, un plat végétarien,  des tendrons de veau, les meilleurs du monde.

Il y a dans cette équipe  animée par Marion Vian, et Philippe Saunier Borell une attention toute particulière,   tout est calculé pour que nous soyons bien.


Cllotilde aurait peu être de mauvaise humeur,   les grèves faisaient que tout était chamboulé au niveau des arrivées.


Et puis je ne cessais de prendre des abricots qui étaient à notre disposition dans un grand carton.


On jouait à Miramont de Comminges.   Ce qui n’était qu’une salle des fêtes avait été soigneusement choisie  et aménagée avec  de la paille, plutôt que nos coques plastiques  qui faisaient des crissements épouvantables à chaque mouvement .


Ce choix de la paille assumé par Pronomades va

considérablement améliorer le spectacle.


Aucune technologie moderne aucun  tissu ou matelas synthétique ne pourraient remplacer le charme de la paille qui épouse les formes de chacun , cela sent bon, cela rappelle l’enfance.  



La répétition  de la veille a pourtant été sordide. on a tous envie de jouer, d’inventer , d’ajouter des fioritures mais Hervée est très tendue, elle a peur.  Tensions.


On intègre Ines Lopez qui remplace Julie Cazalas. Lucile remplace Julie dans le Koltes, on améliore la mise en espace et la situation.  La scène y gagne. 


Ines a tout répété de son côté. `


Hervée n’a pas dormi la nuit qui précède, mais elle semble de meilleure humeur.

Fantazio est escorté d’Esther sa fille de 7 ans, tout le monde joue la maman.



Nuit du 29 juin      la septième.












La paille, c’est a meilleure nouvelle

Environ cent personnes.  on a changé la place de l’amour qui arrive en troisième heure,

changement heureux.

Mais la partie rêve ne fait que 45 minutes. et puis la partie rêve est remise en cause par jacques qui la trouve trop plate.

On a trouvé un style pour contrer deux scènes dites filandreuses,  c’est à dire trop quotidiennes,  scène des 20 minutes avant de mourir et des désirs olfactifs.


L’énergie monte bien vers la fin,  on termine comme des fous.


Les compliments fusent au petit déjeuner, vers 6 H,  on rêve de se coucher .


A 8 heures on regagne nos  chambres..  4 h à 6 h de sommeil. 

On déjeune à 13 H.


Siestes, et match  France Argentine.     Match historique à cause de 4 buts de la France , M Bappé et Pavard



Nuit du 30 juin   la huitième



On tient la route malgré une petite fatigue, quelques butages sur des mots, Lucile et jacques qui se croyaient un peu trop sûrs s’emmêlent les croyons sans que cela ne se voit. 

Comment évaluer le succès ? 


je sens quelque chose, j’ai du mal à me comprendre moi même



quand on me demande  pourquoi cette Nuit ? 



Je ne m’en souviens plus.   Je dis juste peut être, sortir chacun des ses conditionnements sociaux, des jeux de paraître, des superficialités pour aller vers une sorte de vérité, là où le profond de l’âme devient plus accessible, 


et puis surtout, j’ai toujours aimé deux ou trois poésies depuis que j’ai 20 ans, il fallait que je leur trouve une sorte de sortie publique qui ne  soit pas un “montage poétique”  fastidieux et casse couille. 


une remarque  :  aucune personne de pouvoir, ne veut  se montrer en plein sommeil, car la nuit,  les oripeaux disparaissent, nous sommes tous ramenés à une égalité totale, et effet indésirable notable, les petits barons qui dirigent nos institutions refusent de venir se coucher à nos côtés…


Du monde.  120  dormeurs.  les chaises longues, cela fonctionne bien la paille ça va

on décide de poser le camion à Villeneuve,

par économie car c’est dément  15 litres au cent,  des péages de 90 € à chaque fois

on prend un TGV , 114 € pour deux.


On reçoit une lettre, ça raconte,ça fait du bien : 




Chère Hervée, Cher Jacques, chers tous,


Comme indiqué dans le titre ci-dessus, nous nous sommes quitté.e.s, il y a moins de 8h, j'en suis encore tout flagada. 


