Billets 2014

 
 

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2014



4 janvier 2014   Villars les Blamont  6°C



Parfois je rêve d’être Dieudonné :  déstabiliser jusqu’au Président de la République, faire la une de tous les médias, être attaqué mais  être soutenu par une horde de supporters qui s’empressent de payer les amendes.  Toucher tous les points  sociétaux qui font réagir, et bien connaître la loi pour ne pas se faire épingler.  Dieudonné, quand la polémique antisémite se sera refroidie, va défendre la pédophilie, demander l’excision des femmes françaises, n’importe quoi du moment que cela fasse causer. Plus c’est gros, mieux ça passe, style : les juifs ont inventé la traite de noirs. Cela n’a aucun  fondement historique.  Mais  Dieudonné n’a qu’une éthique, faire du pognon et  faire parler de lui.  Hé bien, ça c’est typiquement  juif, je m’en doutais  “Dieudonné est juif.


11 janvier 2014  Malakoff  9°C


Arrête, arrête, tu ne vas pas recommencer à nous dire que tu vas faire de la croissance, et que la croissance va faire de l’emploi, et que si tu allèges les entreprises, il y aura de l’investissement et donc de la productivité -compétitivité qui te  permettra d’être performant sur le plan international, et des centaines d’économistes vont commenter ton passage du socialisme au social libéralisme. Un jour on va apprendre “la courbe du chômage s’est inversée”. Comme au Portugal ? ils sont passés de 35% à 33%, quelle victoire ! Pierre si un jour tu m’écoutais, mais tu n’écoutes que ton ambition, et ça c’est un problème, Pïerre -c’est le ministre des finances- je le tutoie dans la vie,  Pierre, il y a dans tous les quartiers que tu connais comme moi, des gisements d’énergie humaine incroyables, tous ces jeunes à double culture ont des qualités redoutables, Pierre tu as appris que la Culture génère  plus d’argent que l’automobile ou la téléphonie, Pierre veux -tu comprendre que la bataille à mener est  avant tout culturelle,  mais Pierre n’écoute que son orgueil démesuré...


20 janvier 2014. Port Saint Louis du Rhône  10°C


Quelquefois, on n’y arrive plus, tu donnes ton spectacle mais la grâce n’y est est plus,  c’est ton auto -jugement mais en discutant avec le reste de la compagnie, tout le monde a pensé pareil. Le public n’a rien vu, il est sûr que c’est formidable, le public c’est un ensemble mais en parlant à part avec certains spectateurs, on a été confirmé dans notre sentiment , quelque chose n’a pas fonctionné, alors on démonte toutes les pièces de la machine , et on voit bien que sur 1 H 45, il n’’ y avait que 40 mn de regardable. Alors, pourquoi nous réussissons plus  ou moins bien ?   Le théâtre c’est comme le sport, ou l’amour,  il y a une partie que tu ne contrôles pas, et qui t’échappe, tu as beau dire, ce soir j’y arrive, au dernier moment, le “peeps” s’en va ou je ne sais pas quel nom utiliser, l’inspiration,  tant de fois on attendait cet orage, et il n’arrivait pas, là ça  y est nous sommes au coeur de la tourmente.


26 janvier 2014. Villars les Blamont. 1°C


Il y a dix neuf ans en 1995 on avait voulu faire le point, une douzaine de compagnies dites de rue se sont retrouvées aux Tourettes, près de Montélimar, on se retrouve dix neuf ans plus tard,  avec les mêmes doutes et les mêmes interrogations. Certains sont devenus des grosses entreprises, d'autres des Centres nationaux des arts de la rue, d'autres sont restés des petits artisans. Mais qu'est ce qui donc nous unit, pourquoi sommes nous tous venus ?  Un point commun, nous sommes tous habités par une gigantesque passion, nous nous sommes tous inventés notre style de théâtre unique. Famille ? Genre ? Mouvement ? Moi, je suis idiot, je rêve de postérité, nous avons ouvert et défriché une piste de théâtre inexplorée, alternative, celle de la ville, des lieux naturels des espaces publics. Notre savoir -faire est reconnu dans le monde entier, nous avons tous joués partout dans le monde, mais en France, l'establishment théâtral continue de nous snober et de nous  considérer comme des parias, quelque part faut en être fiers, c'est peut-être ça être des poètes.






en avril 1995 aux Tourettes




19 ans plus tard. Etienne et Michèle Berg ne sont plus là, décédés. Jean Georges est en Afrique.




Michel Crespin, Ilotopie, Transexpress, Kumulus, Phun, Unité, Buratini, Oposito,JM Songy, Pierre Oréfice (ex Royal de Luxe)Christophe Bertonneau du groupe F.Berthelot Générik, Michel Almon, Délices dada, Jeff et Marie. Ne manquaient que Tartare jean Georges,   au Burkina, et Etienne de Royal et Michèle Berg turbulences, déjà décédés.





2 février 2014. Villars , 2°C pas de neige


Je suis excité comme un enfant par l'aventure que nous inventons avec les habitants du quartier d'Etouvie à Amiens.  Une aventure énorme   qui va entraîner à nos côtés 1500 artistes en herbe. Ces quartiers dits difficiles sont des gisements d'énergie gigantesques, mais on les laisse stagner à plus de 40% de chômage, alors cette énergie devient destructive et négative.  Créer une république, faire sécession, inventer ses propres lois, c'est vraiment de l'utopie naïve mais je me prends au jeu, je crois carrément que c'est possible. Toute l'équipe qui nous entoure est admirable car ils ont faim de théâtre, ils en veulent, la gosse comme la mère de famille de huit enfants, Martine et Jeannine sont âgées mais vivantes et gaies, Gérard et Michel deux retraités sont des vrais comiques, les animateurs Sylvie Frédérique Isamël sont dans une forme incroyable, et des dizaines d'autres.  C'est là qu'elle se trouve la vie. Et pourtant je vois la banque alimentaire qui débarque et ils se précipitent sur des paquets de biscottes. On est en France, cinquième pays le plus riche du monde.


8 février 2014 Malakoff  9°C


Je m’étais réjoui de conduire des travaux dirigés de théâtre de rue dans la faculté d’Art d’Amiens. Ce n’était pas facile de trouver un fond de complicité commun avec ces étudiants. Je n’arrivais pas à bien les capter. En fait ils n’avaient pas choisi l’option “théâtre de rue”,  ils n’avaient pas envie de jouer. Mais c’était une école d’Art, il fallait les noter, c’était très difficile, parce que je les faisais jouer en choeur.  On a fait quelques sorties dans les rues vides d’Amiens, ce n’était guère probant.  Ils n’en avaient pas le désir, donc pas l’énergie.  J’ai été jeté dans ce groupe sans rencontrer qui que soit dans la faculté. Une fois de plus le théâtre de rue était traité comme une discipline dérisoire, une sorte de sous-art. Le théâtre de rue est à l’Art ce que les Roms sont à la société. A la suite d’une contestation sur une note donnée à un élève, le directeur des études m’envoie une note de recadrage, je me suis transformé instantanément en gosse des quartiers : “il m’a mal parlé”.  je lui ai répondu en langage un peu cru. Je ne retournerai plus dans cette fac. 


16 février, Villars les Blamont. 4°C


Il y a 3 remarques qui reviennent dans la vie comme des leitmotivs

a) elle est bonne cette soupe

b) ça fait du bien une bonne douche

c) un feu de bois c’est agréable.

Eh bien ce dimanche, j’ai pris une bonne douche, j’ai mangé une bonne soupe, et je regarde crépiter ma cheminée.

