RUCHES 2017. On est content.

 

Les Ruches 2017 ?


quelques notes en vrac. 



On fait le bilan pour se souvenir de ce qui a marché de ce qui n’a pas marché


Quantitativement , on a quasiment fait le plein . 60 personnes

L’avertissement pour l’alvéole dYves Noël Genod a éloigné du monde. ( se mettre à nu au propre comme au figuré ) mais on a rattrapé le coup, ils étaient 11 ce qui était honorable


Mélange amateurs/pros  parfait . Les amateurs  sont d’un niveau souvent stupéfiant et ne font jamais tâche. (Ah Gladys)


les origines des stagiaires :  Marseille, Aubagne, Paris,  Lyon, Besançon, Belfort,

je n’ai pas le pourcentage  : région et hors région. je demanderai.



L’âge  moyen :  une trentaine d’années et un enfant de 14 ans, qui s’en est bien sorti


Le logement :  là, on pourrait mieux faire, 30 personnes au moins réclament où dormir pas cher.

Jacques en a pris 3,  et dans des conditions précaires on a rempli le château

mais ce n’est pas la solution idéale.


Réclamer des chambres dans le public  ?

Demander aux internats de lycée.

De plus il a fait froid, et deux jours de suite le troisième étage du chateau n’était pas chauffé…


Pour les repas, on a encore une douzaine de barquettes de trop.  Parfois on ne servait que 17 repas,

c’est encore cher pour les gens 8 €

C’était bon, mais on manquait vraiment de fromage et de dessert sucré.  Petit supplément à inventer peut- être .





Les repas, tout le monde se parle


Grosse consommation de café :  6 kgs  soit 900 cafés.


Et puis 6  jours de plats souvent en sauce, c’est un peu dur.


Pas de grosse consommation de vin.


Problème sur la vente de chocolats à 1 6 H

Personne ne s’occupe de la petite boutique, donc les gens se servent, ne paient pas  toujours, idem pour les bières.

Il nous faut trouver un responsable petite boutique.

et même les gens auraient bien voulu acheter des affiches des plaquettes, la vidéo, on est trop nul pour le petit commerce


Les salles :  impeccable,

la salle de l’harmonie est très belle,

Et les 3 Oranges : chaque salle accueille 4 ateliers dans la journée.


Les horaires sont bons .


Pour cette édition on a eu une série de restitutions,

c’était fort agréable et à peine raté


le matin on a fait théâtre de crise et je détexte

Vers 15 H je crois Beat box,

A 17 H  Genod

A   18 H  Grand Guignol, là cela a été un peu long

A 19 H   Rêves puis impro



Les restitutions doivent être de 20 minutes maxi.


Estelle a pris quelques photos, Jacques des films de travail, mais si seulement on pouvait à chaque fois faire fabriquer petit film de 12 mn.

Car cette absence de trace est un problème.


Il y a eu quelques abandons comme toujours, des gens qui n’arrivaient pas à saisir les démarches.


ls intervenants jouaient le jeu, surtout Reneric qui a fait Impro et rien n’est beau,  et  Sinniger  qui jouait dans je détexte,






Pascal Reneric





Et puis les intervenants se sont regardés les uns les autres et ça c’était important


Beat Box avec Gaspard c’était du nouveau, cela a enchanté tout le monde.








Théâtre de rue, c’était un peu en dessous, pas par notre faute, mais à cause de jamais personne dans la rue, ni même à la gare, on a tout de même fait une brigade amusante au marché,  les touristes  et la mariée lâché sur ‘l’avenue  de la révolution , ça a failli mal se terminer,  car les gosses très gentils du quartier ont appelé les pompiers et il fallu s’enfuir  plus  vite que prévu.