Qui suis-je? Une personne qui a eu l'occasion de passer quelques quinze jours à Audincourt, il y a plus d'une demi-décennie. Je ne vais pas repréciser qui/quoi/où/comment, car peu de chance que vous vous en souveniez, et surtout parce que cela n'apporte rien à ce mail. En tout cas sachez que j'ai un profond respect pour l'Unité et que je vous veux de bien. (chose de plus en plus difficile entre gens de la profession par les temps de vache maigre qui courent)


Alors comme ça, 7 heures dans la paille? Je ne pensais pas que je ferai parti des 3%...et bien si, je n'ai rien lâché! Je voulais tout voir (au delà de l'instant nu), j'étais trop curieux de connaître le menu et de pouvoir goûter à tous les plats. Me suis-je régalé? Oui! J'ai vu des corps disponibles, toniques, gracieux, roulants, entremêlés et majestueux. J'ai entendu des sons dissonants comme je les aimes, des soupes de mots et des partitions de texte au cordeau...j'ai entendu Fantazio (qui m'est cher artistiquement, ce qui aurait pu biaiser mon jugement) et aussi des voix nouvelles et enchanteresses, à l'unisson ou à l'octave ou à la quinte: Merci pour "Questa Matina" qui est ma chanson favorite du moment! J'ai vu et entendu des vieux aux plateaux qui incarnent humilité, espoirs et excellence! (Je vous soupçonne toutefois d'avoir des pratiques transhumanistes cachées). J'espère que Quetzalcoatl ne viendra pas me chercher trop tôt, que j'essaye d'en faire autant! Pardonnez ma grossièreté soudaine, mais: putain j'en ai eu pour mon pognon! J'ai payé 0,71 cents/heure.


Bon je dois tout de même avouer que j'ai galéré, aux alentours d'1h du matin, j'ai bien cru que vous alliez m'avoir...surtout avec les quelques "scènes collectives interminables d'exercices de théâtre de 1ère année sur fond sonore hyper soporifique ou lyrique", déjà que je déteste le théâtre contemplatif, j'ai bien cru que j'allais m'effondrer! Il m'a fallu réagir rapidement, j'avais mon carnet, mais pas de stylo...et après 10 min de panique j'ai fini par en trouver un dans ma petite trousse à pharmacie (allez comprendre?). Alors je me suis mis à dessiner des images et des sons, dans le noir et dans des positions qui m'ont pété les hanches, et là, le bateau se mit en vitesse de croisière à travers cette nébuleuse de mots, de gestes et de mélodies. Soudain, j'étais comme dans un/mon/ton rêve et j'en devenais le témoin actif, qui je ne sais pour quelle raison voudrait tuer un torero s'il ne lui restait que 20 minutes à vivre (En aurais-je ras l'os de la virilité?)...non, mais n'importe quoi!! J'ai la main qui tremble dès qu'ils s'agit d'égorger une salade, alors tuer quelqu'un, vous pensez bien...


Alors, je vous laisse mon petit portfolio de la nuit en souvenir, ça vaut ce que ça vaut, mais je voulais le partager avec vous...car, au pire, il n'y a que vous que ça puisse à peu près intéresser.


Encore un immense bravo à vous, comédiennes, comédiens, techniciens, enfant et chien! Merci, à vous performeuses trans-artistes! (oui, le féminin l'emporte au numéraire!)  Merci pour ce jus, pour cette mémoire, pour cette spontanéité, pour cette sueur, pour ces voix superbes,pour ces madeleines, pour ces corps à poils et à plumes! Et ce que j'ai préféré par dessus tout c'est d'avoir autant rit! (Bien que l'on soit meilleur public lorsque l'on est très fatigué...ce qui compte c'est le résultat!)


Bon vent, bonne route,


Gaëtan PASCUAL







Villeneuve en scène



du 10 au 22 juillet 2018



Installation technique très compliquée. Dès le 4 juillet , Eric et David et Mael débarquent avec un camion plein de matériel de» lieux publics».


des tours etc


6 jours, la chaleur, ils installent tout


On a laissé le 20 M3  sur le terrain  au retour des pronomades puis pris le train à 13 H 20 quelques jours plus tôt



On débarque le 5  juillet avec Hervée  en FIAT Doblo



Bien comprendre la scénographie



Essais de voix catastrophiques. trop vaste et jouer des deux côtés paraît une gageure.



Lettre aux comédiens qui arriveront le 8 au soir



Amis du caravaning et des pinèdes




J’ai expérimenté pour vous  ce qui va être votre cabane pour quinze jours 




bonne nouvelle : sanitaires propres à 15 mètres


Mauvaise nouvelle :  nous sommes quasiment 80 caravanes 


Bonne nouvelle :  les nuits sont très fraiches  et les matins  sont très ombragés , faut des duvets 


Mauvaise nouvelle : s’équiper contre les moustiques 


Bonne nouvelle : certaines caravanes ont des frigos, dans celle d’Hervée   performant, mais  à peine frais dans la mienne 


Mauvaise nouvelle : petit déjeuner à 200 mètres à partir de 7 H 30,  mais Hervée veut organiser un coin pour nous  dans le campement avec notre machine à café et un grille pain, mais apportez votre tasse


Bonne nouvelle : beaucoup de tiroirs de rangement dans la caravane, mais faut des cintres


Mauvaise nouvelle : on va arroser de nuisances sonores tout le camping, et le voisinage, y aura des plaintes. 