Et je me fais la réflexion banale suivante :  dans le feu d’une cheminée, il y a en raccourci toute la dramaturgie d’un spectacle. D’abord faut que ça prenne, mais ce n’est pas si facile, souvent, il y a le noir, un grand silence le temps que le régisseur lumière manipule son ordi, souvent dans ce temps mort je sais déjà que c’est foutu, ensuite quand ça prend et que ça chauffe bien, les petites branches doivent s’allumer de toutes parts pour allumer la grosse bûche, or rien n’est jamais trop sûr, on voit une sorte d’incessante bataille, les petites flammes luttent, et dans le théâtre comme dans le feu,  quand il n’y a pas cette lutte, l’ennui arrive vite, ensuite si on ne ré-alimente pas le feu, évidemment il s’éteint, or souvent, les dramaturgies ne sont pas ré-alimentées au cours de la pièce, cela veut dire quoi  ? De nouveaux ingrédients doivent  ré-enflammer de nouveau notre intérêt. Quand c’est réussi, on dit que les planches brûlent , que l’acteur se consume,  et des braises rouges s’incrustent dans notre imaginaire.

C’est trouvé, je ferai un stage d’observation d’un feu et je dirai  : “toutes les lois du théâtre sont dans le feu“.


24 février 2014   Villars les Blamont.  7H . 3°C


Si tous les hommes tombaient amoureux de la même femme, cela créerait des embouteillages et des guerres, ainsi heureusement nous ne sommes pas tous amoureux des mêmes oeuvres d’Art.

J’avoue que par moments  je m’inquiète sur mon cas personnel. Je préfère Sophie Calle à Picasso. Warlikovski m’insupporte, je pars à l’entracte.  Le grand opéra, la fiancée  de l’Ouest de Puccini, je trouve la mise en scène fadasse,  alors que tous les critiques l’encensent. Odilon Redon à la fondation Bayler ?  Cela m’ennuie profondément.  Alors Fabrice Ybert ? Parreno ?  hmmm… Je crois que peu de gens sont sincères, Sollers se lâche et traite le public d’inculte, et les regardeurs de musée de bons à rien. Il y a de l’imposture partout, des faux artistes qui se glissent dans les hiérarchies pour obtenir des places, des critiques corrompus. Est -ce à dire que je n’aime rien ?  Mais non, j’adore Place des Anges   de Pierrot Bidon, j’adore le théâtre du Soleil,  j’adore Nicolas Frize, Pina Baush, et de petites compagnies inconnues du grand public comme Gravitation, ou théâtre group, 26 000 couverts,  Opéra Pagaï, ou Jean Bojko, j’adore Ernest Pignon Ernest, Antoine d’Agata.  J’aime les films comme cinq caméras brisées, ou le vol spécial de Fernand Melgar. Je respecte Edgar Morin.  C’est sûr, je mets Rimbaud au dessus de tout, et Gherazim Luca, et Blaise Cendrars, j’aime la folie ravageuse, intime et épique, j’aime tout ce qui ouvre en grand les fenêtres du monde.




1er mars  2014. Chalon sur Saône.   4°c


Heureusement que personne ne me lit, sinon je me ferai vite trucider.

Ici au pays de Peugeot, jamais de ma vie je n’oserai parler des intermittents, parce que celui qui prend son travail de 5 H à 13 H tous les jours, tous les jours tous les jours, pour faire des 3008 , apprendrait que moi jacques, en travaillant 6 jours dans le mois, je touche autant que lui, parce que comme je suis un artiste quand je travaille 6 jours, l’Unedic complète les 22 autres jours par une compensation de 40 €. C’est un peu la honte.

Jamais je n’ai touché un sou du chômage depuis 1991, parce que cela me paraît totalement immoral par apport aux autres habitants d’Audincourt. 

Après je  devrais  expliquer aux habitants  d’ici que sans artistes, ils allaient mourir, car vivre sans poésie, cela  peut provoquer la mort. 

Sur l’intermittence je ferme ma gueule, je trouve qu’il ne faut pas payer l’inactivité, mais l’activité, et  là , moi je supprimerai  le mot  chômage.  Exemple, ils  vont fermer la seule librairie de Montbéliard,  donc on va payer du chômage et des indemnités pour 48 personnes, eh bien,  dans ma société à moi, on subventionnerait le personnel de la  librairie Chapitre au lieu de les virer bêtement. 


8 mars 2014. Malakoff. 10°c.


J’ai un léger racisme vis à vis de certaines formules, et je ne me l’explique pas. Par exemple je déteste “ de par chez nous “ ou “par les temps qui courent” , je n’aime pas non plus “me semble t-il”. Il y a certains hommes politiques ou journalistes qui parsèment leur discours de “me semble t-il” alors ceux -là je ne leur donne jamais mon vote. Je ne supporte pas non plus celles et ceux qui disent “ je n’y connais rien”. C’est la journée de la femme, et moi je leur demanderai qu’elle arrêtent de dire sans arrêt “ je n’y connais rien” . Cela touche Internet, le portable, la voiture “ah moi je n’y connais rien”. Alors elles laissent ça aux bonshommes  tout en accusant les hommes de ne pas leur laisser de place. Cela existe aussi au théâtre. La personne peut très bien vous dire, “ah je ne peux pas avoir d’avis,  je n’y connais rien”. C’est pénible, “je -n’y- connais -rien”.  Vous l’entendez sans arrêt, Il me reste à condamner “laisse -moi faire” .On la rencontre surtout dans les couples, où la femme s’empare des problèmes de vaisselle et de ménage  et écarte son mari qui est accusé de ne rien savoir faire.

Ce que j’aime ce sont  des noms que l’on entend jamais. Saxifrage par exemple. Ce sont les plantes qui percent les rochers, et qui poussent dans les fissures. Souvent elles produisent des fleurs étoilées. Oui je voudrais que mon théâtre soit aux humains que les saxifrages sont aux plantes. Un théâtre qui pousse dans les fissures de la société et dans tous les lieux les plus improbables. 





15 mars 2014. Villars les Blamont.   6°c le matin, 17°c l’après midi


Il y a une terrible bataille de désintoxication du langage à mener. Intermittent, c’est le vocable qui nous tue et nous rend impopulaire.

Nous faisons le métier le plus prenant, celui qui occupe tous nos jours et nos nuits, celui qui nous empêche d’avoir une vraie vie  de famille,  c’est un métier de passion,  permanent, on joue le jour de la mort de nos parents, on ne peut même pas assister à des enterrements de personnes de sa famille,  on n’a ni samedi, ni dimanche.  Le théâtre c’est plus que du plein temps, c’est du 28 H sur 24.      Les curés seraient -ils des intermittents ? Une messe par semaine ?  Je veux mener une bataille sémantique contre l’intermittence. Il faut trouver un nouveau vocable, ça urge.


24 mars 2014. Malakoff . 6°C



Je déteste   les artistes qui  s’auto -glorifient et se gonflent d’importance.

Et pourtant je fais pareil,  je dis souvent  “ le théâtre est aussi indispensable que les arbres, c’est la chlorophylle de l’esprit”. 

En vrai, je n’ai jamais lu la moindre théorie scientifique m’expliquant que le théâtre est aussi nécessaire à l’homme que le soleil aux plantes. Je n’ai jamais rien lu concernant l’alchimie du spectateur, jamais.

Hier je m’étais posté à la sortie de notre  spectacle joué à Audincourt, et je recueillais les compliments, et je me disais à moi même  :  quelque part, dans le pays de Montbéliard  le théâtre  de l’Unité  joue le rôle de guérisseur, de médecin des âmes, de réparateur d’humains brisés.