Problématique, le théâtre de rue sans rue  et aller à Montbéliard c’est 4 voitures plus le jumper , se garer etc c’est une heure sur un atelier de 2 H



Voilà, disons que lac a été bonne pour tout le monde

et les démarches nouvelles comme la mosaïque de Reneric  de 42 auteurs et 240 répliques a été importante, car justement les ateliers de théatre de texte à l’ancienne,   style conservatoire on n’en pouvait plus









je detexte, la restitution





Comme d’habitude on a commencé à bâtir le programme en février et c’est trop tard, il nous  a manqué une chorégraphe.

Et je voudrais avoir toute de suite Eugénio Barba our l’an prochain, même âge de 80 ans, c’est un des meilleurs penseurs de théatre, que je veux faire connaitre à Audincourt.



On sentait de l’avis de tout le monde que franchement c’était une très bonne année.




REVES ET CAUCHEMARS 


20 H 30 /22H 30


Bilan par Hervée  de Lafond



Lundi 17 avril: cauchemars


Ils sont 21,on va pouvoir faire des belles choses.J’installe les 2 paravents pour faire 2 petites coulisses et je divise le groupe en 2

,je leur demande de jouer les clichés sur les cauchemars ,d’être les plus mauvais possibles,je mets un morceau très pêchu de Carl Craig:

malheureusement c’est très bien,ils proposent plein d’images étonnantes ainsi que le groupe suivant.Jack ronchonne :"ils ont déjà tout fait!".


Ils écrivent chacun un ou 2 cauchemars personnels,

Jonathan,Cécile et Magali lisent interminablement tous les textes;puis Jack leur demande de s’allonger et de raconter leurs cauchemars,c’est affreux,

je les arrête.

Ils reproduisent une image du délire précédent:la gorgone,enfin quelque chose apparait.Puis des coureurs sur place,pas mal.


Cécile réclame l’exercice de concentration qu’on faisait dans une autre Ruche.Tous ensembles, je les « charge » c’est très beau à voir.

dernier exercice sur les rêveurs,les yeux fermés,

pendant qu’une gorgone les manipule:ça marche très bien.


mardi 18 avril: cauchemars







Pour l’échauffement,je demande 2 rêveurs hommes yeux fermés et  toutes les femmes pour faire les cauchemars sur « rattlesnake »,

les femmes sont très sensuelles,c’est pas mal sauf quand elles parlent.

Puis 3 rêveuses et les hommes qui sont beaucoup plus agressifs,

ça ressemble à des viols et pareil quand ils parlent (ce que je n’avais pas demandé) c’est inécoutable.















On décide de travailler les « voix » des cauchemars,on fait tout de sorte d’essais pas concluants:

zombies bien sûr,aigus,incompréhensibles etc…

Puis je propose les changements de vitesse soit beaucoup trop vite soit très lentement.trop vite c’est tout de suite concluant ,

trop lent cela devient très bien quand ils ne mettent pas des silences dans les mots mais dans les phrases.

Puis on essaye,récit trop rapide et image ou très lent et image:c’est très bien,on a trouvé les voix des cauchemars.


mercredi 19 avril :les rêves





Les mercredi des Ruches sont toujours meurtriers,

celui-là va l’être comme les autres,enfin presque.

Au début je leur demande d’être tous au sol,très concentrés et de mettre énormément de temps à s’envoler,sur le Spem Alium de Tallis;c’est très long

mais magnifique,la musique les porte.


En suite ,on leur demande d’utiliser des voiles et des appareils à bulles et de se mettre en 4 groupes de 5 pour préparer des rêves.

Ils choisissent la même musique et le résultat est affligeant:on a tous les clichés cucul sur le paradis,ambiance religieuse  et molle,j’oublie (faute grave) de mettre un rêveur,

Jack tente de faire passer un bout de Cendrars,personne n’en veut.On termine mal à l’aise.


jeudi 20 avril :les rêves



Tout le monde écrit ses rêves,on ne les lit pas, je les lirais le lendemain,On met un rêveur,yeux fermés toujours et je remets « rattlesnake »,

musique énergique et là ça y est ça sort,on a même des images très bien.Avec toujours un groupe qui regarde et un autre qui agit