Bonne nouvelle: la prairie est splendide, même avec zéro spectacle une nuit à la belle étoile c’est regénérant


Mauvaise nouvelle : fait très noir la nuit, se munir d’une lampe de poche pour retrouver sa caravane 


Bonne nouvelle : les cigales dorment la nuit 


Mauvaise nouvelle  : chacun sa savonnette et son shampoing et sa serviette 


Bonne nouvelle : il y a le village à 500 mètres  avec laverie, tabac , 


Mauvaise nouvelle : on voit les blocs sanitaires depuis notre campement et un défilé incessant d’artistes allant faire leurs ablutions 


Bonne nouvelle : Robin Renucci dort juste dans une caravane derrière les nôtres 


Mauvaise nouvelle :  9 locations le premier jour.  ( état d’il y’a deux jours ). Pourtant on pourrait être 400 tellement c’est grand . 


Bonne nouvelle : David Mossé fait une installation lumière énorme, a apporté 70 transats, 30 oreillers, et emprunté partout des tables de lumière des projos etc


Mauvaise nouvelle : la paille, en fait ils ont livré des minuscules bottes carrées, pas tout tout les grands rouleaux, il  n’y en aura pas assez, ils en relivrent aujourd’hui . Adieu le rêve des 360 € , ce sera le double . Les paysans  veulent voir la pièce.


Bonne nouvelle : Hervée s’est enfin résolue à transformer la séquence rêves, Jacques va faire des propositions radicales, il y aura encore de l’électricité dans l’air. Des négociations sont en cours  


Mauvaise nouvelle :  face public, la voix passe, mais de dos, ce n’est même pas la peine. Va falloir des secours micros pour tout ce qui est du "pas-proféré”  Proust par exemple 


Bonne nouvelle : Mariole est ravi, même si vers 17 H il crève de chaud (33°C) 


Mauvaise nouvelle : On peut fumer mais chacun son cendrier. 


Bonne nouvelle : l’eau est fraiche et potable, mais prévoir des bouteilles vides. Il y a  aussi une arrivée d’eau sur le terrain. 


et la plus mauvaise des nouvelles : pas de Wifi du tout. Activez vos partages de connexion avec votre portable ou aller au centre  ville dans des cafés qui l’ont 

ou à la médiathèque 


Bonne nouvelle : piscine à 3 € avec le badge du festival 



et la lettre suivante




Nouvelle de taille :  



on a décidé ce matin de transformer la scénographie. 

On abandonne le bi -frontal, on jouera frontal 

Il était impensable  de jouer ne serait ce qu’une seconde de dos. 

Personne nous aurait pardonné de ne rien entendre. 

et maintenant les baffles sont tournés vers le public et non plus vers l’aire des 100 caravanes. 

Ils auront juste pendant la nuit un bruit de fête foraine au loin. 


Il y aura de la place pour autant de dormeurs, et de toute façon il serait miraculeux que l’on monte à 400 spectateurs 


Bonne nouvelle : 


Les lumières de David sont splendides, face public les arbres se découpent sur le ciel, 

et on peut suivre la course des étoiles . 

Le son est parfait, il peut même reproduire le passage d’un train de gauche à droite 

La bataille esthétique est presque gagnée 



Mauvaise nouvelle 



il y  a du vent , et il y aura du vent c’est du 20 Km/heure avec quelques pointes à 40 km/h

Il faut que le public s’équipe en conséquence, chandail , K way  

je ne suis resté que jusqu’à minuit, et le matin risque d’être carrément  frais


Bonne nouvelle 


On re -configure la séquence rêves 


Mauvaise nouvelle 


cela va demander une répétition supplémentaire


Bonne nouvelle 


il fait moins chaud le matin dans la caravane que le soir 

J’ai fait une sieste à 14 H ça allait 


Mauvaise nouvelle 


Etat lamentable des locations

12 personnes le premier jour.

On a fait une parade avec Hervée en poèmes caresse


Bonne nouvelle 


ça plaisait 


Mauvaise nouvelle 


impossible de se garer dans Avignon, les travaux du tram ont ôté près de 2000 places de parking et Avignon est fermé aux voitures de midi à 2 heures du matin 

On s’est offert un embouteillage de 80 minutes, on se demande si cela sera tous les jours comme ça



Bonne nouvelle


Hervée a carrément un grand frigo avec congélateur dans sa caravane 



Mauvaise nouvelle 


le petit déjeuner est à notre charge.  Négociation âpre avec le boulanger qui ne se déplacera pas à 6 H pour 20 croissants

faudra tout acheter lundi matin. 