C’est bizarre, nous avons un  côté  gourou, sorcier et manipulateur.  L’Eglise a eu raison de ne pas donner de sépulture à Molière.

“Le théâtre est né de la religion, l’Eglise ne lui a jamais pardonné, jalousie de métier. (Sacha Guitry)


30 mars 2014  Calais . 19°C


Les jours d’élections les politologues nous parlent.       Attention, les français, en ne se rendant pas aux urnes, risquent de faire augmenter le taux d’abstention. Pourquoi s’abstiennent -ils  ?  Ils  s’abstiennent  parce qu’ils ne votent pas, leur non-vote est un vote, donc on ne peut pas parler d’abstention.

J’étouffe sous le poids des clichés, des banalités. Les spécialistes, professeurs de droit, de sciences politiques, sont des politologues- tautologues. 

Il faut changer le système.  J’opte pour le tirage au sort de nos représentants comme pour nos jurés d’assise.

Mais le théâtre dans tout ça ?   Je me souviendrai toujours des paroles d’Alfred Dogbé, auteur de théâtre.  Pendant une famine au Niger, il disait que le théâtre pourrait  contribuer  à sauver le pays de la famine, parce que le théâtre, c’est la parole, et qu’en fait les famines ne sont pas des problèmes de production alimentaire, mais de non- communication entre les hommes.

Je connais quelqu’un  de très pauvre qui n’a pas à manger ce dimanche, mais qui a sa dignité et qui n’accepterait pas le moindre billet, cette belle personne n’attend plus rien du politique,  mais attend tout du théâtre.



1er avril Audincourt

1er avril 2014


Je dois faire un aveu misérable.  Les élections sont un désastre pour la gauche, et je m’en fiche.

Je suis même content, parce que certains élus du PS que je connais bien ont été abjects, et je me dis qu’un peu partout, ce même mépris des gens, cette ignorance du peuple,  cette arrogance, cette suffisance, ce manque d’écoute, cette trahison permanente sont le fait de nombreux autres élus, avec leurs beaux costumes et leurs mains grasses. Moi j’aime  Pépé Mujica, le président socialiste de l’Uruguay, il donne 90% de son salaire à des associations, vit pauvrement hors du palais présidentiel dans sa petite ferme, refuse le beau costume du politicien, les voitures de fonction, légalise le cannabis, place l’humain avant l’économique. Il est gauche dans son corps, il est de gauche dans sa vie. 

Je m’en fiche de cette défaite, parce que je sais que plus que jamais, il y aura une demande de merveilleux et de féerie, et qu’à cette demande seuls les poètes pourront y répondre, et que la politique ne sera bientôt plus le fait des politiciens mais  de tous ces poètes du quotidien, qui dans des milliers d’associations, de refuges, d’abris culturels,  tels des saxifrages oeuvreront dans l’ombre, dans les interstices, dans l’illicite, sur des terres arides pour changer la vie.



5 avril 2014. Grenoble Seyssinet-Pariset  13°C


Je voudrais bien ne pas être intéressé par la politique mais cela me passionne, car le théâtre est un des meilleurs décodeurs politiques qui soit. Alors je fabrique des scénarios, parfois j’ai juste. Je n’avais pas cru que Sarkozy puisse être Président, j’avais faux. Pour Hollande je sentais qu’il avait un désir de revanche sur sa femme, c’est un petit complexé qui doit se venger sans arrêt de son manque de charisme à côté de cette femme étincelante. Je regarde leur visage à chacun, avec le mot France à la bouche toutes les 3 secondes, et je sais qu’ils n’en ont rien à faire, ce sont des compétiteurs, cela se voit dans leurs yeux et leurs mentons, des winners, ils veulent gagner et garder la place. Moscovici est presqu’une caricature de la  lutte des places. Valls c’est pire. En fait, leur seule vraie politique,  c’est 2017,  être au sommet de l’Etat. Hollande compte cramer Valls assez vite, car jusqu’en 2016 Valls n’aura aucun résultat. Donc perdra toutes ses chances pour 2017, tout va être fait pour faire chuter Sarko, Valls va peut être même tenter d’être le candidat de la droite face à Hollande. Le système des présidentielles n’a été fabriqué par de Gaulle que pour des grands hommes providentiels, et là il n’existe que pour des vauriens animés par un  petit égo opportuniste et malsain.


12 avril 2014. Dans le train d’Amiens à Paris


Paraîtrait - il que pour un bon équilibre mental il faut parler à cinq personnes minimum chaque jour, et encore vaut -il mieux ne pas les connaître. Alors si de plus vous mangez avec ces cinq personnes cinq légumes et fruits différents vous serez au maximum de votre forme. Donc tout va bien pour moi, j 'ai fait la connaissance de Patrick Watkins et de Maelis, comédienne citoyenne de Toulouse, de Celine qui projette du 16 mm, de Thierry le candidat battu de la gauche d ´Amiens, de Sylvie de l 'association Carmen et surtout d 'Angelique que l'on ne sait pas nommer, elle est pauvre,  précaire, modeste, s'auto nomme cas social  mais d 'une sensibilité et d'une d'acuité gigantesques,   qualités qui manquent à tous nos hommes politiques.  C'est une belle personne. Je ne voudrais pas qu'elle  lise ça, cela lui ferait du mal j'imagine.


20 avril 2014 . Villars les Blamont ensoleillé


J’en ai assez d’écouter les théories d’Onfray, de Badiou, d’Edgar Morin, sur le monde qui va mal et et ce qu’il faudrait faire. Ce matin je décide d’échafauder une théorie économique personnelle.

Je me base sur deux chiffres : 10% des habitants possèdent 86% des richesses de la planète, c’est la première source des conséquences d’un capitalisme mondial immoral.

Les deux chiffres qui suivent sont éloquents : les français les plus riches ont mis à l’abri 590 milliards d’euros dans les paradis fiscaux, ce qui engendre un manque à gagner de 50 milliards pour la nation française. Or, bizarrerie, la France pourrait équilibrer ses comptes en faisant 50 milliards d’économie, or où va t-on chercher ces 50 milliards ?  Dans les paradis fiscaux ? penses -tu, mais non, dans la poche des français les plus pauvres. Qui commet ce hold-up ? La droite ? Mais non, la gauche !


28 avril 2014  Villars.



Cela doit être une infirmité, je n’arrive plus du tout à croire dans le théâtre frontal avec scène et fauteuil, je me sens mal, enfermé, entouré d’un public qui est venu pour des considérations qui n’ont rien à voir avec le théâtre ( public captif, groupes, standing social). Je n’arrive pas à accepter que l’on se serve de micros comme chez Pommerat et un peu partout, je déteste que l’on projette des images, je déteste les sauces musicales enregistrées, je ne supporte pas l’hypocrisie des applaudissements, et les acteurs qui en redemandent.

Comment se fait -il qu’à Epidaure, sans micro et sans lumière, on jouait pour 13 000 personnes ?

De plus je constate qu’une seule classe sociale s’est totalement accaparée le théâtre pour elle et pour elle seule, et que de plus en plus, le théâtre est un complément de l’école, et qui si on enlevait les groupes de scolaires, les théâtres pourraient quasiment tous fermer, sauf le théâtre privé destiné aux informaticiens épuisés par leurs écrans,  et qui veulent se gondoler devant des images vraies en 4 dimensions.

Le vrai drame, c’est que j’y crois encore et que par tâtonnements maladroits je tente de sortir  le théâtre de  l’ornière. 



