Faenza 2019

 

du 5 au 13 septembre 2019  Journal de Bord

photos JP Estournet





le résumé filmé



Jeudi 5 septembre 2019


Un accident et 1 H 30

d’attente au Gotthard

Qui fait 17 kms


Les toilettes payantes dans les stations suisses, sauf que le 1 F que tu paies est aussi un bon d’achat  pour les magasins


Hervée oublie son portable dans les toilettes de la station service

On court de stand en stand

Avec mon allemand


Haben si ein téléphone gefundet ?

Finalement on trouve madame Toilette du Bangla desh  qui a entendu le portable sonner

On lui donne tout ce qu’on a comme monnaie suisse,

Mais on n’a pas de reçu pour Claudine



On n’a pas mis  7 H pour les 700 kms mais  11 H


L’hôtel est en campagne au milieu des champs immenses champs  de kiwis de pêches, de prunes

L’eau est pompée dans la rivière

Les pêches ressemblent  à des petits melons


Le Proschuitto nom de l’azienza

Un vieux monsieur aux cheveux bien blancs nous fait à 7 H de splendides capuccinos

Avec deux croissants dont un fourré, deux petits pains et un peu de jambon


On prépare on prépare


je divague



monter un spectacle en trois jours sur les murs 


Je discute avec Hervée 

L’homme n’est pas intrinsèquement   bon,  il n’aime pas naturellement son prochain, il n’est pas du tout inspiré par l’autre, 


si l’on frappe à mon huis à 2H 37 ,  et que le chien aboie et qu’une silhouette se dessine dans la nuit , je ne vais pas me réjouir et crier d’une voix agréable : “ qui c’est, entrez donc “  non je me méfie de l’autre .



Alors je veux analyser le phénomène de rejet de l’autre  surtout quand il est pauvre. 


Je regarde les gosses dans le bac de sable, comme ils se battent pour une pelle, se tirent les cheveux, les mamans sont là pour les empêcher d’aller trop loin dans leur haine. 



Quelques vieux sages et gourous ont écrit des histoires et des fables où l’homme était représenté comme un peu cadré , il ne tuait  pas ses parents, bref l’amour était un apprentissage, 


violer ne pouvait pas  être un passe temps 


je veux savoir comment est faite la tête de celui qui empêche l’autre d’aller secourir un étranger en mer. 


Que se passe t’il dans la tête des ces millions de gens qui rêvent de mettre à la tête de leur pays une autorité qui leur promettra de construire des murs très hauts très hauts pour empêcher les invasions de barbares ?




Je veux comprendre 





Au bord de la piscine


Déjeuner au Clan Destino un restaurant végétarien

Enorme et belle assiette avec un œuf au milieu

Bien sûr Hervée trouve cela trop fade et veut de la viande


On en  trouvera le lundi à la cantine municipale


Vendredi 6


les serbes le Dah teatr

joue dans un bus de ligne

bien fait , efficace



Le  spectacle des due mondi sur la grand place delle populo 


Avec beaucoup de non- actori  ( amateurs )

Du mouvement de l’efficacité

Tania est une reine


Le village des migrants est à 25 mn dans les collines


samedi on a commencé


Hôtel 3 étoiles abandonné et mis à disposition pour 40 migrants

bien tenu


Une femme qui parle trois langues, ex attachée de presse de Pavarotti,  gère tout ça avec autorité : Silvia


les migrants ont réhabilité la piscine

certains travaillent au bar d’autres dans les champs


le village les avait très mal accueillis

elle dit que ça va maintenant




J’étais terrorisé

J’imaginais qu’ils allaient tous abandonner

On fait un un focus de mise en visibilité

Ces migrants que l’on croise

Regardez les de plus près

Une beauté une énergie une vitalité

Et vous voudriez les ignorer

 

Avec Hervée ça va ça va

Elle est courageuse, n’a pas peur

Parle à 40 personnes sans l’once d’un doute

Ça rassure

 

Je suis calfeutré derrière

Je lui susurre des idées

Mais j’ai peur

Peur de déranger

De choquer

De vexer

 


Hier j’en ai vu une dizaine prier  Allah avant le diner 

 

On a mangé gambien

Riz très piquant

On m’a raconté que parfois quand ils retrouvent le goût de leur pays ils pleurent en mangeant

 