On travail le rêve de Fabien qui en fait était le cauchemar de Lucille:il est dans une maison de campagne avec la famille autour d’une table,Fabien yeux ouverts qui raconte très lentement son rêve pendant que Gilles yeux fermés fait son double à la table et on ajoute Camille de dos dont on ne voit que les cheveux qui figure le grand père mort qui revient,la familles en mineur et parle silencieusement et ne voit rien:miracle ça fonctionne très bien


vendredi 21 avril: on combine les 2


La demande:un rêve collectif,le rêve de Fabien un cauchemar collectif le cauchemar très lent de Magali; c’est un peu bâclé ,la famille est trop présente,on voit ce qui fonctionne dans les rêves et les cauchemars collectifs.J’introduis des sons comme sirènes du Titanic, baleines et bouts de musique de Barrocco

On essaye un rêve collectif plus le rêve compliqué de Jonathan puis un cauchemar collectif puis le cauchemar de Jack avec Frank qui figure le Dieu du rêve de Jonathan et le gros bonhomme du cauchemar de Jack,on voit que le collectif ,on peut improviser pas les rêves personnels.

Cécile propose un rêve qui n’est pas le sien mais qui est très bien:

on le travaille,une rêveuse en blanc voit une marée de corbeaux en noir et se jette dans le vide et s’envole,Camille (la fille) raconte son rêve,ça marche à condition que Camille ne raconte pas son envol,ça fait pléonasme.J’emploie les mêmes sons que pour Fabien.


samedi 22 avril :la restitution


L’atelier « grand guignol" déborde de plus d’une heure donc pour ne décourager personne,je décide à la va vite un scénario avec rêve collectif,rêve de Fabien puis cauchemar collectif puis cauchemar de Camille avec les corbeaux puis recauchemar collectif avec Magali puis Julie en très très vite.

Ce n’est pas tout à fait satisfaisant mais il reste de très belles images moins bien qu’en atelier bien sûr

J’aurais aimé avoir du temps samedi pour travailler les rêves personnels mais tout avait pris du retard c’était devenu impossible,c’est bien les restitutions mais ça bouffe une journée de travail

J’ai trouvé le groupe très inventif et proposeur avec des mecs acrobates étonnants comme Florent (mais décevant quand il parle)

et des comédiennes très chargées ,ça m’a paru trop court.



Théâtre d’urgence, théâtre de crise




on demande à chacun de donner un thème de société contemporaine dont il a envie  de parler


cela donne



Comment éduquer les enfants

la séparation? pourquoi tant de séparations ?

l’angoisse de la stabilité

le bio, l’écologie, le nucléaire

l’attention à l’autre, le vivre ensemble

les non respect des élèves au struthof

lesélèves qui ne connaissent plus la nature

l’h’andicap

aurai  je du travail plus tard ?  une jeune de 15 ans

l’individualisme, la ferrailler aux autres

Le contrôle de soi, le contrôle de l’autre

La folie et la norme

l’animal , l’homme est un animal comme un autre

la lâcheté

les réseaux sociaux

la négation de l’histoire

l’identité

qu’est ce qui te fait bouger

Vivre seul

je suis plusieurs

je ne connais pas mes voisins

Vegan ou pas vegan

l’immédiateté





on vote à mains levées 4 sujets à travailler



l’immédiateté   je cours

La folie 

autrui, lâcheté : le métro

la binarité de la vie, faut choisir


jour 2


on montre, on décide de faire des corrections









Ghislaine, Pauline, Stanislas




Jour 3 


Voisinage , correction

le  sujet  métro est montré

on trouve qu’il faut les deux arguments

discussion sur la présentation

belle fin savante trouvé par Michèle sur le sillon



Jour 4 


on rajoute deux sujets






Julie, Marc, Pascale




etc



La règle, 5 personnes, 5 minutes,


une annonce style Brecht et une petite morale


incroyable ça parce, c’est concis c’est intelligent,,ça fait réfléchir, ça a du style,,

c’est une piste à suivre.


