26 mars 2015


Je me réveille, le lit n’est pas défait, je me suis endormi tout habillé, chaussures au pied,  en lisant le journal. 
Je n’aime pas trop quand ça va trop bien, car sous le bien- être se cachent en germination les problèmes qui ne tardent pas à remonter à la surface. 
Par exemple, on apprend que la mer a détrempé le terrain de Fort Nieulay où nous jouerons Vania. Pourtant la mer est à 2 kms, mais elle est passée par en -dessous. 
Les Haïtiens se révoltent, ils viennent d’apprendre que leurs cachets seront diminués par deux à cause des charges sociales que l’employeur est tenu de payer. Assurance vieillesse, cotisation chômage dont ils ne profiteront jamais, une vraie arnaque. 
Mercredi après- midi la ferme a attiré fort peu de monde, les comédiens se sont ennuyés. 
Latifa qui doit jouer samedi arrive complètement flippée 3 jours avant, histoire de prendre la température.  On la colle immédiatement au Parcours d’Art fermier, elle préférerait payer ses frais plutôt que de se coltiner les animaux, non, elle est réquisitionnée, c’est un ordre.  
La seconde de Gourmandisiaque n’était  pas complète, il n’y a pas eu de bouche à oreille. Ça contrarie ces coussins du devant qui sont vides.
C’est la fin de l’état de grâce. 
Hervée ne cesse de répéter sans arrêt, attention, nous entrons dans la phase la plus pénible du marathon, faut tenir. 
Je lui dis laissons venir à nous les problèmes un par un, restons calmes.
Ce soir Kapouchnik de tous les dangers.  
La police appelle, le camion de Vania a été visité cette nuit. 
Enfin des vrais problèmes...


27 mars 2015

C’est au réveil que l’on voit les choses avec un peu de lucidité. Ce matin carrément à 6 H 15 , je devisais avec Hervée. 
D’ailleurs toujours le même débat.  
Elle dit qu’elle est fière de montrer toute la diversité du théâtre de l’Unité entre 2500 et Kapouchnik. 
Je lui dis qu’elle n’a pas à être fière de la ferme comtoise  même si Rita sauve les meubles. 










On  n’a pas eu la maîtrise des animaux,  cette succession d’enclos et de cages ne correspond  pas à notre esprit.
Il fallait juste un sas d’entrée un peu pointu et une centaine d’animaux co-habitant dans la cour du Channel, pacifiquement. 

Il y a un noyau dur du public du Channel, ils viennent tout voir, j’ai peur de les fatiguer. 
J’ai une sensation bizarre au Passager, le lieu est trop ordonné pour moi. 
Ce n’est pas pareil dans la grande halle. 
Je suis vexé de ne pas avoir rempli le Passager pour le Kapouchnik. 
 J’aurais voulu avoir une sorte de marée montante du public par bouche à oreille et entraînements divers.  
Je n’ai pas cette sensation. 
Pourtant parfois des mots gentils sont envoyés , tiens celui-là

Jacques, je voulais vous dire...Dans vos doutes, vos indignations, votre jeunesse, votre perfectionnisme, votre humilité, votre simplicité, votre aspiration à étreindre la Vie, je retrouve en vous ce qui fait notre humanité.Jacques, je voulais vous dire...Vous n'êtes pas seulement réconfortant, en ces tristes temps, vous êtes attachant...je me suis retrouvé hier soir, totalement par hasard, sur scène dans votre merveilleux spectacle " Gourmandisiaque "...Vous nous avez tous " gâtés " !!! ...Hervée , dont je n'admire pas seulement la mangue mais aussi la pêche, m' a " bandé " les yeux et m'a attaché...Alors, et même si Franck Lepage n'aime pas l'expression, vous " créez du lien " avec Hervée, décidément très libérée...Jacques je voulais vous dire : vous êtes, avec le Théâtre de l'Unité, particulièrement, " attachants " !!! Et je vous en remercie , comme vous en remercient tous les jardins calaisiens qui se peuplent, dans une belle fraternité, de colibris, de toutes les couleurs...Alain 


 J’évalue le Kapouchnik en notant chaque sujet et en faisant la moyenne.  On a un 12,5/20.   Il n’y a pas eu de sujet qui arrache,  qui décolle vraiment.  Et puis il manquait l’atmosphère de connivence populaire d’Audincourt, même si nous aussi nous sommes atteints par le syndrome «TLM» Toujours les mêmes. 




