Belle NUIT

 
 


les autres représentations



Villeneuve en scène



du 10 au 22 juillet 2018


N° 9 à 16



Installation technique très compliquée. Dès le 4 juillet , Eric et David et Mael débarquent avec un camion plein de matériel de» lieux publics».


des tours etc


6 jours, la chaleur, ils installent tout


On a laissé le 20 M3  sur le terrain  au retour des pronomades puis pris le train à 13 H 20 quelques jours plus tôt



On débarque le 5  juillet avec Hervée  en FIAT Doblo



Bien comprendre la scénographie



Essais de voix catastrophiques. trop vaste et jouer des deux côtés paraît une gageure.



Lettre aux comédiens qui arriveront le 8 au soir



Amis du caravaning et des pinèdes




J’ai expérimenté pour vous  ce qui va être votre cabane pour quinze jours 




bonne nouvelle : sanitaires propres à 15 mètres


Mauvaise nouvelle :  nous sommes quasiment 80 caravanes 


Bonne nouvelle :  les nuits sont très fraiches  et les matins  sont très ombragés , faut des duvets 


Mauvaise nouvelle : s’équiper contre les moustiques 


Bonne nouvelle : certaines caravanes ont des frigos, dans celle d’Hervée   performant, mais  à peine frais dans la mienne 


Mauvaise nouvelle : petit déjeuner à 200 mètres à partir de 7 H 30,  mais Hervée veut organiser un coin pour nous  dans le campement avec notre machine à café et un grille pain, mais apportez votre tasse


Bonne nouvelle : beaucoup de tiroirs de rangement dans la caravane, mais faut des cintres


Mauvaise nouvelle : on va arroser de nuisances sonores tout le camping, et le voisinage, y aura des plaintes. 


Bonne nouvelle: la prairie est splendide, même avec zéro spectacle une nuit à la belle étoile c’est regénérant


Mauvaise nouvelle : fait très noir la nuit, se munir d’une lampe de poche pour retrouver sa caravane 


Bonne nouvelle : les cigales dorment la nuit 


Mauvaise nouvelle  : chacun sa savonnette et son shampoing et sa serviette 


Bonne nouvelle : il y a le village à 500 mètres  avec laverie, tabac , 


Mauvaise nouvelle : on voit les blocs sanitaires depuis notre campement et un défilé incessant d’artistes allant faire leurs ablutions 


Bonne nouvelle : Robin Renucci dort juste dans une caravane derrière les nôtres 


Mauvaise nouvelle :  9 locations le premier jour.  ( état d’il y’a deux jours ). Pourtant on pourrait être 400 tellement c’est grand . 


Bonne nouvelle : David Mossé fait une installation lumière énorme, a apporté 70 transats, 30 oreillers, et emprunté partout des tables de lumière des projos etc


Mauvaise nouvelle : la paille, en fait ils ont livré des minuscules bottes carrées, pas tout tout les grands rouleaux, il  n’y en aura pas assez, ils en relivrent aujourd’hui . Adieu le rêve des 360 € , ce sera le double . Les paysans  veulent voir la pièce.


Bonne nouvelle : Hervée s’est enfin résolue à transformer la séquence rêves, Jacques va faire des propositions radicales, il y aura encore de l’électricité dans l’air. Des négociations sont en cours  


Mauvaise nouvelle :  face public, la voix passe, mais de dos, ce n’est même pas la peine. Va falloir des secours micros pour tout ce qui est du "pas-proféré”  Proust par exemple 


Bonne nouvelle : Mariole est ravi, même si vers 17 H il crève de chaud (33°C) 


Mauvaise nouvelle : On peut fumer mais chacun son cendrier. 


Bonne nouvelle : l’eau est fraiche et potable, mais prévoir des bouteilles vides. Il y a  aussi une arrivée d’eau sur le terrain. 


et la plus mauvaise des nouvelles : pas de Wifi du tout. Activez vos partages de connexion avec votre portable ou aller au centre  ville dans des cafés qui l’ont 

ou à la médiathèque 


Bonne nouvelle : piscine à 3 € avec le badge du festival 



et la lettre suivante




Nouvelle de taille :  



on a décidé ce matin de transformer la scénographie. 

On abandonne le bi -frontal, on jouera frontal 

Il était impensable  de jouer ne serait ce qu’une seconde de dos. 