Un mot de Fabien de Belfort sur l’alvéole théâtre de crise



Salut Jacques,


Ça parait un peu futile de reparler des Ruches après le coup de tatane qu’on s’est pris hier soir, mais bon, la vie continue, et il faut bien continuer à avancer. Le travail qui a été fourni pendant l’alvéole « théâtre de l’urgence » me semble d’autant plus nécessaire.


Vendredi, pendant l’alvéole Urgence, après qu’on ait présenté notre scène tu as voulu savoir comment on avait travaillé, on a répondu un peu succinctement, mais je pense que ça peut vous être utile de savoir comment ça s’est déroulé. Je vais te faire un résumé sur les deux groupes, car ça s’est passé de manière complètement différente.


Premier groupe (choisir) :

Bon on ne va pas se mentir, avec ce groupe le travail a été très laborieux. Il n’y avait pas vraiment de leader, personne ne voulait prendre le lead pour trancher mais en même temps personne ne voulait vraiment lâcher ses idées. J’ai essayé de jouer ce rôle, mais je ne dois pas être très bon la dedans car j’ai surtout passé mon temps à leur dire qu’on n’avait pas le temps de se disperser (il y avait quelques champions de la digression dans le groupe). On a commencé par discuter entre nous pour savoir pourquoi on avait choisi ce sujet. On avait d’un côté Gilles, Vincent et Chantal qui voulaient parler de l’importance des choix personnels, et de l’autre Manu et moi qui voulions parler des choix de société. Bref à la fin on a essayé de mixer tout ça sans faire de vrai choix et c’était pas terrible. On avait quand même un début et une fin et le début de quelque chose. Heureusement qu’on a eu Hervée le lendemain pour nous donner une direction à prendre sinon je pense qu’on y serait encore. Pour le coup le leadership d’Hervée n’est pas contestable et comme c’est quelqu’un d’extérieur, sa proposition a été acceptée tout de suite.


Deuxième groupe (le déni de l’histoire) :

Là c’était l’inverse, on était tous en statut haut à vouloir prendre le leadership et à se battre pour l’avoir. On avait du mal à trouver un axe commun. On a d’abord fait un tour de table comme pour l’autre groupe, et là on a tout de suite trouvé notre axe, à savoir les migrants qui oublient leurs racines et qui deviennent finalement les plus farouches anti-immigrations. On avait plusieurs début et plusieurs fin possibles. On s’est bagarré pour savoir comment traiter tout ça. On est resté longtemps sur l’idée d’une image fixe. Plus quelqu’un a dit que ce serait ennuyeux car trop statique. Alors Camille a proposé l’idée d’avoir des migrants qui tapaient aux portes des pays. J’ai dit que je trouvais que du coup ça ferait trop de blabla et qu’on n’entendrait pas le message. C’est là que Gladys a proposé de remplacer les phrases par des mots en ne gardant que les plus forts. On s’est tous regardé, et on a tout de suite sur que c’était la bonne idée. Mais ça, ça marche si tu n’as que des gens qui n’ont un égo surdimensionné et qui sont capables de lâcher leur idée pour une qui est plus forte (et ça c’est pas le cas de tout le monde). Je crois que ça dépend des gens avec qui tu bosses…


Je ne sais pas si ce retour te sert, tu as toujours la possibilité de supprimer ce mail (qui est déjà bien long).


Je prends encore le temps de dire que ces Ruches étaient de mon point de vue la meilleure session depuis ma première participation 2010 (je l’ai déjà dit à Hervée pendant la soirée). Pour moi, il y avait vraiment une très bonne ambiance et pas de « mouton noir » comme on a déjà pu en voir par le passé. Je ne suis pas partisan des rendus d’atelier mais j’ai trouvé que cette année ça se justifiait vu le contenu des alvéoles (bon le grand guignol c’était vraiment trop long c’est vrai) et j’ai aimé voir ce que les autres avaient fait. Par contre, je pense que c’est bien de garder le principe qu’il n’y a pas de rendu, sauf exception, les rendus d’atelier ça fout la pression pour rien et puis je préfère personnellement ne pas perdre la dernière journée avec les présentations et continuer à travailler. 