3 mai 2014  Gradignan.  12°C


Il y a dans les compagnies  théâtrales des auto- évaluations constantes. “On était meilleur ce soir, qu’hier soir”. Mais non, c’est le public qui était meilleur, et quand le public reçoit bien, nous donnons plus. Mais ce n’est pas vrai, le public d’hier était excellent, mais nous étions moins bons. Quarante ans que nous essayons de scruter  le mécanisme de l’orgasme théâtral. Et moi dans mon pessimisme cynique, je me lamente des remarques banales  du public “vous utilisez bien la forêt” , “  ou “elle est belle la bataille finale” et d’un  seul coup le vide m’envahit, mais au fait, on voulait dire quoi avec cette pièce ?  Il reçoit quoi le public ? Pourquoi cet engouement de toutes les compagnies théâtrales pour Macbeth ? On a tous envie de démonter les mécanismes du pouvoir. Mais justement Shakespeare ne fait pas seulement de Macbeth un Coppé ou un Sarkozy dont les dents rayent le parquet, il y a chez Macbeth un désir d’éternité, il ne supporte pas d’être roi sans descendance. Mais alors,   il y aussi la piste du mal qu’il faut analyser. Oui, mais il y a le mal et le mâle. Le théâtre essaye de nous faire comprendre le monde.  Edgar Morin a raison, on ne peut pas  tout simplifier, la réalité est toujours complexe.


10 mai 2014 Villars , 13°C


10 mai 68

La nuit des barricades,

oh là là, quelle ivresse, j’avais 25 ans

10 mai 81

oh là là quelle ivresse, j’avais 38 ans

A cette époque les vieux nous parlaient de 36,

Maintenant les vieux, c’est nous,

68, 81,  on devait changer la vie ?

Mais le capitalisme est devenu de plus en plus malin,  il s’est paré d’un habit libéral 

Et le théâtre  ?  Dullin, Copeau Dasté  Vilar Savary Vitez, Chéreau, Gabily, Lagarce Koltes Planchon, tout s’est déjà effacé.

Pourquoi surnagent Beckett, Ionesco, Brecht,  Grotowski , Stanislavski ,Meyerhold  Lecoq,  Artaud ?

Et nous on cherche toujours le chemin de l’ivresse.



17 mai  2014. Rennes. beau temps. 23°C


Chaque nouvelle représentation de Macbeth  fait sur moi un drôle d’effet. Ce Shakespeare il faut le comprendre de l’intérieur en incarnant les personnages.

Un éthologue devrait venir observer les acteurs, et la jubilation que cela entraîne de tuer, de jouer à la guerre etc.

C’est incroyable cette petite glande cachée quelque part en nous et qu’il faut à peine toucher pour retrouver une âme d’enfant et faire la bagarre.

Quand on va massacrer la femme et les enfants de Macduff on prend un plaisir maximal et  faire voler des boules de feu et des explosions me met en transe.

Alors quoi ?  

Faudrait juste faire dériver les instincts de tous ces chefs d’état belliqueux  dans des jeux de théâtre.

On peut faire la guerre pour de faux, c’est bien mieux,  le théâtre c’est idéal pour évacuer ses pulsions d’agressivité.


24 mai 2014. Villars  beau temps.


Je sais, je sais, il y a des questions qu’il ne faudrait jamais poser. Et pourtant, il y en a une qui me tenaille. L’artiste fait -il des progrès ?  

Nous étions réunis à une vingtaine, vingt artistes de la mouvance rue, exerçant leur art depuis une vingtaine d’années. Les visages s’étaient burinés en même temps qu’anoblis. Chacune et chacun avait parcouru le monde, avait fondé son lieu, avait atteint une sorte d’apogée. Personne n’était devenu riche, mais nous avions les clés de nos  petites  entreprises. Et moi je scrutais les visages, et les regards et je revoyais  en surimposition toutes les  oeuvres anciennes  de ces compagnons . Et cette terrifiante vérité est apparue que je n’ai pas osé exprimer “Il y a vingt ans, nous avions tous inventé notre style, et depuis vingt ans nous ne cessons pas de nous répéter,  et de décliner ce que nous  avons à dire de différentes manières.” Rimbaud a arrêté à 35 ans, oui il avait  tout dit. Et Planchon ? Dès Tartuffe, il avait tout dit. Et Brook, dès le Songe d’une nuit d’été, il avait tout dit. Quel gouffre ! Et  cela sans doute sans  qu’aucune représentation de 2014 n’égale une seule représentation d’Epidaure, il y a plus de 2000 ans. Trop penser fait décidément du mal.


31 mai Malakoff. Beau temps


J’avais prévu le coup il y a dix ans, au cas où ils reviendraient, je me suis installé sur la frontière Suisse, comme ça , s’ils venaient me chercher, je pourrais m’enfuir par la forêt. Le seul hic là dedans, c’est que les Suisses se sont mis eux aussi à être d’extrême droite. Donc ça hurle partout. Ça y est, ils vont prendre le pouvoir. Ils arrivent !   Arabes et juifs, cachez vous ! Leur chef n’a pas de moustache,  c’est une femme avenante, bien coiffée, et sans doute dominante au lit, elle a un langage simple qui va droit au coeur des gens, elle nous promet un super ménage dans tous les coins.  Notre président rondouillard est aussi impopulaire que Louis XVI avant la révolution. Il a été élu parce qu’il avait dit que son ennemi,  c’était la finance, or il s’est jeté dans les bras de son ennemi. La France entière rejette donc les hommes politiques qui la dirigent, sauf elle, la blonde cougar, encore vierge de pouvoir, mais avide de remplacer au plus vite la droite qui s’écroule sous ses tricheries permanentes. Je suis ravi de tout cela, moi, meilleur ami de l’adversité, rêvant d’être un héros de la Résistance.


7 juin Villars.  27°C



Donc le conflit  des intermittents reprend. C’est la saison.  Qui contre qui  ?

Là, nous faisons des erreurs infantiles et fatales. Nous n’avons même pas remarqué que notre  président élu démocratiquement en 2012 a conclu un pacte  de responsabilité avec le seigneur Gattaz du Medef, qui devient désormais chef de la France et des Français. On s’en prend à ce pauvre Ministre, ex -maire de Dijon, pauvre puceron soumis, s’il ne signe pas l’agrément, il saute.  Présomptueux que nous sommes, nous  menaçons  de saborder les outils de travail que sont nos festivals.  Le sauveur suprême se réjouit à cette idée.  La Culture selon lui est inutile donc nuisible. Son mot d’ordre est clair: “Qu’ils crèvent, les artistes”. Il sait que nous sommes impopulaires, le patronat nous a affublé d’un patronyme assassin.  Intermittent. Un paresseux qui se fait indemniser 300 jours par an. Gattaz  est tranquille,  serein, aucune grève générale ne se profile à l’horizon pour sauver une poignée d’artistes inconnus.

L’Unité a fait la grève de 2003, on a mis dix ans pour s’en remettre. Non Monsieur, non Madame, plus jamais ça. Notre lutte, ce sera notre poésie, notre verbe, la conquête de nouveaux territoires, nous jouerons plus que jamais, oui l’Art est une arme de construction massive. 