 





Hervée attaque le sujet de la France tripartite, trop long selon elle. 
Il est surtout trop désagréable de se dire que la seule candidate que les français vivent comme proche d’eux,  c’est Marine le Pen. 
Désagréable de se dire qu’en politique, la démagogie seule rapporte des voix. 
 Faut que je retrouve le texte de Brecht , où il demande de dissoudre le peuple. Car quand on voit les scores du FN, on a envie de dissoudre le peuple. 
Je voulais comprendre, et c’est le théâtre qui me fait comprendre que les gens votent à peine pour les idées, mais pour la simplicité et la bonhomie que dégage un candidat. On a du mal à s’identifier à Hollande ou Sarkozy. 

Une belle contradiction, notre sympathie qui va aux exilés, mais quand ils cassent notre Iveco, pour se faire rembourser la vitre, on doit porter plainte, donc on envoie le pauvre bougre arrêté en flagrant délit en prison pour quelques mois.  


Petit mot sur la Brigade d’Haïti, ils vivent très repliés sur eux mêmes, communiquent très peu, semblent fâchés contre nous, faudrait comprendre. 

Et bien sûr la prose. Qui a pris ma serviette ? A quelle heure arrivent les enfants, faut que le channel aille les prendre, où ai je mis mon accordéon ? 
et mon K way  ?  Faut faire le borch de Vania , et s’il y a  trop de vent ? ce soir on annonce 9°C ressenti 4° C . 


Il est seulement 20 H, déjà la nuit noire. Je serre Rita dans mes bras, elle pleure, elle pleure, oui Tchekhov est émouvant, il a fait très froid, quelque chose comme 3° C. 
Les gradins de paille étaient pleins, le soleil s’était montré, puis le soir est tombé. 
Il y a des jours j’aime le public, ce soir je l’aime. Non ce ne sont pas les mêmes que la veille. 
Venir voir un Tchekhov, deux heures dans le froid, faut déjà être bien motivés. 
La soupe est très bonne, car la viande commandée par le chef de cuisine du Channel, Alain Moitel, est excellente. 
J’adore ce moment qui suit la pièce où les gens restent ensemble autour de la soupe, souvent je crois même que le théâtre n’est fait que pour ce moment -là.  
Elanka était très excitée. Elle aime cette pièce,  elle porte le même nom qu’Elena la femme du professeur.
L’équipe technique du Channel est immense d’un dévouement absolu, ils sont la base la fondation la faisabilité d’un tel événement. Comment les remercier ?
A peine terminée une soirée, il y a celle d’après qu’il faut mettre en place. 
Nous naviguons de peur en peur, et ce soir c’est la plongée dans l’inconnu totale. 
Tenir 7 H. 
Je prépare au moins l’ouverture, ensuite l’aventure. 

Prose : j’ai acheté 5 tasses pour la cuisine du gîte, elles ont toutes disparues. 
Les comédiens les emmènent dans leurs chambres. 
On fait des discours sur le vivre ensemble mais tout s’écroule toujours sur les problèmes de vaisselle. 

 

2 AVRIL  2015


Je voudrais bien m’arrêter de penser à Libertés de séjour, 
c’est fini depuis 3 jours
mais non, il y a de la persistance, de le rémanence, 
les images ne se décollent pas de mon hémisphère gauche 
cela me fatigue 
je dors sans arrêt
j’ai des fixations obsessionnelles 
il y avait un peu de vent ce dernier jour, 
mêlé à une petite pluie,
à chaque fois le thermomètre depuis un mois disait la même chose  5 ° , mais ressenti 0 °C. 
Le fermier rentrait ses vaches et ses chevaux , trop humide et trop froid. 
Et pour moi c’était fondamental la petite phrase d’Hitler écrite à l’entrée  “nul n’aura le droit de tourmenter un animal” une des premières lois nazies citées en 1933. 
J’aurais voulu que l’on me dise  que c’était assez choquant que  les cochons  et les chèvres aient  droit au confort” alors que dans les jingles, on fait vivre des hommes et des femmes sans toilettes, sans eau sans électricité







j’aurais voulu d’une petite prise de conscience, oui à Calais les hommes sont moins bien traités que nos animaux. 
J’ai envie d’écrire aux autorités que maintenant les toilettes mobiles on en dispose des centaines pour les manifestations,de même que des camions douches. 
Ce serait un service minimum, même si on leur a rien demandé à ces  réfugiés
Margo est restée aux côtés de Loup, pour rendre des menus services dans la jingle.  elle leur a fait une chorba. 
Je lui dis : t”as raison, à Calais, les jingles sont des lieux de vie” on y voit en concentré l’histoire du monde. 


