FAENZA

 

 

C’est près de Bologne, , Faenza, on se demande comment on se retrouve là...

On a traversé la Suisse le long de ses lacs, passé le St Gothard, contourné Milan, raté la sortie à cause d’un GPS fou, continué jusqu’à Forli pour revenir en arrière.

Faenza ville de la faïence. 50 000 habitants.







Alberto Grilli

Grand ami du théâtre libre de Bergamo, ami de la compagnie du hasard escortée de Tanja





Un parcours incroyable, elle vient du Nord de Brême parle impeccablement italien et Français.

Encore une passionnée.


Le théâtre des due Mondi, à peine subventionné par la ville qui lui fait disposer d’un lieu impeccablement tenu fait vivre 9 permanents, dispose de 3 camionnettes rouges magnifiques,



Ils font du théâtre de rue l’été genre échasses et théâtre pour enfants l’hiver ou autre théâtre. Ils ont des belles affiches. Voyagent beaucoup.


Objectif du workshop :


tenter de parler de la fermeture de l’usine de chaussettes, golden lady, entreprise emblématique, délocalisée en Serbie.


36 personnes inscrites  dont 14 ouvrières de l’usine.





L’après midi, c’est en petite formation que nous travaillons, on a le temps de faire connaissance.

Tous les parcours sont un peu atypiques, car ici, le théâtre on ne peut pas en vivre.




Danis a fait de la chimie et du Rock avant de débouler dans le théâtre.


Monika se met à pleurer quand elle parle du moment où elle a basculé du commerce au théâtre.


On travaille avant tout la puissance et l’élargissement du jeu.


Puis on leur demande une scène de café sur un évènement grave et des décisions à prendre. Ils ne savent pas faire.




Le soir à 37 personnes il y a de quoi faire au niveau du travail de choeur







On tente aussi des exercices d’écriture que l’on insère dans l’espace. On approche mais on n’y est pas encore







L’intégration des ouvrières est parfaite, au début elles sont toutes regroupées entre elles, mais à la fin de la soirée fraîche, c’est tout bon.


Chacune raconte à petit groupe comme c’était l’usine.


Mercredi 



On doit essayer les voix on tente une marche en cercle style Kotéba. Ils s’expriment au milieu du cercle







Puis toutes sortes de marches.  On prépare nos cartes pour samedi dimanche.

Les ouvrières de l’Usine Omsa sont accrochées, elles sont toutes revenues, elles sont attachantes

Le groupe reste à 37 dis donc.


Le théâtre des due mondi reste aux petits soins avec nous.







Samuela c’est la syndicaliste celle qui entraîne les filles d’Omsa, l’usine de collants et de chaussettes qui déménage en Serbie






Antonella, elle a une bonne voix, le regard triste d’une femme bafouée après 30 ans de loyaux services.





On sort nos drapeaux. On essaye, on essaye.


On a travaillé des scènes de café que l’on va jouer tout à l’heure.



Quand les gens ont compris ils applaudissent.


Tanja, Eléonore, et Denis, je les trouve excellents, capables d’accélérations, ill savent donner de la voix, Eléonore, une toxico de théâtre a une intensité de jeu incroyable.





ça c’est de la place publique. de plus le fond de l’air est doux.



Le soir préparation du Kotéba avec un texte assez précis, les Rouges agrémentés d’un ayuto, (aidez moi)

Nos 14 ouvrières commencent à se fondre dans le groupe.






J’ai l’impression que la figure de l’escargot  dite Koteba,   en fait nous ne  faisons que tourner en rond  peut être intéressante











Le Taïchi  qui décrit les gestes des ouvrières en bas nylon est assez émouvant














Voici Anna









et en dessous on a Katia







je leur dis en partant vers 22 H .

C’est dur, hein, le théâtre ?

Elles me répondent en choeur : on  aime ça....

mais oui, le besoin de s’exprimer.



Vendredi

jeudi


3 scènes sont prêtes pour les cafés.