15 juin 2014. Amiens. 18°C


Je suis en conflit avec moi -même. Quand je pense à mes amis haïtiens, à mes amis nigériens, eux   qui font du geste théâtral un véritable héroïsme,  sans aucune aide, quand je pense aux habitants du quartier Etouvie d’Amiens qui vivent dans une précarité absolue, les revendications des intermittents me paraissent dérisoires, et indécentes. J’ai sans arrêt cette culpabilité. Je touche 130 000 € de subvention, et à côté de moi s’étale la misère. Eh bien je n’ai pas honte. Pourquoi ?  Parce que je sais que l’homme ne survit pas dans la prose, il a besoin de nourriture spirituelle, il a besoin de  poésie, il a besoin de notre théâtre pour résister, s’emparer des armes de l’esprit, survivre .Encore faudrait-il nous ne nous adressions pas seulement aux inclus de la société.  Les intermittents coûtent cher, certes, ils ont raison de ne pas se laisser rogner leurs droits,   mais je voudrais qu’au passage nous nous posions  la vraie et unique question de notre existence. Pour qui faisons nous du théâtre ?


22 juin Villars , 24 °C



Les intermittents me sortent par les trous de nez avec leur discours langue de bois -charabia récité comme un catéchisme. Cette manière  insupportable se faire passer pour des pauvres travailleurs précarisés…

et ces grèves dont tout le monde se fout,

ce serait même une superbe nouvelle qu’Avignon disparaisse totalement avec tous ses spectacles exécrables,

il faut arrêter de crier que nous sommes indispensables, alors que nous ne  sommes que les jouets  de peluche d’une petite bourgeoisie cultivée et insipide.

Mais que tout s’écroule, ce sera  tant mieux.  Cependant,  ceux qui doivent sauter les premiers ce sont les incompétents  corrompus qui ont écrit ces stupides règles du régime intermittent.   Valls c’est pas les Roms qu’il doit  nettoyer, ce sont  ces  ridicules commissions paritaires.


A l’heure où les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, faut rien lâcher sauf nos chiens furieux contre le Medef et son allié socialiste, et cette CFDT vendue et FO collabo, mais surtout arrêter de geindre alors que nous sommes quasiment les seuls en France qui faisons ce qui nous plait et que nous avons  librement choisi.


28 juin 2014. Malakoff. Temps grisâtre


Coupe du Monde :  la France couverte de drapeaux algériens pour l’accession aux  huitièmes de finale. Alors quoi ? Ces jeunes ils sont français ou algériens ? Faudrait savoir. Eh bien justement peut être les deux à la fois, mais c’est même plus complexe. Moi  par exemple ? Je me sens quoi ?

Je me sens du lieu de ma naissance, le Chambon sur Lignon, je me sens aussi du pays de mes parents, la Russie, Moscou, Odessa et de Tchekhov, je me sens du lieu où j’ai grandi, la Porte de St Cloud, je me sens juif aussi , mais pas du tout Israélien, je me sens -Franc comtois, je me sens de la ligne 13 et du 92, je me sens aussi de la Lozère et de ses paysages, je me sens du monde de la poésie, Cendrars, Michaux, Aragon,  je me sens communiste et révolutionnaire, je me sens un tout petit peu français, par Molière et 1789,  et je me sens appartenir à la galaxie du théâtre de rue.  Un ADN National, ça n’existe pas en vrai , c’est  beaucoup plus complexe.



6 juillet  2014. Villars . Orage


Je  radote,  c'est mon activité principale, depuis dix ans je dis :

Les auteurs de théâtre d'aujourd'hui ne me convainquent pas.

Les comédiens sont narcissiques,  ne jouent que pour leur égo, je les exècre

Les spectateurs embrigadés sont de plus en plus bêtes, ils vont au théâtre pour se donner de la distinction sociale.

Le  Mouvement  des intermittents m'emmerde et me fait honte, cela fait 24 ans que j'ai jeté tous mes carnets de déclarations, je veux être comme tout le monde. 

Je dis aussi que  l'élite de la sensibilité n' a  pas pour frontière  l'instruction,

et que le  théâtre doit s'adresser en priorité aux illettrés   .

Je termine  : nous sommes en guerre contre la dictature des riches,   le théâtre doit se mettre au service du peuple pour lui donner  de l'élan,  de la force.  Il doit décrypter la société, afin que chacun puisse s’emparer  des armes de l’esprit. 

Je radoterai jusqu'à mon dernier souffle. 



12 juillet 2014. Malakoff. Nuageux


A 9 H 25, j’ai une bouffée délirante d’amour, je la veux tout de suite, ma tête explose.

A 9 H 40, ouf, l’orage  est passé.

A 10 H j’ouvre la télé machinalement,  désespéré par la politique vengeresse de Netanyaou, dont je souhaite l’assassinat, et aussi les dirigeants du Hamas. Je ferme et déclare que la télé c’est l’abrutissement nécessaire pour que le peuple ne se révolte plus.

A 11 H j’ai besoin de sortir, de croiser du monde de regarder les étals de fruits au marché,

et je m’empare de dix belles prunes,

A 11 H 05  je regrette d’avoir mangé trop de prunes.

A 12 H  j’ai un désir de banquise, je veux aller au Spitzberg , je fonce sur Internet, comment va t-on au Spitzberg,  trop difficile, Alors Miami, oui Miami 240 € , mais c’est en hiver

A 13 H j’ai une envie irrésistible de brie crémeux

A 14 H j’ai les pensées les plus sombres sur mon propre théâtre. A quoi sers-je ?  Quel intérêt tous ces efforts pour si peu de réactions ?

A 14 H 30  j’écris un billet enflammé sur les petits marquis du théâtre. Py en est un, on dirait qu’il est né poudré dans une pièce de Molière. Il enduit de vaseline sur Inter Lydie Dattas, mon premier grand amour.

A 15 H elle m’a répondu, j’ai une libido flamboyante, mais des chaussettes dépareillées.

A 16 H , crise d’oniophobie. Quoi offrir à ma soeur ?

A 17 H   Les riches font -ils le bonheur de tous ?  J’apprends que Rolls Royce a augmenté ses ventes de 31%. Le modèle modeste est à 453 000 €

A 18 H  On est en surnombre pour ce soir. Je n’ose pas dire que le phénomène théâtral ne marche qu’en surnombre avec des gens accrochés aux arbres ou aux balcons. Souviens-toi Hervée de Moscou en 1989.

A 19 H  Je n’aime pas les gens, je répète en boucle le poème d’Aragon, ça me calme et je teste ma mémoire sur Gherazim Lucas

A 20 H je trouve bizarre la thèse d’Ostermaïer, qui dit que le capitalisme risque de s’effondrer s’il se déconnecte de  ses artistes contradicteurs.

22 H 30  “Voyez cet homme couvert de sang”. Pendant que je dis ma réplique, je me dis que je vais prendre une posture de roi, que l’on sente ma force transpercer dans mes jambes.

0 H 30.   Je déteste les saluts, je pense à chaque fois à Jouvet qui disait à un jeune comédien “n’oublie pas que quand tu te baisses c’est pour leur demander pardon”.

3H. Trop sur les nerfs je ne m’endors pas.



19 juillet 2014. Nimes 34°C



Il dit qu’il est créateur , il dit qu’il est le premier créateur depuis Vilar à diriger le festival d’Avignon, il pense que c’est un plus, il dit qu’il va transformer le festival. Pour l’instant je ne vois rien.

Moi, je le sens mal,   je le trouve assez intrigant, je le trouve assez prétentieux,  je ne comprends pas que l’on puisse confier un énorme festival à un seul homme, mais il faut dire que je suis envieux des gens de pouvoir.