 

J’en profite pour faire passer un message à Edith par l’intermédiaire de ce mail : je tiens à la saluer pour son abnégation pour le rangement, le débarrassage et les blinis et toutes les petites choses qu’on n’avait pas vraiment envie de faire et qu’elle a faites pour nous… Respect.

 

En tout cas cette semaine m’a donné envie de sortir de mon trou et de voir autre chose que de l’improvisation, et (je le glisse en passant) je participerais avec plaisir aux Kapouchniks s’ils existent toujours à la rentrée et si on m’y accepte (ou à d’autres choses pourquoi pas… ça ne se fait pas de réclamer, mais je m’en fous je ne suis pas un garçon poli).

 

Bref, c’était si bon de butiner, merci encore pour ça et le reste aussi. Et à la prochaine.


Fabien




quelques lettres sans demander l’avis de leurs auteurs


Yves Noël Genod












Cher Jacques, chère Hervée, chère Catherine, chère Claudine,


Ça a été une semaine merveilleuse avec vous tous, tout un petit peuple, comme une utopie réalisée. Ça m’a beaucoup touché, cet accueil si « naturel » ; ce naturel dont le travail que j’ai engagé a bénéficié. J’ai été frappé de la justesse et de la compréhension des participants à ce que je proposais. Leur fatigue et leur rapidité. Ce format des Ruches est très bon. Tous, sauf Jonathan qui, ayant déjà travaillé plusieurs fois avec moi, n’a pu s’inscrire dans ce nouveau format d’un désir moins intense et aussi Julie, avec l’excuse pour elle d’avoir loupé les deux premiers ateliers, mais tous les autres, emmenés, il est vrai, par l’excellent Pascal Rénéric, ont développé, avec beaucoup de pudeur et de dignité une forme de révélation d’eux-mêmes, partagé quelque chose de précieux. Le secret de votre Unité m’a été donné par toi, Jacques, quand tu m’as dit qu’il y avait ici, loin de Paris, un théâtre sans narcissisme…  J’aimerais bien gardé le contact avec mes abeilles, au moins leur envoyer un petit mot ; alors si vous pouvez me donner leurs adresses e-miel… 


Toute mon amitié — et mon admiration,


Yves-Noël











Claire veut nourrir le monde entier




LES RUCHES 2017 Maison Unité Audincourt du 17 au 22 avril


Vu par Edith Rappoport



Publié le 25 avril 2017 par edithrappoport

Depuis une quarantaine d’années, le Théâtre de l’Unité a conçu ses Ruches où des acteurs professionnels et amateurs, tous ceux qui aiment, peuvent venir butiner auprès de différents artistes confirmés, acteurs, musiciens percussionnistes, improvisateurs venus de tous les horizons. D’abord à Saint Quentin en Yvelines où Jean Morlock qui dirigeait l’APASC, les avait accueillis pendant 7 ans où leur Carnaval des Ténèbres avait rayonné de ses feux au début des années 80, puis au Centre d’Art et de Plaisanterie de Montbéliard avec leur Réveillon des Boulons la nuit du 31 décembre pendant 7 ans encore, puis à Audincourt où un refuge leur a été offert, quand ils ont décidé de quitter Montbéliard en 2000.

8 alvéoles ont été proposées à une cinquantaine de stagiaires pendant cette semaine : Urgence, le Théâtre de Crise à la manière de Grand peur, Théâtre de Rue à Mains Nues et Rêves et Cauchemars animés par Hervée Delafond et Jacques Livchine, Je Détexte le Théâtre par Pascal Reneric, Grand Guignol par Genviève de Kermabon, Improvisation par Christian Sinniger leur vieux complice des matchs d’improvisation au Bataclan, Rien n’est Beau par Yves-Noël Genod et Body Druming, Beat Box et Circle Songs par Gaspard Herblot, artiste de cirque, comédien, musicien.