Pas évident, parce que pas assez de monde pour faire évènement, mais cela va semer un certain trouble sur la place publique de Faenza










C’est quand ils élèvent la voix ou font des gestes décalés que l’on voit le théâtre.

















IL manque une scène , la marche à 4 temps qu’il faut contextualiser.





La scène va s’appeler “licenciata” que Katia va dire avec une belle énergie




Samedi , ça joue !




Samedi , ça joue !




Ce qui va se passer est de l’ordre de l’exceptionnel.

Ce n’est pas n’importe quelle brigade de distraction ou d’amusement que nous formons.

Non, c’est une Brigade pour rendre visibles les ouvrières de l’OMSA

dont l’usine de bas est délocalisée en Serbie.


Donc notre objectif est clair.


Il  y a le samedi et le dimanche.

samedi matin,  bien

après midi : pluie et pas trop de monde

dimanche : ça prend son ampleur












Les gens sont interloqués
















Les réactions sont de toutes sortes, mais comme c’est du théâtre pas convoqué, pas annoncé, on a les vrais gens de la rue, ce qui n’est plus vrai dans les festivals. Et certains ont la dent dure. Tant mieux.







La scène où Anna,  Antonella, Alla,  racontent leurs gestes d'usine  et qui se termine par è finito










On a du mal à prendre l'espace qui est énorme, la scène dite "licensia" une marche à quatre temps où l'on cite les noms des licenciées ne marche pas comme on voudrait. l'occupation de l'espace est trop confinée.



















On fait la scène dite  : Io detesto sur la fontaine soi disant monument historique












On apprend à mieux investir l’espace











IL y a de l’idée de l’investissement, du monde















Juste après Giovanna Marini les 3 ouvrières racontent leur métier à l’usine .













Eélonore joue comme une lionne.












Mon dieu il y a des articles dans toute la presse locale mais aussi la RAI le journal national  télévisé de 19 H du 18 septembre








.





J’aurais du mal à bien décrire l’émotion et la joie qui éclatent quand on a terminé






Ils nous applaudissent, nous choient, nous chérissent, hurlent nos noms,

nous touchent, nous embrassent,  je voudrais fuir, mais non, je remercie tout le monde




Bon , théâtralement, pas mal, mais symboliquement tout est énorme

et c’est ça qui fracasse.


mélanger 14 ouvrières licenciées, la secrétaire syndicale, 4 ou cinq comédiens solides, des personnes de la société civile un peu engagées


Présenter 5 actions avec l’humain au centre.


Résultat,: des larmes,de l’amour, en veux tu en voilà.


Quand je regagne la “mostra” le lieu où l’on se change, tout le monde pleure et moi aussi









la carabiniéri qui prend la photo ça me restera.


je ne sais pas.

Les adieux n’en finissent pas.

Hervée et moi  nous traînons nos corps comme des fardeaux,  je boîte, j’ai mal aux genoux, Hervée aussi,  elle n’en peut plus, pas la force d’aller au restaurant.



On se dit c’est quoi ce tremblement d’amour, cette déflagration de caresses,

est ce que vraiment nous sommes des héros, ou alors ce sont  nos amis italiens qui sont naïfs ?



D’abord ces acteurs, amateurs ou non, sont habités spirituellement d’une espèce de force qui les fait rayonner, parler de foi , non  plus fort que la foi, on est dans l’acte vital.



Pas de décrochage , pas de rire, une discipline à 36, incroyable.



Et Tanja et Albert du théâtre des 2 mondi , sont là, prévenants, ne nous quittant jamais pendant une semaine.


Faut que je parte, je ne suis pas fait pour être tant aimé


Les compliments n’en finissent pas, et ceux qui m’embrassent en pleurant, et ces femmes si craquantes  qui découvrent la force inouïe du théâtre, quand c’est pas du divertissement, quand c’est urgent et chevillé à la vraie vie.



je vais me cacher, maintenant c’est Elanka qui me lèche. Elanka qui a eu son succès pas possible elle aussi. les Ché Bella fusaient de tous côtés.