Quelqu’un fera couler le café vers 5 H.  


Bonne nouvelle 


Le bus n° 5 va jusqu’à la poste d’Avignon et roule jusqu’à une heure du matin 

et partir de 6 H 



Kho Lanta ne fait que commencer …   



8 et 9 juillet : on répète, on teste les lumières,  c’est long et fastidieux et on est un peu déstabilisé par la nouvelle disposition . On se couche vers 3 H du matin


On fait quelques parades poème caresse, c’est du domaine du colibri, 20 personnes touchées par heure




N° 9


10 juillet :  ouf on passe de 9 locations à 42, et en fait on sera 50


Nuit un peu bizarre,  trouver ses marques, et Ludo qui perd sa voix à cause de la poussière

et pas prévu, le léger mistral  qui donne un peu trop de fraicheur, pour ceux qui n’ont rien prévu en couvertures


au loin  klaxons : la France a gagné contre la Belgique


Le Rêves,  c’est bien mieux, on rajoute la séquence  “jacques rêve de son père qui revient”


On joue mieux avec le temps, certaines heures excèdent de quelques minutes


La bande son est superbe, Eric  nous fait des trains qui passent


On ne connait personne sauf Antoine le Menestrel , et Pascale Herber


mIni- rangement  , on se couche vers 8 H 20

Jacques doit rentrer à Nimes mais a un coup de fatigue sur la route.

Jacques occupera jusqu’au 14 la caravane d’Anne.




N° 10     On passe à 80


On a tous froid vers 3 H du matin, nous mêmes comédiens on est obligés de se mettre des vestes, c’est du 18°C avec vent.


La pièce trouve grâce au cadre naturel une nouvelle dimension plus féerique  et métaphysique.



Fantazio est en forme,  il  ne fait jamais deux fois la même chose.  Ludo a pris de la cortisone, on parle plus des moustiques que d’artistique.



Présence d’Yves et Chantal Adami

et de Fred Sancerre


et 3 journalistes   locaux,  qui restent jusqu’au matin, étonnant non ?



Réflexions de Jacques 12 juillet après trois heures de sommeil



Me voilà en pleine crise d’oblomovisme

j’ai dormi trois heures

alors je reste sept heures  immobile, vautré,

je voudrais analyser

car j’épouse cette nuit, j’éprouve cette ,nuit,

le temps qui avance,

et  puis la beauté

et puis jouer

jouer,

il faudrait prendre conscience qu’en fait, nous sommes de piètres individus ,

acteurs ? soi disant acteurs ?

Mais on joue si peu, on ne joue presque jamais,

là au moins

c’est l’immersion dans la poésie , je n’ai plus l’âge de mes artères, j’ai l’âge du poète

et un de mes rêves que je caresse depuis 40 ans

enfourcher le bateau ivre et la prose du transsibérien

c’est énorme,

Fantazio raconte avec sa contrebasse et moi j’enchaîne les strophes,

toutes ces aventures de dérive qui se terminent dans   la solitude et la tristesse

et puis on ne joue  que pour des vrais gens

ce n’est pas  un tri par ’appartenance sociale, ce sont des vrais gens

ils  ne viennent pas à l’art pour en parler ailleurs

de vrais gens

ils ressentent un besoin urgent d’un autre théâtre,

loin  toutes les conventions  et de toutes les côteries



Que l’on ne me  parle pas de dossier ou de programmateurs, je veux être

radical.

La chasse aux dates, la chasse aux contrats,

le salon de l’agriculture, c’est pour les autres

1479 petits boutiquiers exposent leurs productions, non, j’ai envie de vrais gens


mais non la Pascaud ne viendra jamais, ni la Ministre,  nous sommes une espèce de ZAD


Jacques dit Fantazio vous ne  voulez pas d’un beau teaser, cela ferait vendre.



On vient de jouer 4 fois à la suite, alors c’est comme quand on fait de la pâte à blinis,

les grumeaux disparaissent, la pâte devient fluide, le levure fait son effet

mais faut de la patience


On procède par impulsions et par approximations


De plus en plus je pense aux interminables soirées russes, où l’on s’épanche,  je pense  à la grande fête  perdue il y a longtemps, comme faisaient  ces chers ancêtres autour des feux.


oui, c’est une démarche primitive, Gosselin va dans le  post moderne nous allons vers la source.