ONCLE VANIA A LA CAMPAGNE














La fin de Vania, depuis deux heures quinze minutes ils ont assisté sans bouger à l’écroulement du monde,  Rita pleure très fort,  “tu n’a jamais connu le bonheur dans ta vie “. 
Mathilde boit son borch, Mathilde tu es là ?  tu n’a pas besoin d’être là, Mathilde a en charge au Channel quelques tâches relationnelles, notamment un groupe de femmes, elle est là pour le plaisir. 
On peut donc venir pour le plaisir écouter deux heures de Tchekhov dans un froid monumental. 
Cela fait un bout de temps que je sais que le spectateur veut éprouver, vivre quelque chose, pas seulement consommer passivement. Il faut mettre en scène la représentation, c’est à dire changer la position du spectateur. 
Je suis obsessionnel, je répète sans arrêt, vous trouvez ça naturel un théâtre dans un bâtiment avec un toit, des gradins, des sièges numérotés ?  Cela vous paraît naturel ?  
Mais ceux qui ont construit ces lieux, ces bonbonnières au seizième siècle, ces théâtres dits à l’italienne, ce sont les fossoyeurs du vrai théâtre, le vrai théâtre, c’est dans une fête de village sous le ciel dans des effluves d’alcool et le fumet des grillades. 
Et nous qui voulons renouer avec la fête originelle du théâtre nous sommes rejetés dans les bas- fonds de la hiérarchie théâtrale, où surnage au dessus, l’opéra,  et le grand théâtre mortifère de la comédie Française. 
Léna a mis ses collants jaunes, un des soleils du Channel, Francis est invariable, bottines et blousons de cuir, il observe tout, il est tapi dans l’ombre, examine les évolutions quantitatives du public. 

J’ai été atteint dans mon honneur, le Kapouchnik n’a pas rempli, ça m’a énervé, alors que  Latifa a rempli. Latifa a un peu surjoué, elle n’a pas l’habitude de jouer pour 300. Dès que cela passe en force, cela ne passe plus. Elle avait sur-investi cette séance du Channel. Heureusement ceux qui ne la connaissaient pas étaient étonnés. 










L’équipe du Channel

Le Channel, ils ont tous l’air unis et copains, cela n’existe pas ça…
Jamais je n’entends rechigner,  de Beaté à Anne Sophie à Babeth, 
ils ont tous le sourire du meilleur d’entre eux, Chackhib, le roi du cattering. 
Cette Sigolène, elle est debout à 5 H 30 le dimanche, elle est  calme, jongle avec les arrivées et les départs. Elle a la science du taxi pour Frethun,  le hand -ball est une bonne formation. Je ne comprends rien à l’organigramme, ah non, Marion, ce n’est pas toi le secteur gosses. Et puis Julie et Béatrice, parties, pour faire du théâtre. 

Je ne parlerai pas du sourire éclatant de Clémentine, de la décontraction de Momo qui n’avait peur de rien, du savoir faire de Guillaume,  et d’Alexandre le Grand et de l’aménagement de la nuit. Les autres, je n’ai pas  capté tout le monde et puis je ne fais pas une distribution des prix, n’empêche que la solidité de l’équipe technique était la clé de voûte de la réussite du projet. 
A un  moment je me suis dit, c’est trop, le vent souffle sur Guisne, ils vont se révolter. Non, bonne humeur permanente. Le Channel n’est pas une scène nationale ordinaire. 

LA NUIT UNIQUE  debriefing 











La nuit, ah la nuit unique c’était le risque suprême, c’était compliqué, car je ne savais pas trop où j’allais, c’était flou. 
Avec Hervée on avait parlé d’un menu dans lequel on piocherait, chacun écrirait ce qu’il pouvait faire, et on rayerait au fur et à mesure. 

Très vite on a vu que le micro cassait le charme de la nuit. 

C’était beau cette centaine de dormeurs dans la paille avec une cinquantaine de lumières rouges au dessus de leurs têtes. 