Personne nous aurait pardonné de ne rien entendre. 

et maintenant les baffles sont tournés vers le public et non plus vers l’aire des 100 caravanes. 

Ils auront juste pendant la nuit un bruit de fête foraine au loin. 


Il y aura de la place pour autant de dormeurs, et de toute façon il serait miraculeux que l’on monte à 400 spectateurs 


Bonne nouvelle : 


Les lumières de David sont splendides, face public les arbres se découpent sur le ciel, 

et on peut suivre la course des étoiles . 

Le son est parfait, il peut même reproduire le passage d’un train de gauche à droite 

La bataille esthétique est presque gagnée 



Mauvaise nouvelle 



il y  a du vent , et il y aura du vent c’est du 20 Km/heure avec quelques pointes à 40 km/h

Il faut que le public s’équipe en conséquence, chandail , K way  

je ne suis resté que jusqu’à minuit, et le matin risque d’être carrément  frais


Bonne nouvelle 


On re -configure la séquence rêves 


Mauvaise nouvelle 


cela va demander une répétition supplémentaire


Bonne nouvelle 


il fait moins chaud le matin dans la caravane que le soir 

J’ai fait une sieste à 14 H ça allait 


Mauvaise nouvelle 


Etat lamentable des locations

12 personnes le premier jour.

On a fait une parade avec Hervée en poèmes caresse


Bonne nouvelle 


ça plaisait 


Mauvaise nouvelle 


impossible de se garer dans Avignon, les travaux du tram ont ôté près de 2000 places de parking et Avignon est fermé aux voitures de midi à 2 heures du matin 

On s’est offert un embouteillage de 80 minutes, on se demande si cela sera tous

les jours comme ça



Bonne nouvelle


Hervée a carrément un grand frigo avec congélateur dans sa caravane 



Mauvaise nouvelle 


le petit déjeuner est à notre charge.  Négociation âpre avec le boulanger qui ne se déplacera pas à 6 H pour 20 croissants

faudra tout acheter lundi matin. 

Quelqu’un fera couler le café vers 5 H.  


Bonne nouvelle 


Le bus n° 5 va jusqu’à la poste d’Avignon et roule jusqu’à une heure du matin 

et partir de 6 H 



Kho Lanta ne fait que commencer …   



8 et 9 juillet : on répète, on teste les lumières,  c’est long et fastidieux et on est un peu déstabilisé par la nouvelle disposition . On se couche vers 3 H du matin


On fait quelques parades poème caresse, c’est du domaine du colibri, 20 personnes touchées par heure




N° 9


10 juillet :  ouf on passe de 9 locations à 42, et en fait on sera 50


Nuit un peu bizarre,  trouver ses marques, et Ludo qui perd sa voix à cause de la poussière

et pas prévu, le léger mistral  qui donne un peu trop de fraicheur, pour ceux qui

n’ont rien prévu en couvertures


au loin  klaxons : la France a gagné contre la Belgique


Le Rêves,  c’est bien mieux, on rajoute la séquence  “jacques rêve de son père qui revient”


On joue mieux avec le temps, certaines heures excèdent de quelques minutes


La bande son est superbe, Eric  nous fait des trains qui passent


On ne connait personne sauf Antoine le Menestrel , et Pascale Herber


mIni- rangement  , on se couche vers 8 H 20

Jacques doit rentrer à Nimes mais a un coup de fatigue sur la route.

Jacques occupera jusqu’au 14 la caravane d’Anne.




N° 10   11 juillet   On passe à 80


On a tous froid vers 3 H du matin, nous mêmes comédiens on est obligés de se mettre des vestes, c’est du 18°C avec vent.


La pièce trouve grâce au cadre naturel une nouvelle dimension plus féerique  et métaphysique.



Fantazio est en forme,  il  ne fait jamais deux fois la même chose.

Ludo a pris de la cortisone, on parle plus des moustiques que d’artistique.



Présence d’Yves et Chantal Adami

et de Fred Sancerre


et 3 journalistes   locaux,  qui restent jusqu’au matin, étonnant non ?



Réflexions de Jacques 12 juillet après trois heures de sommeil



Me voilà en pleine crise d’oblomovisme

j’ai dormi trois heures

alors je reste sept heures  immobile, vautré,

je voudrais analyser

car j’épouse cette nuit, j’éprouve cette ,nuit,

le temps qui avance,

et  puis la beauté

et puis jouer

jouer,

il faudrait prendre conscience qu’en fait, nous sommes de piètres individus ,

acteurs ? soi disant acteurs ?