On l’avait inscrit dans les ingrédients ,

la tendresse

avec une infinie tendresse,


on nous serine que la société devient de plus en plus violente, excluante etc



Alors nous ?  Nous  nous ne serions  qu’un baume apaisant,

un petit moment hors du temps de la  productivité. 


Mais pourquoi ai-je cette tendance à toujours vouloir  comprendre et expliquer  ce que l’on  fait


Fred Sancerre, une espèce de médiateur culturel de Capdenac  qui fait dans le pas de côté , me dit :


ce n’était qu’un immense rêve …

Chantal d’audincourt : me dit, Oh quelle magie  !

J’étais en enfance toute la nuit …dit un autre

une femme raconte qu’elle vu le père  mort  de son mari lui rendant visite, les images étaient rtrès claires , et se réveillant, elle constatait que je parlais à mon père mort il y a 35 ans



On comprend pourquoi  Shakespeare voulait que ses théâtres soient à ciel ouvert



je pense à l’horrible FabricA , le lieu où j’ai passé 9 heures , cube fermé au monde, climatisé ,impersonnel


ici le ciel, les étoiles, la terre, l’aube



Au matin du 13 juillet , réflexions de Jacques 



Je suis persuadé que c’est la plus belle pièce qui existe sur tout le festival, et que cela finira par se savoir.

Rien que d’assister au lever du jour, est de l’ordre du miracle, assister au lent ballet des étoiles avec un satellite de temps en temps, et les arbres qui nous regardent et tout l’humain qui est servi en couches superposées avec nos souvenirs, nos marottes,  les chants qui trainent au fond de notre inconscient, et ce basculement vers la magie de la fatigue. Vers la fin nous ne contrôlons plus rien, nous sommes emportés par ce qui nous dépasse totalement.

Pensée très étrange de ma part, mais j’ai cette confiance et cet optimisme.

La mort cligne de l’oeil et notre réponse à travers ce spectacle c’est «oui à la vie»




Nuit 4 de Villeneuve   14 juillet 2018   N°11







Hier on avait trop dit : vous verrez, vous allez avoir des hallucinations, nous allons pénétrer dans votre sommeil et je me vante et je me vante


En fait ça arrive  que les rêves se mêlangent au réel , mais pas évident.


La bascule  n’a pas vraiment eu lieu, on frôle les cent, mais cela n’explose pas.


IL y a des problèmes de passage de relais.  Remplacement des chochottes.


Problèmes de sommeil, certains n’ont que deux heures de sommeil, café red bull,


Autour de la caravane de Charlotte, on chante les seins à l’air.


Dommage, un orage éclate juste avant la fin, la dernière tirade  de jacques sur les amis, ne peut se faire.


La scène des blinis devient mémorable on y rajoute de  la vodka  et des jets de blinis freesbees.


Toute la france est branchée  finale ce 15 juillet.


je n’arrive pas  à aller au théâtre



On reçoit de beaux messages ,






Yves Noël  Genod, comédien metteur en scène décalé


Très heureux d’avoir rencontré cette immense croyance que vous avez dans le « théâtre » (mais aussi la musique, la poésie, la nature et la nature de l’homme) ! Je repars chargé d’un fardeau précieux : le fardeau qui délivre. Au lieu de filer à Marseille (une soirée de finale !), je me suis réfugié dans l’auberge du fond d’un vallon dans le Lubéron (où les ondes ne passent pas). J’ai la nostalgie de cette immense poésie que vous avez trimballée toute la nuit et que vous m’avez inoculée dans MA nuit et dans MON sommeil. J’aurais voulu ne jamais fermer l’œil, mais, comme au jardin des Oliviers, je m’endormais et m’endormais et vous ne faiblissiez pas dans votre labeur, chacun à son poste comme dans un communisme pur. Quelle douceur incroyable ! Comment peut-on s’adresser aussi gentiment à son prochain ? Je n’étais certes pas en avion (comme disait le critique dont tu as lu le texte tout à l’heure), mais là où la terre penchait et, dès la deuxième fois, j’aimais ce que je retrouvais comme des tubes, des joies très, très profondément inscrites. Rien à te dire, Jacques, que CHAPEAU BAS pour ta puissance et ta confiance à mettre dans un spectacle des vies entières et leur au-delà