Les différentes alvéoles de 2 heures chacune étaient fréquentées par plus d’une quinzaine de participants, dont des animateurs des différentes alvéoles. Les 60 inscrits pouvaient choisir au maximum 4 alvéoles sur 8, ce qui impliquait une grande énergie.

Pascal Reneric qui avait fait ses premières armes avec la LISA de Meudon dans son lycée, avait fréquenté les premières Ruches, il s’est affirmé entre autres dans Le Bourgeois Gentilhomme de Denis Podalydes aux Bouffes du Nord.

Pascal propose d’inventer un jeu à partir du texte, une sorte de cadavre exquis; Il distribue une pile de cartes avec des répliques aux acteurs : « Que reste-t-il une fois qu’on a tué le théâtre ? Qu’est-ce que le théâtre ? » Il faut s’emparer d’éléments de costumes, de bâtons, de répliques, monter une action avec ou sans la musique qui baisse et qui remonte, s’emparer de bâtons pour aller où, nulle part !

Pendant 4 séances Pascal Réneric, a partir de la centaine de répliques distribuée à ses acteurs, parvient à leur faire trouver l’urgence de dire ces phrases ramassées et assénées. Curieusement, il y a une étrange cohérence dans ces situations surgies du hasard des improvisations.

Beat Box de Gaspard Herblot réunissait une vingtaine de participants qui devaient marcher en rythme sur place, claquer des mains, se frapper sur tout le corps, marcher en cercle, faire des démonstrations de voix par groupes de quatre. Le résultat pour des non initiés est impressionnant.

Yves Noël Genod avec dix comédiens affirme qu’au théâtre, le mot chien aboie, que le mot pain a du goût. Sans vraiment les diriger, il parvient à leur faire faire n’importe quoi, « on peut tricher sans le savoir !  (…) Laissez votre âme flotter, vous n’êtes pas dans une histoire debout avec vous-mêmes (…) L’auteur n’est là que pour aider le lecteur à imaginer ses propres images , faites le jeu de ne pas chercher ! ». Les images les plus insolites surgissent, un homme allongé s’appuie sur les genoux d’un acteur,un autre en pagne danse torse nu, un chameau monté par une actrice monte sur le plateau, une autre fait sa crise d’hystérie, une aitre, sein dénudé offre son lait à téter et on fait la queue. La règle d’Yves-Noël Genod « Oser des situations étranges ! ». Il y est parvenu.

Christian Sinniger présente ses 15 improvisateurs, il les fait marcher dans l’espace, leur fait faire des révérences et des sauts, en un ligne par hauteur décroissante, en ligne sur une corniche, dans un ascenseur, dans un égout, par groupes manches longues, bijoux ou pas bijoux, cheveux longs, cheveux courts, par ordre alphabétique. En cercle on balance des phrases en prononçant des mots, il faut changer sa démarche dans un passage de relais.

Geneviève de Kermabon évoque le Grand Guignol né au début du XXe siècle, cruel et dégueulasse, mais crédible et ludique. On y utilise du vitriol, les blessures des visages sont figurées par de la confiture derrière les bandages. Chacun doit chanter sa chanson en tournant et prendre la relève. «  Ne violez pas l’autre ! ». Elle organise un concert de rires et un orchestre de pleurs.

Deux filles et un garçon doivent faire leur pro^re mise en scène : Le baiser dans la nuit. On assiste à l’opération d’une belle femme dont le mari veut faire un monstre. On met l’âme humaine sous une loupe. Au fil des séances, on voit des crimes de maris vitriolant leurs femmes qui se vengent à leur tour.

Hervée Delafond et Jacques Livchine ont emmené leurs 25 abeilles au marché d’Audincourt et à la gare du TGV dans des défilés insolites. Bien peu de monde dans les rues mais de belles complicités avec certains commerçants.