Mais on joue si peu, on ne joue presque jamais,

là au moins

c’est l’immersion dans la poésie , je n’ai plus l’âge de mes artères, j’ai l’âge du poète

et un de mes rêves que je caresse depuis 40 ans

enfourcher le bateau ivre et la prose du transsibérien

c’est énorme,

Fantazio raconte avec sa contrebasse et moi j’enchaîne les strophes,

toutes ces aventures de dérive qui se terminent dans   la solitude et la tristesse

et puis on ne joue  que pour des vrais gens

ce n’est pas  un tri par ’appartenance sociale, ce sont des vrais gens

ils  ne viennent pas à l’art pour en parler ailleurs

de vrais gens

ils ressentent un besoin urgent d’un autre théâtre,

loin  toutes les conventions  et de toutes les côteries



Que l’on ne me  parle pas de dossier ou de programmateurs, je veux être

radical.

La chasse aux dates, la chasse aux contrats,

le salon de l’agriculture, c’est pour les autres

1479 petits boutiquiers exposent leurs productions, non, j’ai envie de vrais gens


mais non la Pascaud ne viendra jamais, ni la Ministre,  nous sommes une espèce de ZAD


Jacques dit Fantazio vous ne  voulez pas d’un beau teaser, cela ferait vendre.



On vient de jouer 4 fois à la suite, alors c’est comme quand on fait de la pâte à blinis,

les grumeaux disparaissent, la pâte devient fluide, le levure fait son effet

mais faut de la patience


On procède par impulsions et par approximations


De plus en plus je pense aux interminables soirées russes, où l’on s’épanche,  je pense

à la grande fête  perdue il y a longtemps, comme faisaient  ces chers ancêtres autour des feux.


oui, c’est une démarche primitive, Gosselin va dans le  post moderne nous allons vers la source.


On l’avait inscrit dans les ingrédients ,

la tendresse

avec une infinie tendresse,


on nous serine que la société devient de plus en plus violente, excluante etc



Alors nous ?  Nous  nous ne serions  qu’un baume apaisant,

un petit moment hors du temps de la  productivité. 


Mais pourquoi ai-je cette tendance à toujours vouloir  comprendre et expliquer  ce que l’on  fait


Fred Sancerre, une espèce de médiateur culturel de Capdenac  qui fait dans le pas de côté , me dit :


ce n’était qu’un immense rêve …

Chantal d’audincourt : me dit, Oh quelle magie  !

J’étais en enfance toute la nuit …dit un autre

une femme raconte qu’elle vu le père  mort  de son mari lui rendant visite, les images étaient très claires ,

et se réveillant, elle constatait que je parlais à mon père mort il y a 35 ans



On comprend pourquoi  Shakespeare voulait que ses théâtres soient à ciel ouvert



je pense à l’horrible FabricA , le lieu où j’ai passé 9 heures , cube fermé au monde, climatisé ,impersonnel


ici le ciel, les étoiles, la terre, l’aube



    N° 11   13 juillet , réflexions de Jacques 



Je suis persuadé que c’est la plus belle pièce qui existe sur tout le festival, et que cela finira par se savoir.

Rien que d’assister au lever du jour, est de l’ordre du miracle, assister au lent ballet des étoiles avec un satellite de temps en temps, et les arbres qui nous regardent et tout l’humain qui est servi en couches superposées avec nos souvenirs, nos marottes,  les chants qui trainent au fond de notre inconscient, et ce basculement vers la magie de la fatigue. Vers la fin nous ne contrôlons plus rien, nous sommes emportés par ce qui nous dépasse totalement.

Pensée très étrange de ma part, mais j’ai cette confiance et cet optimisme.

La mort cligne de l’oeil et notre réponse à travers ce spectacle c’est «oui à la vie»








Nuit N° 14   Villeneuve les Avignon

18 juillet 2018



On reste dans les 150.

Le public est très jeune

Pour la première fois, on termine avec 15 minutes de retard, c’est dommage pour la lumière, le jour  est trop levé.


La fatigue commence à se faire sentir, parfois je m’endors


Dans le public Pierre Trapet, et Jean Couturier.