ou celui -là


Michel Allegre


Il y a des gens si vieux qu’ils ont connu le vent des peuples qui disaient non aux prêtres amnésiques qui voulaient leur bien ou leur mort selon les saisons. Il y a des gens qui ont traversé l’ombre noire des espoirs et des meurtres pour découvrir in fine la complicité des assassins. Et pourtant le socialisme n’a point quitté leur cœur puisque Rimbaud , Proust , Racine... sont du voyage , ce voyage qui traverse le temps et connecte les mémoires et les amours au point que l’on rit beaucoup dans un pré préservé de la neolangue de bois qui interprète le monde sans équivoque. Le risque est donc certain, vous pensez , toute une nuit dans le plus profond des reins et des cœurs , murmures ou retour au creuset d’origine de sa parole. Au réveil donc la puissance du dire sur les choses et les gens loin de l’artifice des villes mortes et normées à l’esthétique froide qui construit le bâillon sensoriel en raison. Dans les éclipses du demi sommeil voilà des drapeaux rouges qui claquent au vent des navires night , nef des fous qui pirate le sommeil d’une invention des formes où chacun retrouve l’illimité qui lui est propre.



N° 12      17 juillet 2018  Villeneuve en scène


Serait ce  la bascule  tant attendue  ?   On passe les 150 réservations , Hervée a commandé chez Antoine le boulanger 180 croissants, la caisse du petit déjeuner  récupère 103 €


Il se passe quelque chose, les gens dorment moins

A peine un coup de vent, la lune,  les étoiles.



je suis vexé, je me trompe dans e bateau ivre où je saute deux strophes, on est approximatif dans le transsibérien, mais cela ne se voit pas.


Chaque Nuit Unique est une  première



Chapeau bas  à Mélanie Collin Cremonesi  et Anne de Broca. En mins de cinq hures de répétition elles font le remplacement des chochottes. Hervée animée par la peur est un peu brutale par moments, mais vaut mieux ça que ma mollesse et mon incapacité à trancher quoique ce soit.


Je n’écoute pas les compliments: super moment, ou beau cadeau.



mais plutôt ces deux jeunes filles de l’université de Bruxelles, qui ont parcouru le off , et qui disent :  on a vu tant de choses, et d’un seul coup, on a enfin trouvé la créativité que l’on est en droit d’attendre d’un tel  festival.




Nuit N° 13   Villeneuve les Avignon

18 juillet 2018



On reste dans les 150.

Le public est très jeune

Pour la première fois, on termine avec 15 minutes de retard, c’est dommage pour la lumière, le jour  est trop levé.


La fatigue commence à se faire sentir, parfois je m’endors


Dans le public Pierre Trapet, et Jean Couturier.


Un beau compliment de quelqu’un qui connait le Transsibérien et qui rêvait de l’entendre comme nous l’avons dit. 


On récolte 200 € pour compenser le coût du petit déjeuner.


Un petit mot glissé dans la caisse



Bonjour la compagnie, je profite de mon émotion de l’aube pour vous dire merci


C’est une expérience incroyable. Je ne suis pas  bien sûr de ce que j’ai vu ou entendu , tout s’est confondu et tout s’efface petit à petit comme un rêve qui s’grène dans un puits


Mais j’en ressors troublé et ému, c’était beau, dans le sens profond de beau.

Offrir une composition pour sommeil comme celle- ci avec autant de bon goût et de bon coeur.



Dans les discussions de la fin, on voit que les gens ont d’énormes trous correspondant à leur sommeil. Mais ils sont tous touchés , chacun à sa manière.



Hervée a revivifié son journal de bord.

Ines et Mélanie ont préparé ensemble un cauchemar très efficace


Mélanie improvise magnifique avec Fantazio sur un moment que nous appelons le diable est au piano.



la scène des blinis est renforcée par tout de  le groupe qui entoure Jacques



Anne dit un très beau texte de Topor.


Au petit matin, Hervée apprend la mort de son frère Joël à en vacances à Cuba



La vie nous rattrape.



Et puis, bien sûr, la récupération, ce jeudi il fait 36 °C









20  juillet   2018  l’orage


on arrête au bout d’une heure



Je me couche, je me re- couche 

le sommeil n’est pas là, 

pourtant la fatigue, je la sens bien 

Chaque geste pèse 100 kgs 

les objets se moquent de moi 

hier j’ai même dû acheter des chaussures, toutes avaient disparues, 

j’en ai retrouvé une paire sous un  lit, oublié les autres à Montfavet 

les stylos, c’est la panique, j’en mets cinq de côté , 

je veux écrire le texte d’introduction de la pièce 

plus un seul 

je retrouve enfin un briquet , je le reperds je le recherche 

et la lampe de poche que Mael m’a prêtée, 

j’en retrouve une autre , ce n’est pas celle là. 