Les comédiens avaient tous reçu une sorte de feuille de route 


Aux acteurs de la nuit unique 

samedi 28 mars  de 23 H au dimanche  6 H  (ou 7 heures heure d’été) 

Cath, julie, Léonor, Garance, Pancho, Faustine, lucile Tanoh, Cécile Dallier, Brigitte Cirla, Hervée,  Jacques, Nathalie Conio et Maroussia sa fille, Jacques, Hervée  + Haîtiens Jenny Cadet Clorette Jacinthe Chelson Ermoza
 Sachernca Anacassis, Rachelle Eliphène, Staloff Tropfort


On sera dans l’ébauche et le crash test N° 2 après celui du château l’an dernier 

Pour l’instant il y a un dilemme grave à trancher sur le concept général. 

jacques dit : on endort  doucement les gens , par de la douceur, des berceuses, des chansons douces,  on les emmène dans un rêve. 

Parfois il ne se passe plus rien, juste quelques actions intimes auprès des dormeurs, des susurrements des frôlements. 

on laisse des blancs de 20 minutes. Pendant lesquels on prépare les sets suivants. 


Hervée dit : il y en a qui dormiront mais d’autres qui resteront éveilles, donc nous devons offrir à ceux qui restent réveillés des choses à voir et à z’entendre. 


Quoiqu’il en soit , on va avoir un grand paperboard avec un grand menu 
Chaque participant écrira ce qu’il a en magasin avec un minutage à la louche.  
Chansons poèmes, monologues, instruments de musique 

On doit tenir 7 H 


ensuite nous aurons des actions visuelles 


 passages énigmatiques de personnages 
danse collective échevelée 
strip tease collectif en musique jusqu’au nu complet 


des récits 

La première fois où j’ai fait l’amour 
mes déménagements 
ma grande honte 
je déteste 
un cauchemar 
un rêve érotique 
une fixation nocturne pendant une insomnie 
le 12 janvier 2010 à 16 H 53 /  Récits haïtiens
L’endroit où j’étais quand je l’ai appris : la mort de Kennedy, le 11 septembre, Charlie
La mort de sa mère ou de son père ou de quelqu’un de proche 
J’ai peur 
La liste des courses


Et puis, on ne l’a pas fait le paperboard avec le menu, et tout le monde a tout oublié, et personne ne s’est lancé. 
On a dit que c’était bien les moments de rien, juste quelques ronflements. 

Mais à un moment, j’ai voulu me coucher dans la paille, voir ce que cela faisait, quelqu’un a mis de la techno, c’était drôle, sauf que ça a duré 30 minutes, ça cassait toute l’ambiance poétique, je me suis réveillé, les comédiens avaient tous déserté, ils étaient dans la salle d’à coté à boire des coups et à discuter. Il était trois heures du matin , j’ai décidé de jouer une colère rageuse, et j’ai dénoncé l’abandon de poste. 

Il s’est alors passé des choses, mais pas grand chose, les confidences nocturnes n’étaient pas vraiment efficaces, pourtant Hervée a raconté le suicide de son frère, Chelson a fait un conte autour du tremblement de terre, ce n’était pas assez sincère. Sashenka a raconté des histoires érotiques. 

Catherine et Julie ont fait de belles choses autour du violoncelle, les demoiselles Garance et Léonor aussi. 
Mais j’étais déçu, Brigitte avait peur de casser sa voix, il y avait fort peu de longs poèmes, Lucile s’est lancée dans le transsibérien, 
ça a fait du bien. Mais on manquait de cartouches. 
La danse échevelée n’a pas tenu ses promesses, on attendait la folie de Faustine, c’est resté trop sage.  
Je me suis cassé la voix dans les 27 strophes du bateau ivre, mais j’avais l’ivresse, et j’ai dit mon Gherazim Lucas. 
Hervée disait “il faut arrêter plus tôt que prévu. 
La serendipity avait atteint ses limites, il aurait fallu que l’on répète
une fois pendant sept heures, mais on ne l’avait pas prévu. 
En fait il aurait fallu que chaque acteur nous montre bien en amont qu’il avait de quoi tenir 22 minutes. 
Moi, je les avais les 22 minutes, mais certains avaient à peine 3 minutes. 
Donc déception, la spontanéité n’a pas été productive. 
J’ai dévoré au moins six viennoiseries pour me remettre
La beauté n’avait pas été au rendez -vous.

15 H le match d’injures. je n’y croyais pas. Il y a du monde. Mais Hervée m’avait promis des échanges impressionnants de la brigade du Channel. 
Il n’y a eu que des échanges rachitiques, heureusement Hervée fait son numéro, elle est à l’aise et très drôle. 







le fichier devient trop lourd, faut le fractionner



   La suite   Les adieux au channel 

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