Un beau compliment de quelqu’un qui connait le Transsibérien et qui rêvait de l’entendre comme nous l’avons dit. 


On récolte 200 € pour compenser le coût du petit déjeuner.


Un petit mot glissé dans la caisse




Dans les discussions de la fin, on voit que les gens ont d’énormes trous correspondant à leur sommeil. Mais ils sont tous touchés , chacun à sa manière.


Hervée a revivifié son journal de bord.

Ines et Mélanie ont préparé ensemble un cauchemar très efficace


Mélanie improvise magnifique avec Fantazio sur un moment que nous appelons le diable est au piano.


la scène des blinis est renforcée par tout de  le groupe qui entoure Jacques



Anne dit un très beau texte de Topor.


Au petit matin, Hervée apprend la mort de son frère Joël à en vacances à Cuba



La vie nous rattrape.



Et puis, bien sûr, la récupération, ce jeudi il fait 36 °C









20  juillet   2018  l’orage   N° 15


on arrête au bout d’une heure



Je me couche, je me re- couche 

le sommeil n’est pas là, 

pourtant la fatigue, je la sens bien 

Chaque geste pèse 100 kgs 

les objets se moquent de moi 

hier j’ai même dû acheter des chaussures, toutes avaient disparues, 

j’en ai retrouvé une paire sous un  lit, oublié les autres à Montfavet 

les stylos, c’est la panique, j’en mets cinq de côté , 

je veux écrire le texte d’introduction de la pièce 

plus un seul 

je retrouve enfin un briquet , je le reperds je le recherche 

et la lampe de poche que Mael m’a prêtée, 

j’en retrouve une autre , ce n’est pas celle là. 

Je n’en peux plus 

Je bois du nectar de banane, besoin de sucre


C’est beau, ça y est les grappes de personnes se dressent à l’entrée. 

On sent un flux, un mouvement 

c’est la dernière ce soir 

hier à minuit dix, celui que l’on attendait depuis le matin mais qui parfois s’en allait vers le Nord  est arrivé 

tornades éclairs sans pitié pour nous 

je voulais continuer 

on a eu juste le temps de dire : “nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd “

mais la scène était un torrent  de boue 

je rêvais de Woodstock 

un groupe de jeunes de Paris 3, s’était caché sous une grande bâche 

avec Lucile on leur a dit le Transsibérien  en entier, 

quand la bâche s’est ouverte sur la dernière phrase 

“je rentrerai seul “

on a  trouvé une jeune fille en larmes 

pas des larmes de pluie, des larmes d’émotion, chaudes et tristes 


 Nous sommes dépassés, nous ne maitrisons pas les émotions  provoquées par cette nuit. 

La fatigue aiguise la sensibilité, même Eric m’a avoué  qu’il a pleuré sans pouvoir s’arrêter  

Les lettres que je reçois sont si belles 


Depuis hier, j’essaye de me souvenir des motivations  de cette Nuit.


Premier essai pour 21 dormeurs en avril 2014 


Les maitres -mots : tendresse et intimité 



Oui, je pensais que l’intimité était subversive



Mettre des gens ensemble et raconter des vraies histoires, 

 le capitalisme est une hydre à mille têtes,  on ne l’abattra jamais, mais on peut se construire des refuges, des abris, où l’on vit avec nos valeurs,  

et faire un rassemblement la nuit avec de la poésie et des histoires vraies ,  de la musique c’est un retour aux origines,  aux ancêtres autour des feux, à la naissance du théatre  en Grèce , il y a 2500 ans


Oui c’est une forme de résistance  à l’égoïsme 

cela n’empêche pas qu’il faut continuer la guerre des idées , mais là, on fait une pause,  on a quitté Brecht pour Blaise Cendrars 


et la tendresse, c’est si énorme, dire un à quelqu’un  dans la paille un court poème dans le creux de l’oreille,  c’est une fulgurance


et puis on a tout mis en place lentement 


sous forme d’ateliers de 3 jours 


à Corbigny à la Transverse et à Marseille, lieux publics 



et là cela se rode, 


tous les jours on corrige 



Notre corps est imbibé de poésie, un  jeune s’avance vers moi : je voudrais vous dire, j’ai aimé les images de beauté stupéfiantes de cette Nuit, je suis bouleversé, je m’appelle Arthur


Tout est dit, j’avais dix huit ans ou 19 ans , et le théâtre m’avait moi aussi bouleversé, m’avait fait changer de mode de vie, de mode pensée , m’avait atteint au plus profond, et sans arrêt je me répète : 


Ce que le théâtre m’a donné je dois le rendre, elle est là la subversivité du théâtre, bouleverser les consciences, les réveiller,  les animer, introduire de la chlorophylle dans les cerveaux 
















21 juillet 2018   Villeneuve lez Avignon    N° 16



Tout ce monde qui arrive et arrive encore , et arrive toujours.