La soirée de clôture avec Blinis et vodka rassemble les intervenants et leurs petites abeilles dans un bal joyeux et frénétique.







THEATRE DU BLOG



1 mai, 2017 | critique | philippeduvignal | Pas encore de commentaires.

Les Ruches, par le Théâtre de l’Unité à Audincourt


©St. Ruffier

Les Ruches fonctionnent dans ce même esprit volage. Au Théâtre de l’Unité où «c’est toujours autre chose», une soixantaine de stagiaires se retrouvent chaque année au printemps, durant une semaine, pour butiner à leur aise jusqu’à quatre alvéoles par jour.

Cela tient de la découverte, du laboratoire et de l’innutrition. On y rencontre des personnalités aux démarches artistiques contrastées, et le mélange professionnels-amateurs fonctionne à merveille, et on y propose aussi quelques restitutions ; le but n’est pas le résultat, mais le chemin, bien sûr.

A Audincourt, la journée débute dans l’agressivité et la défiance avec : «Je détexte le théâtre». Dans une démarche agonistique, on expérimente des situations de confrontation, origine de tout drame : un personnage se déplace/parle, un opposant survient. Dans une ambiance musicale conspirationniste, façon Game of thrones, la remarquable proposition de Pascal Rénéric a pour objectif, d’assassiner un grand homme spectral, allégorie du théâtre, puis de s’en repentir.

A partir d’un jeu de cartes contenant plus d’une centaine de répliques de pièces célèbres, cet enthousiaste comédien de Philippe Macaigne et Denis Podalydès, aide ses abeilles à se saisir des grands textes, pour les tailler ensuite en lambeaux, les mâcher, les malaxer et les assembler en un « cadavre exquis ».
La parole est reine. Armés de flingues, d’épées et de bâtons, autour d’une grande table, les clans se retrouvent, s’affrontent, puis se séparent sur ces éternels mots simples et tristes : «Je pars.»

Parmi toutes les activités originales, on pouvait trouver cette année une initiation à ces disciplines que sont la « beat box » et les « circle songs », par le talentueux et athlétique Gaspard Herblot : grâce à une technique vocale éprouvante et à une écriture sibylline à base de P, B et K, la bouche devient une véritable boîte à rythmes et à sons. L’effet de ce chœur est saisissant: on sent que les vibrations sollicitent tout le corps.

Avec Christian Sinniger, comédien brut de décoffrage, il fallait aussi se concentrer mais surtout s’ouvrir à l’autre, et à la situation proposée. Les improvisations théâtrales obligent à toujours rester sur le qui-vive, à se montrer réactif et inventif, avec souplesse. Un panel d’exercices ludiques en groupe ou à deux, pour explorer le corps et le dialogue. Entre fantaisies et incohérences, le rire est omniprésent et les filles époustouflantes.

 Chez Geneviève de Kermabon, c’est autre  chose, avec le théâtre de Grand-Guignol, né à la fin du XIXe siècle qui puise dans la grande tradition macabre de l’outrance et de la démesure.  L’adorable dame, à la chevelure de feu et au sourire bienveillant, fait broder ses abeilles sur un canevas : le «baiser de la nuit », une sordide histoire de vengeance  avec jet de vitriol sur le visage de l’ennemi (et ce n’est pas une image !). Ici, familles et amoureux se haïssent. On se balance tout à la figure. Pourtant soupire un personnage: «C’est si bon d’aimer».
Avec des costumes virulents et des chansonnettes au scalpel, les clowns grincent, suant larmes et sang, avec des visages monstrueux, déformés par les bandages, des litchis écrasés et du jus rouge  de betterave.  Les mots et les situations en deviennent encore plus terrifiants ! On tremble devant ces êtres de noirceur et d’humanité…