Une lettre d’Italie



Salut Jacques et Hervée,

 

Les brigades continuent! Les ouvrières ont plus de pêche que jamais. L’autre jour elles sont passées en direct dans une des plus importantes émissions plutôt contre-courant sur Rai 1. Puis elles ont eu une page entière avec photo de Licenziata dans le Manifesto (qui correspond à l'Humanité).

Même si la lutte est pratiquement perdue elles continuent à bouger dans tous les sens. Leur mouvement pourrait ou devrait devenir quelque chose de plus vaste qui regarde tout le pays. Bien sûr on est loin de là, c’est pas la France ici, mais au moins on fait quelque chose.

 

Mercredi on va avoir la première rencontre. A part les femmes, il va y avoir des participants du stage mais on ouvre la porte aussi à de nouveaux sympathisants.

Alberto va guider les répétitions et on va mettre Eleonora à la place d’Hervée (on a pensé que Jacques apprécierait ce choix!). On va se rencontrer une fois par semaine pour répéter et organiser les sorties. On va sans doute en refaire à Faenza et aller à Mantoue où se trouve le siège de l’OMSA.

On va acheter les costumes avec le cachet auquel le chœur de Giovanna avait renoncé après le concert.

Toujours que vous êtes d’accord qu’on reprenne votre formule ??

 

Bises,

Tanja

 

15  mars 2012


Chers Jacques et Hervée,


C’est depuis longtemps que je voulais vous

donner des nouvelles mais nous sommes débordés de travail, je n’ai pas

eu le temps…

Les Brigades OMSA sont reparties et ont connu un succès

incroyable ! En janvier nous avons organisé une sortie à Mantoue où se

trouve le siège de l’entreprise, cela devait être la dernière sortie

symbolique, une dernière indignation avant la fermeture définitive qui

a eu lieu il y a deux jours. Désormais toutes les filles sont au

chômage mais elles ont eu quand même une petite victoire, sans doute un

résultat du combat : l’usine va être achetée par un fabriquant de

fauteuils qui embauchera 120 ouvrières ; évidemment la bataille

continuera parce que c’est seulement la moitié des ouvrières et les

autres elles aussi veulent retrouver un travail.


Lors du voyage à

Mantoue nous avons été accompagnés par une équipe de télé et plusieurs

journalistes. L’écho dans la presse a été impressionnant. C’est par la

suite qu’on a été submergé par des invitations ! Evidemment on ne peut

pas donner suite à toutes les demandes, jusqu’au jour d’aujourd’hui il

y en a eu une cinquantaine provenant de toute l’Italie (de la Sardègne

au Piémont). Le groupe des Brigades est toujours composé de bénévoles

et de mères de familles et compte environ 30 personnes. Nous avons

décidé de ne pas organiser plus d’une sortie par mois pour ne pas trop

mettre à l’épreuve les participants. Par contre nous proposons la

projection du documentaire « Licenziata » à tous les organisateurs chez

qui ne pouvons nous rendre nous-mêmes. C’est comme cela que pendant les

derniers mois le film a été projeté dans une vingtaine de cinémas,

théâtres, salles d’association, de syndicats, de centres sociaux…



Samedi dernier nous sommes allés à Pise et c’était peut-être la plus

belle de toutes les Brigades. La ville était pleine de gens solidaires,

l’indignation et l’émotion étaient palpables, les gens nous

embrassaient et se couchaient par terre à nos côtés pour élargir le

TGV…

Voici une vidéo sur youtube : www.youtube.com/watch?v=nc8Z6Fa0YWE.

Sur le profile facebook du Teatro Due Mondi il y en a d’autres et aussi

plein de photos.


C’est vraiment un cadeau, un morceau de théatre de

rue, un outil très très précieux que vous nous avez passé. Je ne sais

pas comment, ni où ni quand, mais ce serait vraiment bien qu’on puisse

se retrouver tous ensemble un jour.


J’espère que vous allez bien et

vous embrasse bien fort

Tanja

et toute la troupe Due Mondi