Huit italiennes et italiens sont avec nous

Aloesia est physicienne

Les autres je ne sais pas

Laura Giallombardo  est notre interprète, comédienne



Les Italiens nous admirent

Je ne sais pas accepter l’admiration


Pourtant je sais que je fais quelque chose  d’essentiel


Lundi 10 septembre 2019


Tout ce bazar dans ma tête

ils ne sont pas fiables

on leur dit 17 H

A 17 H personne, on va les chercher

Hervée leur dit : je suis vieille, vous me devez le respect, donc arriver à l'heure, on a mis 45 mn pour vous rassembler

et encore Armed n'est pas là et d'autres

C'est bizarre, ils ont traversé des épreuves, tous sont arrivés en canaux pneumatiques

Alfa du Sénégal voudrait se débarrasser du rêve qu'il fait chaque nuit : il avale de l'eau

Mouman veut rester ici car  il doit de la reconnaissance à ces sauveteurs italiens

et malgré tout on ne peut pas les cadrer

C'est incompréhensible, certains travaillent on les excuse, mais les autres restent sur des jeux de téléphone

ils attendent des mois leurs documents

alors ils ont sans arrêt au téléphone avec leur pays

Aucun ne porte de lunettes, bizarre...

Ils ont une bonne assise au sol

mais pas de femme

On ne meurt pas de désert sexuel, mais ça doit les travailler, le sujet est tabou

J'écoutais Picketty  qui veut taxer les milliardaires à 90 % comme Roosevelt, seul moyen de s'en sortir.

J'écoutais Noiriel  qui démonte l'islamophobie de Zemmour.

Mais sans arrêt, je pense à eux... il n'y en a que trois qui parlent italien

On les emploie pour ramasser les fruits

C'est tout de même un sacré brouillard et l'on sent que la bourgade de Casola les regarde de travers .

Cela me travaille, me réveille la nuit

IL faudra beaucoup d'années, comme en France nos italiens, il a bien fallu deux générations pour les tolérer.


Demain c'est la première, on a 9 tableaux  de 3 mn chacun

Parfois Bouba de la Gambie   a des éclairs de génie, puis il s'éteint

Les autres ne sont  vraiment visibles qu'en choeur.

J’ai du  mal à comprendre leur non -investissement, ils ne doivent pas comprendre ce qui leur arrive


On tire un énorme fardeau



Mardi  11 septembre 2019 N° 1


La première

j’ai peur qu’ils ne viennent pas du tout

ratent le bus etc


Ils sont presque tous là,  soulagement.


Grande place de Faenza. On trace un carré de farine, les 27 chaises sont dans un carré spécial.


Quelques bancs, la cloche sonne 19 H, il fait bon,  23 °C,

les quatre rangées de bancs sont remplies,  on a 80 personnes environ.


On se lance.  Je crie à l’accordéon l’annonce de tableaux que l’on appelle photos . Aloysia traduit


Photo 1 : Ensemble

Photo 2 : comité d’accueil

Photo 3 : Qu’est ce que tu veux: je veux vivre

Photo 4 : le cours d‘italien

Photo 5 : la nostalgie

Photo 6 : le chien

Photo 7 : coup de téléphone à Maman

Photo 8 : Je veux rester

Photo 9: le regard de la méduse

Photo  10 : l’adieu final



Ça a duré 28 minutes. Sur la dernière image il y a eu de l’émotion.
Daniela a comme dernier mot une sentence de jean Gorges :

Ignorer les migrants est un suicide









je délire sur Facebook


Hier soir sur la piazza dell populo de Faenza

le 10 septembre à19 H 26

personne ne parlera jamais de ces quelques secondes

intitulées le “regard de la méduse “

où 34 yeux rescapés de Lampedusa fixent l’assistance



J’ai déjà  vu Castelluci, Rambert , Mouhawad, Py, Jan Fabre, Lupa etc  

et j’ai lu les critiques souvent élogieuses

de Brigitte Salino Joelle Gayot, Fabienne Darge etc.



Mais moi je l’affirme  : le théâtre n’aime pas trop les grands temples officiels, et les scènes suréquipées

et les publics de soi -disant connaisseurs


Le théâtre existe,  là où on ne  l’attend pas


et tels les coquillages qui se collent aux rochers , certains moments de théâtre impactent à jamais les zones de notre mémoire  réservés aux grands souvenirs


Il était 19 H 26 à Faenza







12 septembre 2019


18 H


Tout près de Faenza : Castel Bolognese  N° 2


une belle place.  40 personnes


Beaucoup de perte chez les migrants, ils sont 15,  manque Bouba qui a été incroyable en répétition mais qui depuis s’est éteint

On le remplace par Alfa et Arhmed

Très dur à comprendre ce non -engagement

je trouve ça mieux que la veille, mais Hervée dit que j’étais mou et que ça manquait de rythme.