L’inclassable Yves-Noël Genod, grand poète rêveur, échalas présent-absent, jamais très loin de ses objets connectés, erre avec grâce. Il joue les entremetteurs, mêle le vrai et le faux, et s’inquiète des Présidentielles. Son alvéole où il propose de «se mettre à nu au sens propre et figuré», brode sur les puissants mots d’Hélène Bessette : «Rien n’est beau. Rien n’est gai. Rien n’est propre. Rien n’est riche. Rien n’est clair. Rien n’est agréable. Rien ne sent bon. Rien n’est joli.» Une méthode dépouillée qui bouscule. Les stagiaires, laissés face à une vacuité lourde de promesses, se jettent dans le vide : il s’agit de saisir le «kaïros», ce temps béni de l’instant présent, de l’occasion, l’amour du destin: « amor fati », comme Nietszche le nomme délicieusement.

Yves-Noël Genod cite avec gourmandise Marcel Proust qui «écrit chien», c’est-à-dire qui privilégie l’instinct, au mental. Sur le plateau, naissent ainsi des moments vertigineux de vérité, de grâce, avec des tranches de réel. Résultat : un ballet décousu, impudique et inégal mais avec des pépites. Travailler ainsi, nous dit-il, c’est comprendre que «s’organiser véritablement, n’a jamais été autre chose que s’aimer».


Jacques Livchine et Hervée de Lafond ©St. Ruffier

Un beau résultat, resserré et efficace comme du théâtre d’agit-prop comme celui du fameux groupe Octobre dont faisaient partie Roger Blin, Jacques et Pierre Prévert, Jean-Louis Barrault… A Montbéliard dans les années 70, il existait justement un des ses avatars: le Théâtre des Habitants, qui œuvrait devant les usines Sochaux. L’après-midi, dans une veine assez proche, une autre alvéole propose de transmettre les règles du théâtre de rue, pratique militante et farcesque, à mains nues.

Attention ! Il ne s’agit pas de passer pour des clowns! Et gare aux forces de l’ordre ! Impostures vivifiantes avec fausses manifs de vieux anarchistes-bolchéviques à la gare TGV, déploiement d’experts qui, suite à l’état d’urgence, prennent des mesures partout dans les rues de la ville, groupe de faux touristes du Kirimati- un pays inventé-s’extasiant devant tout, et n’importe quoi…  Dans des rues peu fréquentées mais avec des échanges généreux.

Le plus beau ? Quand la joyeuse troupe opère à visage découvert : en formation bien ordonnée, vêtue de tee-shirts jaunes estampillés: Théâtre de l’Unité, elle prend soin des badauds, au marché couvert : défilé absurde, baisers, odes à un prénom… En ces temps électoraux, donner du baume au cœur à ses concitoyens, ce n’est pas du luxe !

 Le soir, enfin, un travail choral explore les rêves et cauchemars. Grandes fresques muettes, récits fantasmagoriques : on lit, on met en images, on explore … Vision saisissante d’un grand-père qui approche de dos. Alors, ces Ruches 2017 ont été une fois de plus, une belle occasion de se nourrir et de digérer autrement le théâtre, de voir des artistes facilitateurs se muer en abeilles, d’aller chercher en soi d’autres joies, de nouveaux ressorts… Avec de nombreux habitués, dont certains posent même des congés pour y participer.

 Impossible de ne pas faire son miel parmi les différentes formes et rencontres proposées. Repas en commun, logement « au château », et entremêlement des histoires font partie de l’aventure. Fréquenter la maison du Théâtre de l’Unité, c’est aussi un vrai plaisir : déambuler parmi les souvenirs de ses spectacles, déguster des blinis, boire du Pontarlier, l’alcool anisé local et savourer l’accent franc-comtois… On a même pu y danser, le dernier soir, sur Madonna et Vanilla Ice.

Puis vient la mélancolie des départs : « Je n’ai pas eu le temps d’y prendre goût, pas eu le temps de m’y faire, que déjà, tout était fini ». L’Unité, un lieu de Vie.

 Stéphanie Ruffier