Je n’en peux plus 

Je bois du nectar de banane, besoin de sucre


C’est beau, ça y est les grappes de personnes se dressent à l’entrée. 

On sent un flux, un mouvement 

c’est la dernière ce soir 

hier à minuit dix, celui que l’on attendait depuis le matin mais qui parfois s’en allait vers le Nord  est arrivé 

tornades éclairs sans pitié pour nous 

je voulais continuer 

on a eu juste le temps de dire : “nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd “

mais la scène était un torrent  de boue 

je rêvais de Woodstock 

un groupe de jeunes de Paris 3, s’était caché sous une grande bâche 

avec Lucile on leur a dit le Transsibérien  en entier, 

quand la bâche s’est ouverte sur la dernière phrase 

“je rentrerai seul “

on a  trouvé une jeune fille en larmes 

pas des larmes de pluie, des larmes d’émotion, chaudes et tristes 


 Nous sommes dépassés, nous ne maitrisons pas les émotions  provoquées par cette nuit. 

La fatigue aiguise la sensibilité, même Eric m’a avoué  qu’il a pleuré sans pouvoir s’arrêter  

Les lettres que je reçois sont si belles 


Depuis hier, j’essaye de me souvenir des motivations  de cette Nuit.


Premier essai pour 21 dormeurs en avril 2014 


Les maitres -mots : tendresse et intimité 



Oui, je pensais que l’intimité était subversive



Mettre des gens ensemble et raconter des vraies histoires, 

 le capitalisme est une hydre à mille têtes,  on ne l’abattra jamais, mais on peut se construire des refuges, des abris, où l’on vit avec nos valeurs,  

et faire un rassemblement la nuit avec de la poésie et des histoires vraies ,  de la musique c’est un retour aux origines,  aux ancêtres autour des feux, à la naissance du théatre  en Grèce , il y a 2500 ans


Oui c’est une forme de résistance  à l’égoïsme 

cela n’empêche pas qu’il faut continuer la guerre des idées , mais là, on fait une pause,  on a quitté Brecht pour Blaise Cendrars 


et la tendresse, c’est si énorme, dire un à quelqu’un  dans la paille un court poème dans le creux de l’oreille,  c’est une fulgurance


et puis on a tout mis en place lentement 


sous forme d’ateliers de 3 jours 


à Corbigny à la Transverse et à Marseille, lieux publics 



et là cela se rode, 


tous les jours on corrige 



Notre corps est imbibé de poésie, un  jeune s’avance vers moi : je voudrais vous dire, j’ai aimé les images de beauté stupéfiantes de cette Nuit, je suis bouleversé, je m’appelle Arthur


Tout est dit, j’avais dix huit ans ou 19 ans , et le théâtre m’avait moi aussi bouleversé, m’avait fait changer de mode de vie, de mode pensée , m’avait atteint au plus profond, et sans arrêt je me répète : 


Ce que le théâtre m’a donné je dois le rendre, elle est là la subversivité du théâtre, bouleverser les consciences, les réveiller,  les animer, introduire de la chlorophylle dans les cerveaux 
















21 juillet 2018   Villeneuve lez Avignon    N° 14



Tout ce monde qui arrive et arrive encore , et arrive toujours.

Ils ont tous envie,

c’est trop bien de passer de 50 à 300 environ.

Un peu de vent, un petit risque de pluie qui ne viendra pas

A 4 H , Hervée me réveille,  vite tu dois annoncer la sixième heure, celle de la mort.

je m’étais carrément assoupi à ma table et dans un sommeil profond.

je regarde autour de moi, pour savoir où je suis, où on en est dans la nuit.

Je commence par dire qu’il y a sous nos pieds  108 mille milliards de personnes qui ont trouvé le repos éternel.

Je suis dans une très grande forme à 5 H 25pour la scène des blinis

Au salut j’ai envie d’applaudir le public, la pièce etc

le marathon est terminé.

C’est le rangement, c’est bien, je ne suis plus fatigué.

On se retrouve avec les acteurs autour de la table du campement, il est 8 H 20 , on boit du champagne je ne sais pas d’où il sort.

C’était grandiose

je mets quelques lettres reçues qui me font grand plaisir

j’aime la vie.