27 juillet 2014  Chalon Buxy, le relais de Montagny  22 °C



Le Jacques il devrait être content, sa pièce marche du tonnerre, tout le monde ne parle que de ça , tout le monde veut la voir, les listes d’attente s’allongent, il y a des articles partout, on lui dit, que c’est bien meilleur que le Soleil,  le Jacques cela ne l’intéresse pas, le Jacques il est dans un bon hôtel avec une piscine bien tenue, des petits déjeuners avec tout, le Jacques il ne manque de rien, s’il veut se payer un repas à 30 € ce dimanche, il le peut, et  pourtant voilà,  le Jacques il devrait être content, mais il est sinistre. 

Quand il se réveille il pense que sa dernière heure est arrivée, il sent son corps qui pèse. S’il ouvre la télé, il voit Gaza, ça lui fait mal, il lit sur son écran  les communiqués de lutte des intermittents qu’il trouve ridicule,  il les trouve  risibles, avec leurs  grandes postures de luttes,  le Jacques il trouve qu’ils feraient mieux de faire de bons spectacles et de conquérir des nouveaux territoires, et de faire des actes symboliques et visibles pour Gaza plutôt que de mettre leur énergie à dessiner des X. Le Jacques il est sinistre, car le succès qu’a le Macbeth  est bien relatif, tout le monde s’en fout, il y a juste la reconnaissance d’un savoir -faire, mais personne ne parle jamais du contenu de la pièce, du rôle des femmes en politique, du remplacement d’un dictateur, de savoir s’il reste de l’espoir. Le Jacques pense qu’il est enfermé dans une bulle toxique.  Bien- sûr il  y a un article dans le Monde, mais pas le Monde papier celui que  tu  achètes,  90 articles pourAvignon, 1 pour Chalon dans la rue,  mais uniquement sur le net  dans le Monde.fr , la vérité elle est là, le théâtre de rue, reste du sous-théâtre, et du théâtre sans le sou.



2 août 2014  Villars orageux



On n’a jamais gagné une guerre contre un peuple, c’est une citation d’un montage que je jouais en 1967 sur la guerre du Viet -Nam que les énormes Etats- Unis n’arrivaient pas à écraser, et ça recommence, une énorme armée puissante tente d’écraser Gaza, se couvre  de ridicule, et de honte.

Je n’ai jamais compris mon père, lui qui avait perdu sa mère et sa soeur dans les camps, mortes pour rien du tout, n’en avait tiré aucune leçon et pratiquait comme si de rien n’était des attitudes anti-arabes inadmissibles et grossières. Pour moi c’était insupportable, ça fait trente ans qu’il est enterré au cimetière de Clamart, mais je vois qu’il est encore bien vivant à travers  tous ses copains israéliens réactionnaires les Netanyaou, et Lieberman. Comment est ce possible tout ça ?  C’est quoi la fin ?  Peut être comme aux USA, les derniers palestiniens parqués comme les indiens ou comme les arborigènes en Australie. Incompréhensible tout ça, alors que juifs et arabes ont pratiquement la même religion, et sont faits pour s’entendre avec leurs diasporas, leur sens de la famille etc. Franchement, ça ne tourne pas rond, j’ai l’impression que si je m’en occupais, je règlerais rapidement le problème, faut vite que Netanyaou et sa bande crèvent au plus  vite et laissent la place à des jeunes.



Vendredi 14 août  Malakoff


Je vais être très limite. Mais est ce qu’il ne faudrait pas que tous les présidents du monde entier démissionnent tous à a fois et soient remplacés par des artistes ? Je repense que seul Coluche a réussi à faire en sorte que l’on ne meure plus de faim en hiver en France. Eh bien je pense que le conflit de Gaza doit être confié à des poètes palestiniens, des cinéastes israéliens, et des artistes comme Ariane Mnouchkine, Jacques Livchine, Py et d’Ormesson . Parce que là c’est trop, c’est ignoble,  et puis de l’autre côté en Irak faudrait ré- apprendre à lire le Coran, là idem, Obama a fait la preuve de son incapacité, Youssri et Habib pourraient s’en occuper.  Les grand intelligents sont en faillite, laissons la place à des idiots. Ils ne pourront pas faire moins bien.


Dimanche 24 août 2014, Vareilles. 14°C


Aurillac, je me prends la tête avec un journaliste qui a une maison par ici, et qui me dit sa haine de ce festival, dont il a vu quelques spectacles qu’il a trouvé affligeants, il rajoute méchamment : ces gens-là ont bien raison de ne s’occuper que de leur statut de chômage, car c’est leur seul avenir, ce n’est certainement pas avec leur théâtre gratuit qu’ils vont pouvoir survivre, personne ne paierait le moindre centime pour assister à ces gesticulations, mais je lui dis “  vous avez vu, opéra PagaÏ  ? ou Silenzio ? Non ?  Alors évidemment si vous jugez le festival par le off du off, bien -sûr je suis d’accord avec vous.

Bref, j’avais l’impression de discutera avec  mon père décédé quatre ans avant la création du festival.

Se faire une idée sur le cru Aurillac 2014 ? Qui pourrait prétendre le faire ? J’ai vu 8 spectacles sur 600. Si c’était  un concours comme en Grèce antique, je donnerai  le grand prix volontiers à Opéra Pagaï, et leur Cinérama, Jauge 80 personnes ! 

D’Aurillac, tout le monde repart heureux puisque la moindre expérimentation hasardeuse

a droit à de généreux applaudissements.


Dimanche 31 août 2014  Villars les Blamont, gris et pluvieux


J’avais écrit en 2001 un livre publié aux solitaires intempestifs, Griffonneries qui relatait nos  9 années au centre d’art et de plaisanterie. Il est épuisé,  tous mes exemplaires ont disparu, alors je décide d’en racheter un d’occasion, j’en trouve un sur E Bay à 244 €. Dis donc ça spécule, c’est excitant de savoir que cela a pris de la valeur avec les années.  Alors depuis 3 ans, je travaille un autre livre, parce que quand je regarde ce qui est publié ici ou là, je n’ai pas à avoir honte, mais j’ai peur de l’indifférence, j’ai cette sensation là, une sensation de vide,  comme si les passions avaient disparu, chacun vit dans sa coquille, tout passe, on ne se souvient de rien, je ne sais plus qui a gagné le tour de France, je ne  sais plus ce que j’ai vu en Avignon, A Aurillac il y avait les conversations de 11 H,  des banalités, pas de polémique, rien , le magnifique spectacle d’Opéra Pagaï, je n’arrive pas à trouver le moindre article qui le salue. 


samedi 6 septembre 2014. Malakoff. 25°C


Nous rêvons tous d’un président de droit divin, un être parfait, une espèce de demi- dieu qui revêt l’habit  présidentiel et se cale sur les comportements royaux.

O déception. Une femme répudiée salit notre François.  Il paraîtrait qu’il est comme nous tous, un tantinet menteur, médiocre, cynique, mais Nicolas c’était pas pire ? Et l’autre François de 1981 qui cachait son enfant naturel ? Et le Giscard ? De Gaulle avait conçu une cinquième république pour lui seul, avec un poste de Président pour lui, un article 49.3, pour lui, mais décidément faut relire Macbeth pour voir à quel point le pouvoir est la pire des drogues, et qu’il faut vite faire une sixième République avec un président tiré au sort ou un système Suisse, ils dirigent à  7 conseillers fédéraux  de tendances différentes et l’un est élu président pour un an, il est chargé des inaugurations et d’un discours le 1er janvier et personne ne lui demande d’être exemplaire.


Dimanche 14 septembre 2014. Villars  18°C


Emotion, rires, larmes, nostalgie, soleil, à boire et à manger, 300 personnes, c’est le mariage de mon frère à Meudon, dimanche dernier.