On reste avec les italiens au café, pour faire connaissance.  Certains étaient à Calais avec nous en 2014


les migrants reprennent le bus de ligne jusqu’à Casola Valsenio

On ne va pas au restaurant,

je cueille quelques tomates dans un jardin abandonné










13 septembre 2019   Riole Terme  N°3

Parc Pertini


des tables,  une agitation en cuisine

c’est une fête qui se prépare

multi ethnique

un panneau indique que 600 étrangers résident dans cette petite station thermale de 5500 habitants


Nous partimes 27 si je me souviens bien mais nous nous vîmes que 11 en arrivant au port.


Désertion dans les rangs des migrants


Je crois qu’ils ne comprennent pas ce qui leur arrive, et n’y voient aucun intérêt

Hervée battante remplace les absents c’est Ahrmed qui fera le boulot, mais il y a le courant qui ne passe pas.

Ambiance un peu fraiche


Côté bancs du public, personne ou presque sauf les bénévoles des Due Mondi

Humiliation assez insupportable...

Car juste après la pièce ils sont au moins deux cents à dîner

Dîner auquel nous sommes conviés

7 plats de 7 pays


Juste après le hors- d’oeuvre, nos migrants croyant le repas terminé se lèvent   et se ravisent voyant que tout n’est pas fini.

Ils n’ont qu’un rêve rentrer à Valsénio


Le haut parleur égrène des banalités.


le vin blanc est un peu pétillant, on en boit pour compenser un peu. 











Dernier jour. représentation N° 4  à Casola Valsénio Vendredi 13 septembre 2019


C’est le dernier jour.

Je suis tétanisé.

J’ai peur que d’un commun accord, ils décident de ne pas venir.


C’est dans leur village. Casola Valsénio.

Finalement on va les chercher dans leur grand hôtel désaffecté.

Mais Bouba le petit Gambien qui parle anglais n’est pas là.

Silvia l’appelle et le tance et lui demande de venir  immédiatement.

Il  est le seul à avoir montré quelque qualité théâtrale mais après des saillies magnifiques est de nouveau assez inexistant.












Il aurait fallu un ou deux professionnels pour relever  le niveau. Car les scènes individuelles sont très faibles, il n’y a que les choeurs qui fonctionnent.


Bien sûr il n’y a pas de public. Je pars avec mon accordéon prévenir la place du village que l’on va commencer, le pharmacien montre son hostilité et déchire avec violence le tract qu’on lui tend.


C’est pesant ce mépris.


La relation aux migrants et difficile. Ils n’ont pas envie de parler, parfois on saisit une bribe de leur périple. Mais presque rien.

On a du mal à entrevoir leur avenir.


Et puis ils n’ont pas réclamé cette pièce, on leur a juste dit que s’ils la font ils auront un certificat . 


Ils ont peur d’Hervée, et il aura fallu la dernière minute pendant la fête du soir pour que certains me manifestent une seconde de sympathie via un selfie.


Hervée est contente, elle dit : on l’a fait. Personne d’autre que nous eût été capable de sortir 30 mn de théâtre en 3 jours.


C’était épuisant, il fallait tout dire, tout régler, il n’y a jamais eu d’invention spontanée à part Bouba qui a inventé une réplique dans la scène du chien qui a fait mouche.

Certains  sortent un peu du lot : Alfa, Ahrmed, Naïm, Jan.












Les six italiens sont merveilleux, même non- acteurs, ils donnent, ils sont généreux ,

Paulo, Rico, Francesca, Angela, Thérésa, le petit Joël, Aloysia et sa soeur, Angela, Marina qui est française avec un compagnon italien


Le soir il y a fête au téatro due Mondi. les pakistanais dansent sur une musique de leur pays.  Un couscous est servi


Alberto fait un dernier discours, il est épuisé.

Je  n’ai qu’un mot pour qualifier cette opération : générosité.


Laura Giallombardo a été d’un dévouement total et nous a déchargé de toutes les tâches pratiques


et puis Tanja  bien sûr, et le reste de l’équipe.  Ils méritent tous d’être décorés de l’ordre des justes pour leur engagement  magnifiquement désintéressé.


Samedi le retour : une heure d’attente au tunnel  du St Gotthard. 9 Heures de route.




Résumé filmé



https://youtu.be/StQSjCUHzvY