Photos : Jean Couturier





Lettre de Pascale Leray


c’est un voyage initiatique , un rituel mystique ,une longue nuit d’amour dans les bras des comédiens dont on partage les rêves les cauchemars les obsessions les désirs les douleurs les blessures intimes ,magnifiés par les chants ,la poésie qui jaillit comme un cri ou une plainte amoureuse .

pourquoi la poésie est-elle si méprisée oubliée,aujourd’hui ?

c’est parce qu’il lui faut la nuit ,le souffle, la sensation d’infini pour que les mots résonnent et que les images se libèrent et s’épanouissent dans l’espace .

il faut se laisser envoûter caresser malmené aussi ,allongé dans l’obscurité .

par moment tout se calme et s’apaise

 on écoute la nuit 

parfois les paupières se ferment juste quelques secondes et on découvre en ouvrant les yeux une image nouvelle, saisissante : les comédiens silencieux sont en place là tout près!

 parfois encore des chants nous parviennent de très loin dans l’espace et se rapprochent par vague comme si le chemin emprunté était long et tortueux !


une nuit de tendresse où le spectateur est le centre de toutes les attentions et pas un voyeur toléré qu’on a calé dans un siège inconfortable et qui devra évacuer la salle avec diligence quand on rallumera la lumière .

quand le jour revient on redécouvre les visages un peu chiffonnés des voisins souriants

les comédiens sont dans un état second au-delà de la fatigue ! une énergie nouvelle euphorique les anime et les fait rire chanter danser de plus belle car ils ont accompli un exploit ; et cette joie, les spectateurs émus la partagent tout en mordant dans un croissant!


C’est aussi cette fraternité, ce désir de partage qu’on emporte avec soi et l’on se sent au retour d’un long voyage dans une autre dimension ,totalement déconnecté de la réalité trop cadrée des relations mercantiles  et formatées !


traverser le Rhône, rejoindre le festival d’Avignon ,c’est rentrer dans une norme un peu déprimante...

 tout au long de la journée, on garde les images en soi, une nostalgie très douce de la nuit unique et de sa poésie





Lettre d’Adèle



      dans ma tête revient ce fragment 

"et de toutes les heures du monde elle n'en a pas gobé une seule" 


 Après notre échange matinal,

je n'ai pas su avaler une seule minute de sommeil avant le soir prochain. 


je ne comprenais pas pourquoi je ne sentais aucune fatigue. 

 

maintenant je comprends mieux :  ce que vous m'avez donné était plus puissant que du sommeil. 

j'avais une énergie spéciale,

un peu magnétique 



 je me demande souvent ce qui anime 

ce qui me met en mouvements, 


cette chose qui me pousse  à chercher, à aller dehors 

regarder, essayer, parler, danser, chanter, jouer , partager, aimer


un aliment, une sensation, une idée ? 


le sommeil ne fait pas tout. 


 

la nuit après la nuit unique, j'ai dormi dehors sur la terrasse. comme pour continuer ce songe, dont je n'arrivais pas à descendre. 

 hier matin, le corps si lourd, comme une masse énorme. impossible de la manier avec adresse. il m'a fallu quelques heures pour me sentir en éveil 




                  oh ! et voilà qu'une amie est venue hier soir, elle m'a raconté au bord du lit la prose déclamée sous l'orage et la pluie ! !! ! !



ça m'a fait bondir du lit parce que je sais que cette nuit je serai de nouveau installée sur la paille. 


 

   je veux rebondir sur plus encore 


sur les auteurs russes !  sur tout ce que j'ai vu pendant la nuit ! toutes les envies, réflexions qu'elle a impulsées




    j'ai hâte, je souris !  


   


Adèle 





Des lettres de plus en plus dingues





Salut à vous toutes et tous,


Je voulais vous remercier, car de retour de Villeneuve depuis 3 jours, pour la première fois depuis bientôt 10 ans, j’ai le sentiment d’avoir vécu un moment de vrai théâtre qui peut changer ma vie.


Je pourrais gloser et vous dire ce qui, dans votre spectacle et votre présence sur scène, m’a tant bouleversée, mais j’aurais du mal à ne pas sombrer dans l’emphase et là n’est pas le propos. Le propos, c’est qu' à mon retour, j’ai décidé que ma vie ne serait plus la même, ou plutôt que j’allais enfin laisser naître mon autre vie, qui est dans celle-ci… Enfin, botter le cul de la bourgeoise en moi qui gagne du terrain au fil des ans, reconquérir ma liberté et ma rébellion, quitte à y laisser des plumes ou à finir sur la paille...


Pendant la Nuit unique, je n’ai pas fermé l’oeil une seconde. A force de m’endormir au théâtre, j’avais presque oublié qu’il avait le pouvoir de réveiller l’Eros et le désir de changer la vie. De ce point de vue, vous, vous faites du grand théâtre, qui libère, sans démagogie, sans manipulation, du théâtre à hauteur d’hommes, tous à égalité, sur la paille!


Mille mercis, encore, bravo, bravo, bravo, et longue vie à l’Unité.


Déborah







































































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