Ils ont tous envie,

c’est trop bien de passer de 50 à 300 environ.

Un peu de vent, un petit risque de pluie qui ne viendra pas

A 4 H , Hervée me réveille,  vite tu dois annoncer la sixième heure, celle de la mort.

je m’étais carrément assoupi à ma table et dans un sommeil profond.

je regarde autour de moi, pour savoir où je suis, où on en est dans la nuit.

Je commence par dire qu’il y a sous nos pieds  108 mille milliards de personnes qui ont trouvé le repos éternel.

Je suis dans une très grande forme à 5 H 25 pour la scène des blinis

Au salut j’ai envie d’applaudir le public, la pièce etc

le marathon est terminé.

C’est le rangement, c’est bien, je ne suis plus fatigué.

On se retrouve avec les acteurs autour de la table du campement, il est 8 H 20 , on boit du champagne je ne sais pas d’où il sort.

C’était grandiose

je mets quelques lettres reçues qui me font grand plaisir

j’aime la vie.










Photos : Jean Couturier






NUITS 17 à 19   AURILLAC


Les  3 Nuits  Uniques d’Aurillac

21, 22, 23 août, au Parapluie


Même si le parapluie a un côté cathédrale , nous perdons la beauté de la prairie de Villeneuve les Avignon.


On va jouer pour 190 personnes par soir, le public est obligé de prendre une navette depuis Aurillac, certains la ratent, alors il reste quelques places


On ne va pas dire que tout se passe bien


D’abord le confort, le domaine de Tronquières est très bien mais nous sommes 12 , il n’y a que dix chambres


Ouf   Maël dort dans son camion, et Ludo et Charlotte sont ailleurs, car ce spectacle nécessite vraiment de quoi récupérer individuellement



Le premier soir, un peu forts du succès d’Avignon, nous sommes un peu sûrs de nous, mais  le public est totalement frigide, un peu âgé, et ne saisit pas les enjeux de la nuit.  Les comédiens se disent : on est mauvais pour qu’il n’y ait aucune réaction.  C’est un vieux débat , une bonne représentation c’est la rencontre,  selon moi, on n’est pas plus mauvais que d’habitude mais on mouline dans le vide les deux premières heures.


Et il faut le dire de plus en plus violemment, les boudins chinois sont une catastrophe, ils se dégonflent sans arrêt, les gens se lèvent, cassent l’atmosphère. On a carrément des groupes de  dix personnes qui fument dehors.


Mais voilà, la règle Unité, si tu n’as pas de meilleure idée tu fermes ta gueule.

Donc depuis le début je n’ai pas d’idée, alors c’est la chute , bon il reste quelque chose du spectacle mais bien abimé.   C’est grave


Et puis il y a l’incident petit déjeuner, Jean louis Lassalle , vieux compagnon de route du festival ne comprend pas que l’on veuille des baguettes et des croissants frais, et du vrai café. Il nous propose de la viennoiserie industrielle. Je suis tétanisé par son attitude.

Hervée sort son bulldozzer et  est à la limite du coup de poing : tu as 640 € , pour ce prix là, on veut un vrai petit déjeuner, pas la cantine du pensionnat. 

Et puis pour nous c’est une question d’éthique grave, à quoi cela sert de faire de la beauté de l’art si c’est pour replonger dans la laideur d’un petit déjeuner industriel.

Donc c’est raté pour le premier soir.  Marie jo du festival va réparer avec Hervée la situation.



Comme d’habitude on débriefe, on sait que le début est de plus en plus mauvais,   on cherche un bouc émissaire : tu es mou au début , tu n’es pas bien etc , fais comme ci fais comme ça.

Je dis : oui prenez la parole si vous avez envie, pour rajouter ce qui manque à mon discours.