Emotion, rires, larmes, nostalgie, soleil, à boire et à manger, 300 personnes, c’est l’enterrement de Michel Crespin, chef de file des arts de la rue , à 74 ans, mort dans son lit. C’était à Château Chalon dans le Jura jeudi dernier.


Samedi 20 septembre 2014. Amiens


Je n’arrive pas à bien séparer dans ma vie ce qui dépend du politique et ce qui dépend de moi tout seul.   Ce n’est tout de même pas le Président qui va motiver mes émois amoureux ou mes états d’âme divers. A la pharmacie, c’est sûr que lorsque je n’ai rien à payer je devrais remercier la gauche pour sa Sécurité Sociale, et je dois être reconnaissant à l’Etat d’avoir aidé le théâtre de l’Unité depuis 44 ans,  et pourtant il y a tout un pan de vie privée qui dépend de ma propre gestion, les relations avec mes enfants, la loyauté envers ma femme, mes amis. En fait, chacun est un peu chef d’un mini -gouvernement sur un petit territoire avec cuisine, salon, salle à manger, jardinet.  C’est un peu mon fantasme d’avoir créé un minuscule pays, avec ses moeurs, ses lois, sa justice, ses relations extérieures, bien -sûr il n’est pas exempt de défauts, sinon l’ennui et la lassitude nous envahiraient.


Dimanche 28 septembre à Villars les Blamont. Beau temps.


Si j’étais écrivain j’écrirais des fables,  par exemple, la hache et le Rafale. Je montrerais  la force du symbole. Une simple décapitation qui dure à peine une seconde fait plus de bruit que 100 000 bombes   J’en ferai une autre que j’appellerai la vilaine anophèle .  Un tout petit moustique arrive encore de nos jours à  tuer  1 million de personnes  je me demanderais si  les jihadistes  ne seraient pas telles les anophèles, quasiment indestructibles.   

Pour se débarrasser des orties il ne s’agit pas de les couper, il faut les empêcher de pousser, et donc il faut s’attaquer à la terre qui les fait naître.

L’Occident a fait 500 000 morts en Irak, et tout le monde s’étonne que ces gens -là soient devenus  un tantinet barbares, et qu’ils en veulent à mort à la France,  pour qui cette guerre est une bonne aubaine de vente d’armes,  et l’occasion de montrer que le Président n’est pas un mou.


Samedi 4 octobre 2014  Malakoff  été indien


J’ai la tête dans le genou et le genou dans ma tête. 72 ans de co-habitation, et il se rebelle, il n’en peut plus. 300 mètres de marche et il s’arrête. Le traumatologue m’a annoncé qu’il fallait en prendre un autre au plus vite, vu que ce vieux genou avait fait son temps et était usé de partout par les randonnées, les tournées, les déchargements de camion de décor. il lui a fait sans trop d’espoir  une visco sédimentation. Toute ma perception de la vie change, aller voir Niki de St Phalle, impossible, marcher le long de la Seine pour la nuit blanche impossible. Je regarde avec envie tous les genoux que je croise, dont les propriétaires  n’ont même pas conscience qu’ils ont de la chance.


Samedi 11 octobre Malakoff. Température clémente


J’ai accepté exceptionnellement d’aider une comédienne à accoucher de son solo, alors que déteste les solos. Pourquoi l’ai je fait ?  Parce que Latifa est arabe, et que je voulais montrer que juifs et arabes sont faits pour s’entendre. C’est la vérité. Avec Latifa j’ai beaucoup de choses en commun, à travers elle, je me comprends. Le spectacle est joué à Genève, il remplit. Un excellent article d’une page complète dans «le Temps» complimente Latifa. Tous les jours Latifa m’appelle pour me remercier.  Je suis excédé.  Pour moi, c’était un acte naturel et sans effort. Jamais de ma vie je n’ai reçu de tels remerciements. Latifa parle à la radio, et c’est encore Jacques qu’elle remercie. J’ai peur qu’après ma mort on dise «Jacques, c’est lui qui a fait le spectacle avec Latifa».


Samedi 18 octobre . Encausse les thermes. 31°C


J’essaye de lire L’Idiot. La mise en scène de Vincent Macaigne ravageuse en diable m’a donné envie.

Je dois faire un aveu, si on ne m’avait pas dit que c’était de Dostoievski j’aurais rendu les armes depuis longtemps. J’en suis à 350 pages, l’intrigue commence juste à se mettre en place. C’est effroyablement long, sans arrêt il y a des diversions. Si ce n’était pas Dostoievski, j’aurais écrit à l’auteur  pour lui dire qu’il vaut mieux qu’il abandonne toute carrière littéraire. Attends, il y a trop de personnages, je m’y perds,  je m’endors toutes les six pages, et pourtant  je veux continuer , car je sais que cela veut devenir un peu plus métaphysique, mais quelle marche d’approche… Remarque, c’est peut -être une question d’époque, à l’époque le concis n’était pas considéré comme qualité. 



Dimanche 26 octobre 2014   Villars les Blamont.  16°C soleil


Comment ça va ? On répond ça va, même quand ça va pas.  La dernière fois, je me disais, tiens ça fait longtemps que je n’ai pas mis les pieds dans un hôpital, jamais je n’aurais dû dire cela. J’ai tous les voyants qui se mettent à clignoter de tous les côtés. Normalement les maladies c’est pour les autres, mais là je suis bien servi. 

Dur rappel à l’ordre. Cardiologue, anesthésiste, bethadine, prise de sang, taux de PSA, permaxon, allopurinol efferallgan, paracétamol. La seule bonne nouvelle là -dedans, c’est que je n’aurais pas payé une mutuelle depuis 50 ans pour rien.



Dimanche 2 novembre 2014   Audincourt   18 °C !


"Les gens dînent, ils ne font que dîner, et pendant ce temps s'édifie leur bonheur ou se défait leur existence tout entière." disait Tchekhov.

Je raffole des grands repas, des grands tables, je ne peux rien imaginer sans ces moments là.

Alors j’adore faire la cuisine, et là j’ai battu mon record.  À l’occasion du stage Brigade, J’ai confectionné 120 repas en deux jours, des tables  de 40 personnes, et le soir on s’éternise à table et on échange, on se raconte nos vies. J’aime savoir comment vivent les autres. Et puis j’ai toujours une petite théorie de derrière les fagots, justement celle de l’harmonie. Comment le monde peut-il aller bien,  quand dans une famille, ou un groupe de théâtre,  on est incapable de vivre ensemble ?



Samedi 8 novembre  Amiens.  12°c


Ça a été annoncé et ça n’a fait aucune vague cette décision par l’Europe  de laisser se noyer six mille migrants.  Mais oui,  c’est trop cher d’aller au secours des barques  qui chavirent,  et puis après on ne sait pas quoi en faire de tous ces gueux ! Donc nous sommes révoltés, par cette décision

mais à part ça, on fait quoi ?    Cette nouvelle immensément grave passe inaperçue, puisque toute la France est braquée sur l’ascension de Sarkozy et la descente de Hollande, et la qualification du PSG. Et je pense à Victor Hugo, à Pablo Néruda, à Vaclav Havel, plus prosaïquement à Coluche, le moment où l’artiste passe à l’action politique directe , et plus récemment au petit Debouze qui démontre à Hollande la nécessité des matches d’impro dans tous les collèges.  Et si on se mettait à monter un peu partout  comme à Amiens , des assemblées constituantes théâtralisées où des habitants s’amuseraient à inventer de nouvelles lois ? Quand les politiciens sont en situation d’échec, il faut descendre dans l’arène.