Fantazio critique un peu le fait d’annoncer de la tendresse, et de ne pas la retrouver au début cette tendresse.

Hervée l’envoie chier. Et on n’a pas le temps etc

Pour moi la situation devient intenable :

On sait que la première heure est ratée, on continue comme d’habitude à  rater la première heure.


On commence la séance 2 , je commence mon discours, on entend Hervée qui maugrée déjà, je jette le micro, et je m’enfuis, je décide de suicider le spectacle et de ne plus revenir, carrément le  craquage, trop c’est trop.

Je n’assume plus.

Ce début est horrible.

Il me reste assez de lucidité, pour ne pas m’enfuir dans la campagne et les laisser se démerder.

Fantazio vient me voir, et Lucile.

Je calcule comment ils pourraient faire sans moi,

Il sauteraient des passages,

Il se passe vingt minutes au moins, je sens que c’est l’heure où je dis Proust.

Je reviens

Je suis spectateur de la scène des compliments rimés au public, c’est la honte c’est nul , le seul et unique intérêt des chansons polaroid, c’est de voir la tête de la personne à qui l’on s’adresse.

C’est décidé : si on ne procède pas à des changements radicaux, je me retire de la première heure.

Et peut être même de partout.

Si on joue sept heures, il faut que le plaisir soit là

Et dans ma tête, j’imagine ce qu’il faudrait changer sans tout bouleverser


Les boudins cassent de toute façon toute émotion.  Ils crissent toute la nuit, les gens ne trouvent pas leur position.


Séance 3 :



On s’est vus avec Hervée à 17 H 30. Silence glacial . On  ne parle pas de l’incident de la veille.

J’ai préparé un nouveau début.

On l’essayera ce soir.

Voilà, c’est fait, cela change   tout,

De 23 H à 23 H 30 on s’occupe de toutes les consignes, des distributions de doudous, on a collecté des phrases de spectateurs que l’on dit au micro, cela passe très bien.


On fait la ligne de la fin, et on se  présente, avec l’équipe technique, c’est le rituel sportif, classique mais diablement efficace. 


Et à 23 H 30 , je fais mon petit discours, que je veux en prose improvisée, en causerie de 3 minutes et que personne ne m’interrompt, car il faut le côté sincère.


Je retrouve un peu de plaisir.


Mais la récolte n’est pas terrible



-un papier de présentation dans la montagne

- un article dans théâtre du blog, mais Stéphanie  en avait déjà fait

- des belles  photos de christophe Raynaud  de  Lage

-deux ou trois professionnels

- des échos plutôt favorables




N° 20  CASTERA VERDUZAN


15 septembre 2018






Cela se trouve entre Auch et Condo dans le Gers.

A 1 H 15 de Toulouse

Un festival incroyable organisé par la petite Pierre une association.

Une seule journée

60 bénévoles

Pourquoi  ce qui est possible là, ne serait pas possible partout ?

La Nuit Unique est le gros morceau du festival.

: Pierre qui roule n’amasse pas mousse,

Toute la journée on tremble : Fantazio rate tous ses trains,

n’a plus de carte bleue etc.

On imagine déjà comment on ferait sans lui, panique à bord

On le fait venir en avion par Toulouse

On répète à peine l’après midi, il arrive juste pour jouer.

Il n’y  a pas de paille, de nouveau nos boudins gonflables

et désagrément, pour gagner les. toilettes une partie du public doit emprunter notre scène

c’est très plein.

200 personnes

et ce public a décidé de résister au sommeil .

On a très peu de dormeurs.

Belle ovation à la fin

Petite Pierre nous a loué un gîte splendide à 11 kms, mais il faudra décamper à midi.

Nouveauté : à la suite des accidents répétés avec le camion de location, on a fait conduire Claudine .

On parle un peu de l’avenir, Fantazio est très pris cette année. Le remplacer?

Le nouveau début est largement validé par tous.

Les chochottes et Julie sont revenues.

On garde le cauchemar aux casseroles proposé par Ines.




21 ème NUIT UNIQUE


20 octobre 2018 



Gymnase des Marvingt à Maxéville qui jouxte  Nancy.

Festival Michto.







Une organisation incroyable , des dizaines de personnes qui rendent service donnent des coups de main, construisent en un mois un chapiteau en dur.

Il y a des utopies que l’on peut toucher du doigt.

Dur de savoir qui sont ces gens là tant ils travaillent collectivement sans véritable chef.

Et ça marche.

Deux noms que je retiens : Eva et Zeb  et aussi Lesli


Malheureusement  tout commence par un incident, deux de nos acteurs accueillis à a gare sont parait- il  infects raconte Jean Pierre,,et pour une fois ce n’est pas Catherine

On ne comprend pas trop… La rumeur dit qu’ils arrivaient un peu éméchés.

Cela se termine mal , puisque la comédienne se casse la figure en vélo et s’abime le visage qu’elle ira faire réparer chez Sephora.



Michto habite un espace le grand savoy dont ils occupent un gymnase à l’abandon et ont planté de multiples installations souvent assez belles , et des caravanes etc


Pour nous ils ont réservé un magnifique  gymnase à Maxeville.


Espace suffisant. On va être deux cents, et il restait de la place.


En fait le son va se perdre un peu, le bi -frontal est compliqué quand on tourne le dos , on n’entend plus grand chose. 







et puis voilà, toujours le petit incident qu’on n’attend pas.


Normalement tout le monde paie, mais on me demande  une faveur, et moi sentimental j’accepte, faire rentrer 20 bénévoles…



Mais ces bénévoles vont faire la fête dans la paille tournant le dos au spectacle, il y en a une folle de fantazio qui pousse des cris par moments.


Ça bouge un peu trop, l’atmosphère n’est pas magique comme elle devrait l’être.




Mais admiration pour ces lieux  associatifs non institutionnels qui prennent le risque de programmer un spectacle XXL




Distribution B  : Ines, Anne de Broca et Mélanie







28 décembre. Audincourt La Filature . N°22


photos Lou Pée








Cas de figure exceptionnel, nous sommes les organisateurs

Gros travail en amont .

Technique : rassembler le matériel, le Molocco nous prête la sono, Ma scène Nationale quelques projecteurs, le reste il faut le louer.

On est allés chercher à Epernay 80 chaises longues que nous prête  Mécanique vivante d’Ales.

Il faut emprunter la contrebasse à l’harmonie et un archet à Togonal.

Il faut faire la com, imprimer les billets etc


Une avance de 8000 € a été provisionnée par PMA pour refaire un festival des compagnies qui ont été en résidence, mais vu qu’Audincourt s’est retiré du projet , on n’a pas assez et on demande l’autorisation de s’en servir pour une Nuit Unique.  Faut dépenser l’argent avant 2019.


On avait négocié la Roselière à Montbéliard, mais d’une part ils nous prenaient 4000 € ; d’autre part la paille était interdite, on apprend par hasard que la Filature est libre après Noël.  Et c’est gratuit.  Vive Audincourt.











Les locations sont un peu lentes, la place est à 19 €,  le public du Kapouchnik n’est pas prêt à l’aventure, mais on finit par remplir, environ 200 personnes.



On doit tout faire,le cattering, les repas des comédiens, payer les voyages (1450 €  environ)


Finalement on va perdre 2000 €.








La veille du grand jour :  Léonor doit se faire opérer d’une appendicite, elle ne sera pas là.  Anne de Broca est malade. 

On persuade Mélanie de venir de Morlaix et de chanter avec Garance, elles vont toutes deux répéter dans le train.











On a un nouveau régisseur son vu qu’Eric est en Ethiopie. C’est Florian Lejeune qui a vu la Nuit à Maxeville qui le remplace.


Le lieu a du cachet, ancienne filature Japy, restauré par la Mairie.


C’est une belle séance,  car la paille est vraiment un plus au niveau du silence. Le public ne passe pas sur scène, les chaises longues délimitent bien l’espace.










On n’est jamais dans le noir complet , car l’éclairage public du parc passe à travers les vitres .


Il y a bien sûr des ratages, et on doit vraiment revoir la fin, mais le spectacle se fluidifie, on entend de mieux en mieux les textes.


Beaucoup de personnes sont venues de loin, Paris, Clermont Ferrand, La Rochelle,   Lyon , Besançon, Délémont.


Le petit déjeuner a posé des problèmes , machines à café en panne .


Le rangement est monstrueux, on a 4 vacataires , mais Mael, Claudine,  Estelle enchainent  une nuit blanche et une journée presque complète



On reçoit mille compliments, c’est bien, mais on voudrait surtout continuer de jouer cette Nuit, et seuls les professionnels directeurs d’institutions  peuvent nous programmer .