Dimanche 16 nov 2014. Villars, pluie


Je vais  te dire quelque chose, quand t’as vécu 45 ans à Paris, à Paris, où  tu as toute ta famille, tous tes souvenirs, la ligne 12, la ligne 13, Montparnasse, les bois de Meudon, le bois de Boulogne, la Rue St Denis, Joseph Gibert, la procure, toutes les Fnacs, eh bien, passer un dimanche au pays de Montbéliard avec un mal au genou chronique qui t’empêche de te promener, c’est une énorme épreuve, et là, O miracle, ça passe, parce que c’est un lendemain de moment fort où tu te dis que ce pays de Montbéliard, tu l’aimes, malgré sa dureté, sa rugosité, son austérité, tu l’aimes parce que les gens d’ici ils t’aiment,  d’un amour réel, authentique, ici tu es quelqu’un relié aux autres par 10 000 connexions, hier soir je sentais cette reconnaissance, elle ne passait pas par les mots, mais par les mains et par les yeux, et ça m’a fait passer l’épreuve du dimanche au pays de Montbéliard.


Samedi 22 novembre 2014  Malakoff   15°C


Je suis content, c’est dérisoire,mais je suis content d’être cité dans le journal le Monde qui rappelle que nous étions un petit peu responsables de la sortie de terre de Djamel Debouze, Omar Sy, Sophia Aram et même de la la naissance du hip hop en France avec la compagnie Black Blanc Beur.  C’était notre époque Trappes, St Quentin en Yvelines, nous avions semé plein de graines il y a 30 ans,  et tous ces jeunes ont bien poussé et bien grandi. Hier soir, je les retrouve tous, on fête les 30 ans de Black Blanc Beur.  Nous avons tous trente ans de plus,  je me dis juste,  finalement, nous n’avons pas perdu notre temps.


Lundi 1er décembre 2014. Villars. 3°C


Je ne dors pas, il est 3 H 49. Je me surveille. Le cardiologue m’a promis un infarctus, il prétend que je suis sursitaire.  Sensation curieuse, j’ai rendez -vous avec la mort, j’attends, elle ne vient pas. Ai-je bien pris mon  Kardejic 75, mon atenolol ?   Alors  ce serait ma dernière nuit ? Pourtant je ne sens rien venir. Je me sens bien. Il ne m’a pas dit cette nuit, il m’a dit “d’un moment à l’autre”.  Et moi je me suis dit : “Pourquoi pas cette nuit “? Je ne veux pas me faire prendre par surprise. Alors j’ai lu le journal d’un bout à l’autre. Rony Brauman écrit que la solution Israël Palestine en deux états, c’est impossible,  que maintenant il ne faudra parler que d’un seul Etat sans apartheid et que l’espoir viendra d’un Mandela palestinien, Marwan Bargouti en prison. Et puis le président d’Israël Reuven Rivlin est allé à la commémoration du massacre  de 1956 où 47 villageois arabes israéliens avaient été tués et il a dit “ vous êtes la chair et le sang  de cette terre, et personne ne peut vous exclure”. Je ne voudrais pas mourir avant de connaître la fin de ce conflit. Il faut parler de tout ça en théâtre, sauf que je risque de ne pas avoir le temps.



Dimanche 7 décembre 2014  Malakoff . 6 ° C



Tout est vieux , tout est pareil, tout se ressemble. Celle ou celui qui sortirait du cadre pré- fixé par le goût dominant, celui qui sortirait du troupeau serait immédiatement condamné. Cette sensation d’ennui profond qui règne dans l’art et la littérature provoque des sorties de route gravissimmes, celles de Dieudonné, Soral ou Zemmour, parce que ce sont de grands clowns politiques  ceux -là, qui malheureusement sont branchés dans le mauvais sens. Parfois il me prend de rêver d’une fête perdue il y a très longtemps, il n’y aurait plus les spectateurs d’un côté et les acteurs de l’autre,  il y aurait juste une fluidité déconcertante et surtout pas ces abominables applaudissements à la fin, toujours truqués,  on ne saurait jamais si c’est commencé, et quand ça se termine,  je rêve de ces quelques minutes extraordinaires, mais on me répliquera, faut bien vendre, faut bien vivre, faut être calibré aux normes GMU (Goût moyen uniforme ). 


dimanche 14 décembre 2014  Villars   12°C


Je suis irrité par ces patrons de théâtre qui se réunissent au théâtre de la Colline pour réclamer plus de moyens. J’ai envie de leur dire, plus de moyens pour quoi ?  Pour faire encore plus de créations destinées  aux catégories supérieures de la société ? 

Ce serait bien qu’ils se posent tous la question, je fais du théâtre pour qui ? La réponse sera limpide,  claire, leur théâtre s’adresse à  Fabienne Pascaud, Fabienne Darge, Laure Adler etc.   L’enjeu c’est d’être reconnu et marquer des points dans l’entre -soi de la culture pour gravir tous les échelons qui mènent le plus haut possible. La question qu’il faut se poser ce n’est pas le combien du théâtre, mais le comment du théâtre?  Le 31 décembre c’est bientôt, nous avions créé le réveillon des boulons histoire de s’adresser à la ville toute entière.  Ce jour-là on ne pense qu’à fuir  le pays de Montbéliard, le plus morne de toute la terre, parce que Moscovici quand il a été élu ici a pris comme première décision  de supprimer le réveillon des boulons, parce que, disait-il  c’était sous la droite, nous on va faire autre chose. Moralité : le 31 décembre à Montbéliard,  l’ennui, tel un grand brouillard, couvrira toute la ville de son manteau sinistre.


Lundi 22 décembre  2015 . Malakoff   8°C



On a recherché le concept de la fête perdue.   Il s'agissait de faire jaillir la musique ou la poésie à l'exact moment où il le faut. Question d'intuition et de doigté, puisque c'est au cours de ce genre de fête que le théâtre est né. Il fallait aussi  essayer de supprimer le spectateur. Encore une fois c'est la serendipity qui fait la loi.  Le bon dosage de la poésie  est primordial : trop c'est du poison, en petites bouffées c'est de l'or . On s'était fabriqué un protocole cannibale. Je délirais, j'étais dans l'ivresse du verbe, je me suis juste dit que c'est très important de connaître des tas de poèmes  par cœur, pourquoi ? Je ne saurais pas le dire, justement parce que l'on ne sait pas pourquoi.



Samedi 27 décembre. 0°C Villars , la neige est  arrivée



En écoutant Ariane Mnouchkine qui parle 4 h de suite sur France culture, je me dis que notre génération, celle de 1968, ne sera jamais vieille dans sa tête. Notre mot préféré, c’est utopie, c’est l’utopie partout et à chaque seconde nous vendons de l’utopie. Nos genoux sont usés par toutes les manifestations, par les pèlerinages laïques ou pas,  mais le cerveau reste tout vert et  implacablement  gaillard.

Les septuagénaires sont partout, ils sont curieux de tout, ils bougent, Niki de St Phalle, ils sont là, ils font la queue 4 H,   Timbouctou aux 7 parnassiens, ils sont là, Hokusaï, toujours eux, c’est la génération qui ne jure que par la Culture, la génération qui embrasse la terre multiculturelle.  La question qui fâche : Notre génération est -elle capable  d’entretenir une relation, une communication,   avec  les  adolescents.   Sommes -nous aptes à partager avec eux quelques -unes de nos  valeurs  sacrées, l’utopie en tête  ?