Mais ce n’est pas facile pour eux: trouver et équiper un gymnase, jauge de 200 personnes pour un coût de 8800 € sans la technique et tous les frais de voyages  et d’hôtels. Il faut être timbré et passionné. Ils sont peu nombreux en France . 



Lucile Chesnais nous écrit



Je sais pas aujourd’hui je suis bien, impression encore plus que d’habitude que j’étais suspendue/ailleurs, je pense c’est le fait d’avoir pas dormi et d’avoir eu aucune tentation vers le sommeil, j’étais éveillée comme un coucou !! 

J’ai trouvé les filles Cath, Julie, Charlotte, Lucile, magnifiques, d’une élégance et d’une présence. Fantazio bien présent aussi.

Et Ludo comme toujours à 400% et d’une justesse. Enfin ils le sont tous et toutes !

J’ai trouvé Garrance et Mélanie, malgré leur première fois ensemble, qu’elles étaient bien ensemble…

Et ces chants … ils sont en réalité pour moi d’une force incroyable avec la force des voix et de la prestance de l’équipe, ça me bouleverse...


enfin c’est vraiment unique ce que vous avez là… Est-ce parce que j’étais bien éveillée tout du long donc j’ai carrément vu qqch d’un autre point de vue ! Je comprends pas qu’il y ait pas plus de monde qui jouent le jeu et plus de scènes nationales ou théâtres…

qu’est-ce qu’ils restent à faire des formes typiques, c’est quoi le théâtre pour eux ? Remplir à tout prix une salle ? Avoir des articles de presse ?

Comment tu ne peux pas choisir de faire vivre ça à ton public ??

Je comprends vraiment pas et ça me donne encore plus envie de me battre contre cette habitude de programmation bien cadré, bien dans les règles !



Un   mot sur Facebook 


J’ai adoré cette « Nuit Unique » du Théâtre de l'Unité, suspendue entre sommeil et rêves. J’ai peu dormi et pu ainsi profiter de toute la poésie de ce spectacle exceptionnel. A voir ou à revoir  Christelle Ducommun 


Une autre femme, radiologue, glisse un billet dans la caisse des livres, elle veut nous aider, et ce n’est qu’hier que j’ai constaté que c’était un billet de 50 €






RENNES   : n° 23 et 24



15 et 16 mars  2019









Halle de la Courrouze à Saint Jacques des Landes.


Nous sommes invités pour la deuxième fois aux Tombée de la nuit ,

dirigées par Claude Guinard



La halle est splendide.  Mais on a toujours les problèmes de nos boudins gonflables  qui sont pour la plupart hors d’usage.


Pour la première fois, on doit installer du public à même le sol sur de la moquette.


C’est à la dure, conditions réfugiés.



154 personnes la première nuit

240  la seconde



De notre côté nous sommes blindés contre les imprévus


Fantazio n’est pas là  le 15.

Charlotte s’est cassée la malléole elle est en chaise ou en béquille.

Anne a mal au bassin

Lucile est enceinte

Léonor a le poignet endommagé


On remplace Fantazio en interne, et ça fonctionne.


Bien sûr il nous manque ses éclats de génie, mais la Nuit reste Unique malgré tout et nous sommes tous unis contre l’adversité.


La première Nuit, il y a eu  un sursaut collectif d’énergie



Hervée a été très drôle  plusieurs fois ,et dans la scène où je parle à mon père, elle avait connu mon père donc elle était efficace:



Catherine a bien assuré dans de nombreux passages, en imitant Fantazio


Le public jeune et était à  l‘écoute, les boudins n’ont pas trop crissé


Mariole a été drôle


et quand je disais les derniers mots je regardais  toutes ces belles femmes  accroupies devant moi


et je pensais  que quelque de chose  de fort nous unissait


ce sont mes garde- fous


Eliana qui vient de Belgique et qui prépare un master sur les rêves

m’a dit : je suis totalement fascinée par vos acteurs


fa-sci-née 


Nous sommes à l’hôtel Adagio. Ouf , un par chambre.



Personnellement j’ai dormi douze heures pour récupérer, par tranche de 4 Heures.


Distribution inédite : Anne et Léonor, au chant piano, une première.